I. RECRUTEMENT
Les membres du Front du Travail se recrutent parmi tous les travailleurs allemands, ouvriers, patrons et artisans quelle que soit leur situation sociale. Il suffit de posséder la qualité de citoyen du Reich, ce qui permet aux métis mêmes d’être admis dans le Front du Travail. A l’origine, les jeunes gens devaient avoir fait partie de la jeunesse hitlérienne, maïs cette condition a été supprimée. L’adhésion est libre, elle est indépendante de la qualité de membre du parti nationalsocialiste. Alors que le parti compte moins de quatre millions de membres, le Front du Travail qui le 2 mai 1933 comptait seulement 4 millions 600.000 membres, comprend plus de 20 millions de personnes dont 12 millions 400.000 ouvriers, 8 millions de personnes employées dans les ateliers de l’artisanat ou du commerce ; plus d’un cinquième des membres du Front du Travail sont des femmes ; en outre, bénéficient de prestations les personnes appartenant à des associations rattachées.
En effet, à côté des ouvriers et des patrons, les fonctionnaires et les cultivateurs font partie parl'intermédiaire de leurs associations, du Front . du Travail ; ces associations sont rattachées au Front du Travail en qualité de membres corporatifs ({Verbandsmitglieder). Individuellement, les membres de l’association de Fonctionnaires (Beamitenbund) et de l'Office d'alimentation du Reich (Reichsnährstand) bénéficient de la plupart des avantages reconnus aux autres travailleurs. Cette situation s’explique par la place spéciale occupée dans la nation par les fonctionnaires : le régime a fait un sort particulier aux cultivateurs et les fonctionnaires sont en liaison directe avec la nation et ne peuvent être considérés comme des travailleurs ordinaires (1).
Un tribunal disciplinaire d’honneur (Ehren und Disziplinarhof der D.A.F.) qui a été réuni pour la première fois le 27 avril 1936 (2) doit juger les atteintes à l’honneur et à la discipline des membres du Front du Travail. Il juge conformément à un sentiment « sain de l’honneur allemand » en examinant non les actes euxmêmes mais l’esprit dans lequel ils ont été accomplis.
Cette protection du sentiment de l’honneur aboutit en fait à supprimer toute liberté de parole et ne permet pas aux membres du Front du Travail d'apprécier l’œuvre accomplie.
Les sanctions peuvent être assez graves, car celui qui est sans honneur s’exclut par là même de la communauté des travailleurs allemands du
(1) SCHUHMANN BRUCKER, 0p. cit.
(2) Sozialpolitik im neuen Staat. National Zeitung du 28 avril 1936.
Front du Travail (1) ; il s’ensuit une véritable « mort sociale ».
À été ainsi exclu pour un an du Front du Travail, un employé de Mechingen (Würtemberg) qui avait jeté une saucisse par la fenêtre en déclarant que sa qualité « laissait à désirer ». Cette sanction ne se rapporte pas à l’activité professionnelle ; mais elle doit montrer « qu’il est du devoir moral de tout citoyen allemand de ne pas gaspiller la nourriture » (2).
II. RELATIONS AVEC LE PARTI NATIONAL-SOCIALISTE LES CADRES ET LEUR FORMATION
Si le Front du Travail comprend un grand nombre de personnes qui ne sont pas membres du parti national-socialiste et si le Front du Travail n’a pas de buts politiques directs comme le parti, la direction du Front du Travail appartient plus ou moins directement à des membres du parti national-socialiste ; les relations avec le parti sont réglées par l’ordonnance du 29 mars 1935 pour l’application de la loi du 23 mars 1935 sur l’Unité du parti et de l’État (3).
Le Front du Travail est un membre du parti (Gliederung) au sens de cette dernière loi. La direction du Front du Travail appartient au parti national-socialiste. Le chef de l'État-Major du parti, nommé par le chef de l’État et le Chan-
(1) Deutsche Arbeitskorrespondenz, 17 octobre 1936.
(2) Courrier national-socialiste de Stuttgart, 26 août 1937.
(3) R. Bonnarp», Le Droit et l’État dans la doctrine nationale-socialiste, p. 121. R. PezLoux, Le parti nat.-soc. et ses rapports avec l’État, p. 18.
celier du Reich, dirige le Front du Travail. Les autres chefs doivent en premier lieu être choisis parmi les organisations du parti. Les fonctionnaires et les cadres reçoivent une formation spéciale dans des écoles et des cours dépendant du service d'éducation morale et politique (politische Schulung).
Il existe trois degrés différents de cours :
1° l’École du Reich commune au parti et au Front du Travail est située à Bernau. Elle reçoit les chefs de service pour des cours d’un mois et des auditeurs qui ont suivi avec profit les cours des écoles de pays.
20 les écoles de pays situées à Kônigswinter, Lobeda près d’Iéna, Plassenburg près de Kulmbach, et Bischwitz près de Breslau, dispensent dans des cours d’une durée de trois semaines un enseignement sensiblement analogue à celui de l’école de Bernau pour les administrateurs du Front du Travail.
3° chaque région possède en outre plusieurs écoles d'administration régionales.
L'enseignement est en outre donné dans des cours du soir {Schulungsappele et Schulungsabende) dans les différentes écoles de région et dans les groupes locaux.
Ces cours ne font que reprendre en l’amplifiant et selon des directives différentes, l’œuvre d'éducation syndicale des écoles spéciales pour délégués d’entreprises instituée après le vote de la loi du 4 février 1920 sur les conseils d’entreprise. L’ancienne école confédérale de Bernau est devenue l’école du Front du Travail ; le système des périodes et des cours est identique. La
formation a pour but de combattre les pensées égoïstes, de ressusciter la camaraderie des tranchées. Les thèmes développés sont les thèmes chers au national-socialisme : le sens de la loi sur l’organisation du travail national, la communauté d’entreprises, le conseil de confiance...
Les cours sont suivis de la sorte par tous les chefs du Front du Travail quel que soit leur grade dans la hiérarchie et par tous les membres du Front du Travail qui occupent dans les cadres de celui-ci une fonction spéciale. Nous citerons par exemple les cours destinés aux hommes de confiance pour la prévention des accidents du travail.
Juxtaposées etuniesau Front du Travail, les cellules nationales-socialistes d’entreprises, du commerce ou des métiers { N.S.B.0. ou N.S. Hago), composées uniquement de membres du parti, ont la direction politique et morale du Front du Travail. Les représentants ou plutôt les délégués de ces cellules se rencontrent à tous les étages de la construction du Front du Travail depuis l’organisation centrale jusqu’à l’entreprise. Dans l’usine, en particulier, le délégué ( Betriebszellenobmann) est un instrument de la politique et de la police aux mains du parti et du Front du Travail. Les chefs d’entreprise n’apparaissent pas toutefois placés au point de vue politique sous les ordres de la cellule nationale-socialiste. En ce sens il existe une décision du Ministre des Postes à propos d’une lettre envoyée à la communauté d’entreprise et remise au patron (1).
(1) Berliner Tageblatt du 28 décembre 1934,
Le Trésorier du parti national-socialiste assure aux termes de l’article 5 paragraphe 2 de l’ordonnañce du 29 mars 1935 le contrôle financier du Front du Travail.
Le Front du Travail est naturellement orgañisé d’après les principes du régime nationalsocialiste : suivant le principe du chef et suivant lé principe de l’union personnelle, Le principe dü chef s’oppose à toute nomination ét à tout contrôle par un pouvoir électif quelconque. Le chef du Front du Travail désigne et révoque donc ses subordonnés. Il est assisté d’un représentant {Stellvertreter) qui est à la tête du service de direction {Führerami), de services et dé conseils.