‹ Le frère Didace Pelletier, RécolletChapitre 61 sur 99 · REPUTATION DE SAINTETE · texte numérisé non relu

REPUTATION DE SAINTETE

QU'UN vaillant missionnaire acquière un renom d'apôtre zélé et infatigable ; qu'un saint prêtre, sans cesse en contact avec les âmes par son ministère, produise par cela seul dans les esprits une conviction forte et vraie de sa sainteté, qu'on le proclame l'amide Dieu, un autre Jésus-Christ par sa vertu presque autant que par son pouvoir, cela n'a rien qui étonne. Mais qu'une âme dont la vertu n'est trahie au dehors par aucun acte éclatant, dont la sainteté ne peut être dévoilée par les œuvres ■d'un ministère plein de zèle, qu'une âme dont

l'existence se passe tout entière appliquée* à. des travaux bien communs, bien humbles et bien cachés, dont la vie en un mot est toujours celle de Jésus ouvrier à Nazareth et jamais celle de Jésus docteur, enseignant les foules et dirigeant les âmes, qu'une âme de cette sorte, déjà si cachée aux yeux des hommes et qui, par la force puissante de son humilité, tend elle-même à se dérober le plus qu'elle peutà l'attention publique, arrive cependant et malgré elle, à être estimée à sa juste valeur, à passer, aux yeux de ceux-là même qui lui paraissaient ne pas la remarquer, pour une des privilégiées de Dieu, pour l'âme d'un saint, ah r voilà vraiment où le Très-Haut est admirable dans ses élus ; voilà vraiment où la Providence divine opère une des merveilles de la grâce, en tirant de l'oubli où elle se complait et où tout semble la retenir, l'âme de son serviteur fidèle.

Cette merveille de la sagesse incompréhensible de Dieu s'accomplit à l'égard du Frère Di-^ dace. Son origine est humble ; sa vie a été toute de silence et de travail, silence du cloî-

tre, travail de charpentier ; ses occupations ne l'ont guère mis en contact avec le monde ; il ne semble pas qu'il ait fait des miracles de son vivant ; bref il a vécu de la vie de Jésus à Nazareth jusqu'à sa mort, et cependant on le proclame saint et sa réputation de sainteté se répand là même où il n'a jamais vécu, elle le suit durant sa carrière ici-bas, elle lui survit immortelle. On ne peut pas, semble-t-il, en tirer d'autre conclusion que celle-ci : donc c'était un saint.

Oui, c'était un saint. Avant même son entrée en religion il attirait déjà l'attention. Un vénérable prêtre, M. Jean Basset, curé de Saint François de Neuville, écrivant au Père Joseph Denis pour lui faire connaître deux guérisons obtenues dans sa paroisse par l'intercession du Frère Didace alors décédé, lui déclare conserver pour le serviteur de Dieu " une vénération toute particulière, " et il en donne le motif, " l'ayant connu, dit-il, particulièrement avant qu'il fut religieux,' " Mais ce fut dans le cloître

que cette fleur céleste s'épanouit pleinement, et ce fut du cloître que son parfum, le parfum suave de la sainteté, se répandit au loin, par une opération de la sagesse divine.

Le Père Chrétien Leclercq, Récollet, qui a vécu dans la Nouvelle-France à la même époque que le Frère Didace, avec lequel il s'est trouvé en contact plus d'une fois, affirme en parlant de notre héros et de son compagnon de noviciat, Charles Bazire, qu'ils "servent encore avec édification dans le pays/" Leclercq écrivait cela en 1691, huit ans avant la mort du Frère Didace. Un sulpicien célèbre, M. de Belmont, supérieur du Séminaire de Montréal, ayant connu le vertueux Frère s'en félicite : "J'ai eu l'honneur de le voir et on en parle comme d'un vrai saint. M. Auger, son élève, m'en a dit des choses merveilleuses." " Nous citerons au chapitre suivant le témoignage personnel et si important du Père Joseph Denis.

1 . Premier établissement de la foi dans la Nouvelle- France vol. II, p. 125.

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