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III. LES FAITS

Il est difficile de porter un jugement sur la conception du travail et les manifestations de cette conception. La perplexité est permise devant certaines affirmations et certaines manifestations plus spectaculaires et démagogiques qu’efficaces. Le travail n’a jamais, à notre connaissance, été considéré comme un déshonneur par l’Allemand, l’aide apportée par les fonctionnaires dans les usines ne peut être que minime ; la réquisition des étudiants trouble inutilement leurs études. Enfin si le travail ennoblit, on ne comprend pas pourquoi l'institution du Front du Travail aboutit en définitive à priver de tout droit propre le travailleur.

Toutefois la réhabilitation du travail manuel par le service du travail, l’idée qui inspire la

formation des troupes de congés de port sont d’une autre inspiration. Les critiques qui leur ont été adressées semblent peu compréhensibles. Peut-on affirmer cependant que le sentiment de communauté populaire s’épanouit nécessairement dans ces institutions ? Le journal des Sections d’assaut (S.A. Mann) du 1% mai 1937 exprime à ce sujet une opinion qui offre un contraste saisissant avec les déclarations officielles : « En lisant les rapports des hommes de confiance dans les mines on s’étonne des procédés employés aujourd’hui encore à l’égard des ouvriers allemands. Certains contremaîtres se permettent des choses incroyables. Ces gens poussent au travail en se réclamant du nouveau plan. Ils traitent de « saboteurs » les mineurs qui avec la meilleure volonté du monde, ne peuvent extraire davantage de charbon. Ils les menacent même de leur casser la figure. » Ces traits reviennent sans cesse dans les rapports. Une analyse de la jurisprudence des Juridictions d’honneur social conduit aux mêmes constatations ; les arrêts relèvent fréquemment des injures adressées aux travailleurs et reprochent à des chefs d’entreprise ou du personnel de direction de considérer les travailleurs comme des hommes de seconde zone (1). Une décision de la Juridiction d’honneur social de l’Allemagne Centrale du 9 mars 1936, qui décrit les mauvais traitements infligés à un apprenti de quinze ans par un patron boulanger (bris

(1) Décision de la Juridiction d'honneur social de Poméranie du 15 septembre 1934, de la Juridiction d'honneur social d'Allemagne Centrale du 8 octobre 1934, de la Juridiction d'honneur social de Westphalie du 6 juin 1935.

d’instruments sur la tête provoquant des saignements de nez) est caractéristique à cet égard.

Dans un autre domaine, les journaux de la presse du Front du Travail (1) rappellent que seul, aux termes de la loi, le commissaire du Travail peut autoriser les entrepreneurs à raison de la situation de leur entreprise à payer des salaires au-dessous de ceux fixés dans l’ordonnance sur les tarifs de salaires. De nombreux chefs d'entreprise ont été frappés de peines disciplinaires par les Juridictions d'honneur social pour avoir fait travailler leurs ouvriers ou leurs employés à des tarifs inférieurs au tarif réglementaire (2). Il n’est d’ailleurs pas toujours nié que l’adhésion au nouveau mouvement social ne soit pas toujours totale. Un article du Werideutscher Beobacher du 6 juin 1937 indique que l’industrie coopère avec assez de bonne volonté aux œuvres sociales, mais que le petit commerce et l’artisanat font encore trop souvent preuve d’incompréhension et d’égoïsme.

(1) Notamment der deutsche Kaufmann du 2 mai 1937. (2) Décisions de la Juridiction d'honneur social de l’Allemagne du Sud-Ouest du 20 novembre 1934.

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