I. LA VALEUR DU TRAVAIL
D'un point de vue éthique ou idéologique, le travail occupe une place importante tant dans le programme du parti national-socialiste que dans les discours du Führer et des principaux dirigeants du parti. De l'effort de propagande destiné à lutter contre les partis de gauche et d’extrême-gauche, à rallier des partisans dans la classe ouvrière, il s’est dégagé une doctrine qui a été adaptée — et qui en Allemagne est toujours prête à s’adapter — aux besoins sans cesse changeants du mouvement.
Cette doctrine se caractérise par sa simplicité : elle consiste à considérer le travail comme une bénédiction et à glorifier l'effort. Des faits et des institutions viennent rappeler ce caractère sacré du travail.
Dans le programme du parti en date du 24 février 1920 trois points concernent particulièrement le régime du travail : les points 10, 13 et 14. Le premier indique que le devoir de tout citoyen est de travailler intellectuellement ou manuellement, le second réclame l’étatisation
des trusts et le troisième la participation aux bénéfices.
Il s’agit, au premier chef, d’une réaction contre les principes libéraux. On reproche au libéralisme de consacrer la valeur de la notion de profit et la primauté de la notion de capital, d’enlever toute âme au travail, d'ignorer sa réglementation et de ne considérer l’ouvrier que comme un outil utile à l’entrepreneur. Or, le travail n’est pas seulement un moyen d’assurer la vie, mais l’essence même et le sens de la vie. Le travail ne doit pas faire de celui qui l’exécute un être inférieur, «il ne faut avoir honte d’aucun travail honorable, quelle que soit son espèce » (Mon Combat, p. 523). « Il est facile de crier à gauche : vous ne devez pas être des prolétaires. Quittez vos rêve de classe. Soyez même des bourgeois. Vous devriez apprendre qu’il existe un état, un droit plus élevé, un honneur plus grand que le droit, l’état et l’honneur bourgeois, l’honneur du travail honorable (1) ». Le but du mouvement que je représente est de faire du mot « travailleur » le titre d’honneur de la nation (discours d'Hitler au premier congrès du Front du Travail). Le national-socialisme s’oppose ainsi à une certaine conception socialiste voulant transformer les ouvriers en petits bourgeois.
Par travail, il faut encore entendre aussi bien le travail manuel que le travail intellectuel. Le 23 septembre 1933 le Chancelier du Reich disait : « Nous voulons élever le peuple loin de la conception que seul le travail intellectuel est à esti-
(1) Discours du Chancelier du Reich du 12 avril 1922.
mer, car le peuple comprend que tout travail est nécessaire qui honore ceux qui le font ». Il semble cependant que le discours du 1°r mai 1937 soit moins dirigé que les précédents discours contre le travail intellectuel. D'ailleurs, comme l’a fait remarquer le Führer lors d’une conversation avec M. A. Bonnard rapportée au Journal du 22 mai 1937, il n’est pas toujours aisé de distinguer le travail manuel du travail intellectuel : « le travail de l’esprit peut arriver à se confondre avec le travail des mains et certains mécaniciens ou certains ajusteurs font un travail de tête alors que certains comptables font un labeur machinal. »
« Nous avons ôté à certains éléments l’animosité à l'égard du travail manuel... mais nous éduquons aussi dans le respect du travail et de l'esprit. De même que nous amenons les uns à respecter la bêche, nous amenons les autres à respecter le compas ou la plume. »
Du caractère sacré du travail dérive le droit au travail, droit qui ne repose plus sur une conception humanitaire (1) sans véritable signification juridique, mais sur l’agencement du système économique qui doit permettre à tous de travailler et faire cesser les abus du droit de propriété. Si personne n’a le droit d’exiger que d’autres travaillent alors que lui-même n’exerce pas d’activité, chacun a le droit d’exiger que l’organisation étatique d’un peuple procure les moyens du travail à tous (discours d'Hitler du 2 septembre 1933 au Congrès du parti). Procurer du travail à tous est un devoir de la commu-
(1) HEINZ BRAUWEILER , Sozialverwaltung, p. 62.
nauté qui doit mettre chacun à sa place pour le bien général. Il faut rappeler à ce sujet que la Constitution de Weimar dans son article 163 indiquait déjà qu’il était nécessaire d’assurer à tout Allemand la possibilité de subvenir à ses besoins par un travail productif et que des milieux syndicalistes avaient élaboré dès 1932 (1) un plan de création de travail par des améliorations agricoles et la colonisation intérieure qui a certainement inspiré au moins en partie les dirigeants du IIIe Reich.
Aussi ces déclarations sont moins une réaction contre l'idéologie marxiste comme le soutiennent les nationaux-socialistes que de simples formules destinées à attirer les masses ouvrières.
« Le retour de quinze millions de travailleurs marxistes dans les bras de la patrie serait le signal de la liberté» (discours d'Hitler le 19 septembre 1926 à Munich).
Les circonstances ont aussi aidé au développement du programme : le travail — cette bénédiction — était certainement désiré par les millions de travailleurs allemands en chômage et la fusion des classes, réalisée à tout le moins matériellement à la suite de l'inflation, se poursuivait moralement dans des camps de travail dont la création est bien antérieure au IIIe Reich.
Il ne faudrait donc pas voir le développement d’idées préconçues systématiques dans ce que, pour la clarté de l’exposition, nous croyons devoir présenter avant de parler du Front du Travail lui-même.
(1) Die Tat, 1932, n° 13, pp. 1026-28.
A l'heure actuelle, toujours dans le but d’attirer cette classe ouvrière, qui ne devrait plus exister, il est constamment rappelé que le mouvement a été créé par des travailleurs et que seul un travailleur peut comprendre ses camarades (1).