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CHAPITRE II LE FOYER OUVRIER

Avant 1933, la Banque des travailleurs, employés et Fo ne qui recevait les dépôts des ouvriers et employés syndiqués et des syndicats (1) prêtait des capitaux aux entreprises construisant des habitations à bon marché et travaillait en étroite collaboration avec la société pour la construction des lotissements {Heimstättengesellschaft). Le Front du Travail collabore encore avec cette dernière société, mais la politique générale du parti national-socialiste en matière d'habitations ouvrières diffère très sensiblement de celle pratiquée jusqu’à son avènement au pouvoir ; elle se rattache directement à sa politique de la population et à sa politique économique. Îl est nécessaire de l’exposer dans ses grandes lignes, avant d’examiner le rôle joué par le Front du Travail en matière de Foyers ouvriers.

La nouvelle politique vise à enraciner l’ouvrier au sol et à décongestionner les agglomérations et les grands centres industriels. Comme l’a précisé le Führer, dans un arrêté du 29 mars 1934, son but est de « ramener peu à peu la popula: tion ouvrière citadine vers la campagne ou tout au moins daus des conditions de vie rurales ou semi-rurales, de lui faire habiter la campagne

(1) Voir Deuxième Partie, chapitre V-v.

par la création de nouvelles colonies, de décentraliser les industries en les établissant dans d’autres régions favorables au point de vue économique et de faire servir ces cellules pour la fondation de nouveaux centres d’habitat ». La cité-jardin du III° Reich {Siedlung) ou plus exactement la colonie —— le terme lotissement ayant un sens par trop péjoratif — comprend des maisons individuelles ou des maisons à deux logements d’une valeur de 4.000 à 5.000 marks, de 8.000 à 9.000 marks, situées dans une parcelle de terre de 1.000 à 1.500 m°. Le jardin doit permettre l’exploitation d’une basse-cour et contribuer pour une grande partie à l’alimentation d’une famille en fruits, légumes, viande, œufs et lait. Les cités-jardins assureront de la sorte nourriture et toit à l’ouvrier même si, par suite de la conjoncture, il est réduit plus ou moins longtemps au chômage. D’autre part, il y aura ainsi supplément de production agricole qui doit diminuer d’autant l'importation des produits alimentaires en Allemagne.

La construction de cités-jardins correspond enfin à une politique d’apaisement social ; le développement de la propriété doit combattre toute tentative de réveil de la lutte de classe et en outre l'édification de cités-jardins de préférence auprès de petites villes et en dehors des grosses agglomérations, doit briser la ceinture ouvrière de nombreuses localités.

Si le Ministère du Travail en vertu de la loi du 5 juillet 1934 dirige la politique de l’habitat, les directives du 21 avril 1936 précisent le rôle qui revient en cette matière à l'Office des foyers

du Reich du parti national-socialiste et à l’Office des foyers du Reich du Front du Travail qui travaillent de concert soit au service central, soit dans les circonscriptions régionales.

Le service central recherche les terrains où peuvent être édifiées des cités-jardins et la nature des plantations exigées par le sol ; son bureau d’architecture prépare les plans des maïisons. Les services locaux choisissent parmi les candidats ; ceux-ci, aux termes des directives du 24 avril 1936, doivent être des «nationaux honorables, peu fortunés et qui, comme leurs épouses, devront être de nationalité allemande ou de sang apparenté ». Une commission du premier degré composée du maire, de deux personnes désignées par le service des foyers de la région, les chefs de groupe locaux du Front du Travail et du parti examinent les titres des candidats au point de vue politique, raciste, économique et professionnel.

La préférence est donnée aux chefs de famille nombreuse et aux ouvriers qui travaillent depuis longtemps dans une même maison. On prête une attention particulière aux connaissances agricoles du mari, de sa femme et au fait qu’il possède déjà un jardin ou des ustensiles agricoles. En principe le candidat ne doit pas gagner plus de deux cents marks par mois, mais il devra pouvoir financièrement supporter les charges que représente le paiement des intérêts et de l’amortissement des sommes empruntées pour l’établissement de sa maison et de son jardin en vingt ou vingt cinq-ans et disposer de 20 à 15% du capital que représentent la maison, le jardin et la

basse-cour. Ce capital d’ailleurs pourra être avancé par un parent ou par le chef d’entreprise ou être fourni en nature, par exemple sous forme de travaux accomplis dans la cité-jardin.

Après un examen médical du candidat, le service régional agrée ou non la demande.

Le Front du Travail après avoir choisi les candidats est chargé de leur éducation professionnelle. Celle-ci est commencée dans des cours, sur l’élevage des animaux et la culture du jardin, que doivent suivre les futurs colons et leurs femmes, car la femme de l’ouvrier qui est toujours présente, doit se dépenser autant que son mari employé pendant huit heures dans une usine. La formation des professeurs comme celle des fonctionnaires du Front du Travail affectés au service des cités-jardins est assurée pour l’ensemble du Reich par l’école d’Erlangen ; trois mille personnes ont jusqu’à présent fréquenté cette école.

L’instruction doit être non seulement théorique mais encore pratique et la cité-jardin ne doit pas connaître le jardinage d'amateurs. Aussi l’ouvrier installé dans sa maison et sa femme doivent-ils fréquenter les cours qui existent dans chaque cité-jardin. Les professeurs donnent en outre des conseils tant en ce qui concerne la nature des cultures qui doit varier suivant le sol, le climat et l’orientation qu’en ce qui touche la basse-cour. Il est recommandé aux colons de moins s’attacher à l’aspect extérieur des races d’animaux : volaille, lapins, chèvres, porcs, qu’à leur productivité. Les prescriptions du professeur doivent être strictement observées,

car elles permettent seules de suivre le plan élaboré par les services centraux ; les fleurs notamment, si elles peuvent orner la façade de la maison, n’ont pas de place dans le jardin potager.

Le financement des cités-jardins est assuré par des prêts consentis moyennant hypothèque aux ouvriers : les emprunts sont contractés auprès de sociétés de crédit immobilier, de sociétés spéciales ou auprès de l’État : une première hypothèque garantit 40 à 50% du capital nécessaire pour la construction de la maison, la mise en état de la terre et l’achat de la bassecour et des instruments. Une seconde hypothèque de la garantie par le Reich. Le Front du Travail a parfois pris cette seconde hypothèque.

En fait le Front du Travail a édifié dans les régions frontières ou dans les contrées particulièrement pauvres : à Aix-le-Chapelle, en Palatinat, en Sarre et en Silésie depuis 1934, toute une série de cités-jardins comprenant plusieurs milliers de maisons. Cependant en principe le Front du Travail ne construit pas lui-même et il n’a pas les moyens matériels de prêter les capitaux nécessaires.

En effet, jusqu’à présent, à raison notamment des difficultés que rencontraient les ouvriers pour rassembler le capital nécessaire pour les constructions, le nombre des nouveaux logements édifiés chaque année, bien que les chefs d’entreprise aient parfois avancé des sommes considérables, est sensiblement inférieur à celui des logements construits annuellement avant 1935, 300.000

jusqu’en 1937. La hausse des matériaux et le défaut de la main-d'œuvre qualifiée, celle-ci étant employée par les industries du réarmement, la construction de bâtiments à usage militaire n’ont pas aussi contribué pour peu à arrêter le développement des cités-jardins. Le Plan de quatre ans toutefois prévoit un programme de création de cités-jardins très important pour les travailleurs de toutes sortes et spécialement pour les travailleurs appartenant aux nouvelles industries de matières premières. Une ordonnance du général Gôring chargé de l’exécution du Plan de quatre ans contient des dispositions expresses à cet effet : les travaux pour la construction de maisons ouvrières occupent le troisième rang dans le degré d’urgence, de la sorte leur seront réservés main-d'œuvre spécialisée et matériaux. Enfin l’exemption totale de l’impôt foncier édictée par une loi du 1° décembre 1936 doit donner un nouvel essor à la politique de

l’habitat.

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