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critique acerbe ; on ñe le surpranait point non plus à faire des réflexions peu charitables et propres à blesser ; il se montrait, au contraire, toujours plein de bienveillance pour ceux avec qui ilavait quelques rapports. C’est cette bonté pour tous qui rendait sa conversation aimable ct recherchée. :
Maïs en digne enfant de saint Franis, ce grand amateur de la pauvreté, il aimait surtout les pauvres, et sa charité se manifestait au dehors par l’empressement qu’il mettait à leur rendre service quand il le pouvait, et par la tendresse qu’il avait pour tous les indigents et les malheureux auxquels il ne refusait jamais l’aumône. Son bon cœur la engagé même plus d’une fois à demander luimême l’aumône pour soulager leurs misères. On l’a vu en hiver passer dans les rues, accompagné de quelques enfants de son école conduisant un petit traîneau, dans lequel on mettait le boïs et les provisions qu’il demandait de porte en porte pour ses pauvres. Jl n’était guère pos-
duisait à la cathédrale les douze petits
LE FRÈRE LOUIS 51 sible de refuser l’aumône à ce bon et respectable Frère Louis qui la sollicitait de la manière la plus convaincante et en même temps ja plus agréable, à raison du petit mot pour rire qu’il ajoutait à sa demande,
Pendant longtemps il exerça les enfants de Saint-Roch à marcher en rang, avec de petits étendards, à la procession du Saint Sacrement dans les rucs. Il les conduisait lui-même ce jour-là. Plusieurs Jours auparavant il les réunissait ct allait les exercer dans la rue du vieux pont Mi lé la rue Dorchester) qui alors était à l’extrémité de Saint-Roch et presqu’à la campagne. On voyait ce bon vieillard, comme un père au milieu de ses enfants, donner ses instructions d’abord, puis obéissant lui-mème au signal qu’il donnait pou; saluer le Saint Sacrement, se prosterner dans la rue avec son petit régiment.
C’est lui encore qui, le di: saint, Con-
garçons pauvres qu’il avait préparés pour représenter les apôtres à la cérémonie du lavement des pieds. Il se tenait avec eux dans le bas-chœur pendant tout loflics.
Il dînait ce jour-là au séminaire avec les douze prêtres qui avaient représenté les douze apôtres à la consécration des Saintes Huiles.
Comme on le voit, les occupations du Frère Louis ont toujours été dignes d’un religieux et plus ou moins en rapport avec ce qui touche au culte de l'Eglise où à l'instruction religieuse ; même la culture des fleurs de son jardin qu’il aimait tant et dont il payait fidèlement la dime à l'Eglise pour lornement des autels.
C’estau Frère Louis que nous devons la conservation du vieux drapeau des milices canadiennes présentes à la bataille de Carillon.
Saluons d’abord respectueusement, avec uotre poète Octave Crémazie, cette précieuse relique nationale, témoin de la valeur guerrière de Montcalm et de ses
braves, que nous aimons tant à voir portée en triomphe dans nos fêtes patriotiques de la Saint-Jean-Baptiste :
‘40 radieux débris d’une grande épopée!
Héroïque bannière &'1 naufrage échappée!
l'u restes sur nos bords comme un témoin vivant Des glorieux exploits d’une race guerrière;
it sur les jours passés répandant la lumière
Tu viens rendre à son nom un hommage éclatant, ”?
Voici en peu de mots comment ce drapeau a été sauvé etest parvenu jusqu’à
nous :
Après la bataille de Carillon, le Père Berey, qui était aumônier des troupes présentes à cette bataille, se fit remettre ce drapeau et l’spporta à Québec où on le suspendit à la voûte de Péglise des Ré-
collets.
Lors de l’incendie de cette égli-
se, le Frère Louis, aidé d’un autre Frère, avait rempli un coffre d’ornements, de linge et d’autres effets de la sacristie, et tous deux se hâtaient de sortir avec ce coffre par la nef de l’église, lorsque le drapeau de Carillon, dont le feu venait de consumer la corde qui le retenait à la
voûte, tomba près d’eux. Le Frère Louis |
le saisit À l’instant, et, rendu à l'extérieur de l'église, il le mit dans le coffre qui fut transporté plus tard à sa demeure de la rue Saint-Vallier. C’est au fond de ce coffre, placé au grenier et rempli de toutes sortes de vieilleries, que M. Louis de Gonzague Buaillargé le trouva dans les dernières années de la vie du Frère Louis, c’est-à-dire vers 1840. (1)
Sur ce drapeau, percé par les balles et tout usé par le temps, est l’image, à demi disparue, de la Sainte Vierge” portant l'Enfant Jésus. Cette image aida, dans le temps de cette découverte, à constater que c’est bien là le drapeau des milices canadiennes à Carillon ; car, Mgr Baillargeon, étant alors curé de Québec, dit à M, Baïllargé que, dans sa paroisse - natale de l'Isle aux Grues, il y avait une légende, répanduc aussi dans d’autres paroisses, qui allait à faire croire que, si les Canadiens avaient remporté une aussi éclatante victoire à Carillon, C est que la
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sr Voir he Pen Cnntlohs rpg 62, volume 2,
LÉ FRÈRE LOUIS 55 Saiute Vierge ‘était apparue au dessus des combattants, et que toutes les balles tirées par les Angiaïs allaient s’anéantir dans les plis de sa robe, sans atteindre les Français.” Touchante légende d’un peuple rempli de foi et qui fait connaître la confiance qu’avaient ces héros de (Carillon en celle dont il est dit qu’elle est “terrible comme une armée rangée en bataille: Terribilis ut castrorum acies ordinala ??.
Le Frère Louis aimait à conserver les objets du bon vieux temps, et surtout ceux qui pouvaient lui rappeler les heureuses années passées dans son cher monastère dont il aimait tant à parler. Mais ricn de précieux parmi ces objets Ce =. à à trouvé de plus important dans sa
“demeure, après son décès, était “ne collection de vieilles monnaies et de quel.
ques médailles qui ont été déposées au séminaire de Québec. Cette petite collection a servi de base au riche musée numismatique de l’université Laval, dont Mgr Cyrille Legaré peut être regardé, à bon droit, comme le fondateur.
Dans l’automne de 1845, le Frère Louis qui entrait alors-dans la classe des nctogénaires, fut saisi par la maladie qui ne le laissa qu’au moment où elle le livra à la mort. Pendant plus de deux ans elle le retint À sa maïson, lui donnant occasion d’édifier ceux ji le servaient et le visitaient, par sa résignation à la volonté de Dieu qui fut toujours parfaite. Mais dans ce temps d’épreuve il eut une grande consolation, ce fut de recevoir la visite du vieux Frère Paul, de Montréal, qui, apprenant la maladie de son vénéra-
ble confrère, descendit à Québec malgré
son grand âge. Il voulait le voir une . dernière fois, s’entretenir avec lui pendant quelques jours et lui faire ses adieux avant le départ pour le grand voyage qui r’a pas de retour, et dont l’heure allait bientôt sonner pour chacun d’eux. C’était saint Antoine visitant le vieil ermite saint Paul. :semblable à ce solitaire, dont parle l’histoire de l’Eglise, auquel on demandait ce qu’il avait fait pen‘lant les nombreuses années qu’il avait passées
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dans le désert, chacun de ces deux bons Frères Récollets pouvait dire comme lui :
. Cogitari dies antiquos et annos æternos in mente habui,—pendant plus de cinquante ans j’ai pensé aux quelques années trop vite écoulées dans notre cher monastère, sans oublier les années éternelles que j'ai travaillé sans cesse à mériter de passer heureuses dans le ciel.
Que de souvenirs durent être évoqués dans cette entrevue par ces deux derniers survivants de leur ordre! Que de regrets témoignés à leur ancienne vie de communauté ! Que de larmes peut-être versées au souvenir de leurs anciens confrères tous disparus de ce monde, à l'exception du Frère Mare,de Saint-Thomas de Montmagny, qui n'avait pu se joindre à leur réunion !
Entre autres sujets de conversation qui
- durent partager le temps que ces deux Frères passèrent ensemble, il nous est facile de supposer qu’ils s’entretinrent longuement des missions des Pères Ré-
collets dans le pays, et surtout de leur sé
jour à Québec. Il est facile aussi de supposer que la plupart des lecteurs de cette étude aimeront à trouver ici le récit abrég des faits et gestes de ces bons religieux à Québec, depuis leur arrivée en Canada jusqu’à leur dispersion après l'incendie de leur monastère.
Tous ceux qui s'occupent de l’histoire du Canada, tous ceux surtout (et ils sont nombreux aujourd’hui) qui aiment à faire des recherches relativement aux plus petits détails de l’histoire des premiers temps de la colonie, savent que les premiers religieux arrivés en Canada furent les Pères Récollets Denis Jamay, Jean Dolbeau, Joseph Le Caron et le Frère lai, Pacifique Du Plessis, qui partirent de Honfleur le 24 avril 1615 et arrivèrent, le 25 mai, à Tadoussac où fut, dit-on, célébrée ce jour-l} même la première messe en Canada.
‘ Leur séjour à Tadoussac ne fut que de très-courte durée, dit le correspondant de l’Abcille déjà cité. Le Père Dolbeau, prenant les devants, partit le 27 et arriva
les humbles commencements des Récol-