‹ Le frère Didace Pelletier, RécolletChapitre 83 sur 99 · DE NOS JOURS · texte numérisé non relu

DE NOS JOURS

^^ous ce titre, nous embrasserons la période "^ de temps allant de 1859 à la présente année 1909. Avant 1859, nous n'avons aucune preuve que des recherches actives aient été faites pour retracer la vie du Frère Didace et raconter ses merveilles. Jusqu'en 1859, les traditions seules, s'effaçant peu à peu en certains lieux, s'éteignant en d'autres, mais vivaces ailleurs, ont conservé la mémoire du serviteur de Dieu. Mais au début de 1859, un historiographe s'engage à faire des recherches sur le Frère Didace, et le ciel, par un événe-

ment providentiel, semble approuver et accepter la promesse. Voici le fait ; nous citons un manuscrit des Ursulines des Trois-Rivières.

"Le 24 février 1859, nous avons reçu une lettre du Révérend Monsieur Verreau, Principal de l'Ecole Normale Jacques-Cartier, Montréal, nous demandant des notions sur le Frère Didace Pelletier, Frère lai Récollet, mort en odeur de sainteté à l'hôpital général des Ursulines des Trois-Rivières le 21 février 1699. Monsieur Verreau, lisant un manuscrit où se trouvaient des détails de guérisons opérées par l'intervention de ce bon Frère, l'invoqua en faveur d'un enfant de l'un des professeurs de la dite école, atteint de convulsions épileptiques. Comme c'était le jour anniversaire de la mort du Frère Didace, Monsieur Verreau promit que, si l'enfant était soulagé, il ferait des recherches concernant le Frère Didace. Dès ce moment, l'état de l'enfant s'améliora et on nous écrivit pour avoir quelques parcelles de ses reliques (du Frère Didace) et les traditions conservées à son sujet. "

Les archives des Dames Ursulines des Trois-

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Rivières ayant été brûlées à deux époques différentes, en 1752 et en 1806, les filles de Sainte Angèle ne purent offrir autre chose à Monsieur Verreau que l'expression de leur vénération personnelle pour le serviteur de Dieu. Mais la lettre de Monsieur le Principal eut un autre résultat, qui fut d'exciter à juste titre la sainte curiosité des Ursulines. Sachant leur correspondant mieux renseigné qu'ellesmêmes, puisqu'il possédait des relations de miracles attribués au Frère Didace, elles firent auprès de Monsieur Verreau, par elles-mêmes et par d'autres, des démarches pour avoir connaissance du précieux manuscrit. A Monsieur l'abbé Daniel, de Saint-Sulpice, qui en 1869 plaidait leur cause, Monsieur Verreau dit qu'il avait en effet la vie d'un Récollet " qu'elles estiment fort, " ajouta-t-il, en parlant des Ursulines des Trois-Rivières.^

Depuis la lettre de Monsieur Verreau, "Je vois, nous a écrit l'annaliste du monastère, que

I. Lettre de Monsieur Daniel aux Ursulines desTrois- Rivières, 16 décembre 1869. Archives des Ursulines.

les Mères Saint-Pierre, Saint-Olivier, et Saint- Ignace font toutes les recherches en leur pouvoir pour retrouver les traces du saint Frère. " Les résultats de ces recherches, sans être très abondants, ont cependant permis aux Ursulines de consacrer à la glorification du Frère Didace plusieurs pages de leur histoire dont le premier volume parut en 1888. Voici un passage déjà cité: "Un des plus touchants souvenirs des premiers jours de notre hôpital est le décès d'un saint Canadien, le Frère Didace Pelletier.' " Citons encore le suivant : " La sainteté est la vraie gloire. Ce pauvre Frère pendant sa vie a cherché l'obscurité ; il avait soif de l'oubli ; mais deux siècles après sa mort Dieu permet qu'on parle encore de lui. Le temps qui détruit tout a respecté sa gloire. Les guerriers, les anciens gouverneurs de notre ville sont oubliés, à peine quelques érudits les consnaissent-ils encore ; mais ce saint, prince de la vertu, est encore de ce monde ; il y est resté

I. Histoire du monastère des Ursulines des Trois- Rivières^ vol. i, p. 209.

en le quittant, et l'auréole éternelle rayonne sur son souvenir.' " Cette notice sur le Frère Didace, insérée dans le premier volume de V Histoire des Urstdines des Trois-Rivièrcs à certainement beaucoup favorisé la mémoire du saint Récollet.

Un autre fait se produisit en 1887 qui contribua aussi puissamment à rappeler le saint Canadien à ses compatriotes. Nous avons dit que Monsieur Louis de Gonzague Baillargé possédait un portrait du serviteur de Dieu, et que Monsieur H. R. Casgrain en découvrit à Paris une copie semblable, fort bien conservée, qu'il fit photographier et dont il apporta plusieurs exemplaires à Québec. Cet heureux événement ouvrit à l'humble Récollet les portes du Palais archiépiscopal de Québec où il fut bien reçu ; son portrait, offert par l'abbé Casgrain, y fut exposé. Une autre photographie prit le chemin de Sainte-Anne-de-Beaupré et les Révérends Pères Rédemptoristes lui

I. Histoire du monastère des Ursulines des Trois- Rivières, vol. i,p. 217.

donnèrent avec joie une place dans la sacristie,, en attendant qu'il plaise à Dieu de lui permettre l'entrée de la Basilique.^

Les Ursulines des Trois-Rivières, toujours désireuses de mieux connaître le saint qu'elles vénéraient, avaient fini par savoir que M. Baillargé avait son portrait. La Révérende Mère Supérieure lui écrivit le 21 octobre 1887, le priant de lui confier pour un temps le précieux portrait qu'elle ferait reproduire. M. Baillargé qui tenait extrêmement à ce portrait dont il redoutait d'ailleurs la fragilité, répondit quatre jours après: "Madame la Supérieure, dans votre note du 21 courant, vous demandez de vous envoj^er par la malle, le portrait de mon Didace. Mais, Madame, y pensez-vous ? Vous envo3'er mon Didace par la malle ? Vous ne voulez donc avoir, pour votre artiste, qu'un résidu de poussière ?

Didace est dans un état incapable de

I. Voir: Semaine religieuse de Quéâec, mars 1891. — Louis de Gonza^ue Baillargé par G. F. BaillargÉ, Juliette, 1891, p. 27.

voyager, ni par terre, ni par mer. Il est enfermé in petto, comme Messieurs les Cardinaux, et y restera jusqu'à ce qu'il plaise au Pape de l'en faire sortir.' "

Heureusement M. Baillargé communiquait ensuite à là Révérende Mère, la découverte faite à Paris par l'abbé Casgrain. Dix jours après, celui-ci recevait la lettre suivante : " Monsieur Baillargé nous écrit que vous avez quelques copies de la vieille gravure du Frère Didace et que vous les avez obtenues après de nombreuses recherches faites dans le département des gravures à Paris.

" Nous n'avons pas été peu surprises en apprenant ce fait quasi miraculeux. Mais si ce saint religieux avait un miracle à faire, il faisait bien de l'opérer en votre faveur ; car peu d'historiens ont aussi bien écrit que vous, Monsieur l'abbé, sur l'histoire de notre beau pays. Serait-ce trop vous demander que de vous prier de vouloir bien nous en passer une copie.

I. Louis de Gonzague Baillaro^é \i?Lr G. F. Baillargé, p. 26.

nous VOUS la rendrions fidèlement.^ " Monsieur l'abbé Casgrain répondit le huit novembre que bien volontiers il prêterait une photographie, ajoutant: "Je serais bien heureux de pouvoir vous dire de garder la copie qui sera expédiée, mais je n'en ai qu'un très petit nombre, qui m'ont coûté extrêmement cher- •• Si quelque personne ou quelque institution des Trois-Rivières tenait à garder la copie, le prix en serait de deux piastres/ "

Les Ursulines n'hésitèrent pas à payer le montant requis pour avoir le plaisir de posséder le vrai portrait du saint Frère. Leur dévotion ne s'arrêta pas là ; elles firent faire d'autres photographies du portrait qu'elles avaient reçu et les distribuèrent ensuite. " Les personnes qui les recevaient, nous a écrit l'annaliste, s'en trouvaient bien honorées. Elles avaient confiance en ce saint religieux. Presque toutes les religieuses reçurent une photographie, la placèrent dans leurs livres de piété et l'ont

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