CHAPITRE PREMIER
Après la dissolution des syndicats, la création d’une organisation nouvelle groupant l’ensemble de la communauté des travailleurs est apparue comme moins dangereuse que le maintien des syndicats ouvriers et des syndicats patronaux, ou même la seule présence des cellules d’entreprises nationales-socialistes qui n’auraient pas lutté sans difficulté avec les chefs d’entreprises (1). Dès le 10 mai 1933 s’était réuni à Berlin un comité d’action de 500 délégués ouvriers qui avait décidé la création d’une institution destinée à assurer la constitution unitaire du travail national dans le IIIe Reich. Le directeur de ce comité était le Dr Ley.
Les syndicats, les associations ouvrières et patronales furent peu à peu incorporés dans le Front du Travail dont l’organisation et la direction furent confiées au chef de l’organisation du parti, le Dr Ley, ce qui témoignait du désir de rapprocher les travailleurs des conceptions politiques du parti. Déjà, sans succès d’ailleurs, en 1918 avait été tentée de la sorte une collabora-
(1) MaxsreLp, Deulsches Arbeitsrecht, fév. 1934, p. 34.
tion entre patrons et ouvriers par l'institution de communautés de travail.
Le 27 novembre 1933, le Dr Ley définit le but du Front du Travail en insistant tout particulièrement sur ce que la nouvelle organisation ne reconnaissait pas les anciens classements sociaux : « l’ouvrier doit être placé à côté du patron. Ils ne seront plus séparés par des groupes et des associations servant à la protection spéciale de classements et intérêts économiques et sociaux. La valeur de la personnalité, que ce soit un ouvrier ou un patron, doit l’emporter dans le Front du Travail allemand. On peut seulement -gagner la confiance d’homme à homme, mais jamais d'association à association. D’après la volonté :de notre Führer, le Front du Travail allemandin’est pas le lieu où seront résolues les questions matérielles de la vie quotidienne du travail. On ne cherchera pas à résoudre les divergences naturelles d'intérêts existant entre les travailleurs ».
Le 28 décembre 1933, Hitler déclara qu'il n’admettait plus la présence en face les unes des autres d’organisations professionnelles rivales. Les organisations patronales eurent à prononcer le 1er décembre 1933 leur dissolution et à inviter leurs membres à donner leur démission et à adhérer individuellement aux groupes économiques correspondant à leurs activités respectives. La notion de communauté de travailleurs est ainsi très sensiblement différente de la notion d’association, l’une procède d’une étendue aussi vaste qu'il est possible, l’autre ne comprend qu’une catégorie de personnes.
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Le statut légal du Front du Travail est fixé par les ordonnances des 24 octobre 1934 et du 21 mars 1935.
Pour faire face aux diverses tâches qui lui incombent le Front du Travail possède une certaine organisation administrative et financière qu'il y a lieu d’examiner en détail. Il conviendra ensuite de rechercher la nature juridique du Front du Travail.