CLITANDRE, VALÈRE, JULIE, ERMINE
VALÈRE
Ce moment souhaité, l’attendrons-nous toujours ? Serons-nous vos cousins le reste de nos jours?
Eh! quand de notre sort les suprêmes arbitres Voudront-ils nous laisser prendre de plus doux titres? Je sens, à dire vrai, ma patience à bout.
Hors le jour de l’hymen ils conviennent de tout.
Que ne le fixent-ils?
JULIE
Ah! mon futur beau-frère.
Modérez- vous, de grâce.
CLITANDRE
Oui , calme-toi, Valère.
JULIE
Depuis un mois, au plus, si vous calculez bien,
Fut arrêté l’accord de ce double lien.
VALÈRE
Mais vous parlez d’un mois comme d’une journée. Pour des cœurs bien épris, un mois est une année.
a LE FRONDEUR,
ERMINE
Ne savez-vous donc pas qu’espérer c’est jouir?
VALÈRE
Quand le bonheur est sûr, l'attendre c’est souffrir.
CLITANDRE
Sans doute ; néanmoins...
VALÈRE
Néanmoins, cher Clitandre, Autant qu’il vous plaira, permis à vous d’attendre.
J’ai hâte, quant à moi, très hâte d’en finir.
Je suis pour le présent; d’un heureux avenir,
Julie et vous, goûtez la longue expectative.
Ermine a, comme moi, l’humeur un peu plus vive,
Et nous voudrions voir cesser notre tourment.
ERMINE
Le mien serait de voir un fat dans mon amant.
VALÈRE
Je dis la vérité. Trêve d’hypocrisie.
JULIE
Mon père est inquiet. J’en ai l’âme saisie.
L’allégresse commune est pour lui sans appas.
Il a quelques soucis que je ne connois pas,
Que je voudrais connoître.
ERMINE
Oh ! j’en sais quelque chose.
CLITANDRE
Voyons, instruisez-nous.
ERMINE
J’en soupçonne la cause;
Je ne dois pas la dire.