‹ Le fruit défendu (volume 4)Chapitre 22 sur 33 · CHOEUR · texte numérisé non relu

CHOEUR

Pierre, Pierre, Pierre, Que sais-tu donc faire ?

MAD; CHEVAL

Ah ça , dites donc, monsieur Lecamus...

LECAMUS

Laissez donc... je vous dis... tant pire... laissez-moi tranquille.

Moi, je sais frapper de mon... bras sur terre. ( Les dames se récrient. Éclats de rire. La plupart des danseurs tombent sur l$s genoux et roulent pôle-môle. Désordre

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dont on profite çà et là. Les cavaliers dérobent des baisers. Victor se fait remarquer par ses ravages autour de lui.) M. BLU.

Faut le bras à c'I'lieure ! Je n'en suis plus. . . allez , jeunes gens , allez .

LECAMUS

Ah ben , v'ià le gâchis... il n'y a plus d'agrément... Vous n'avez pas de patience...

MAD. CHEVAL, essoufflée.

Ah! Dieu, en v'ià une bosse!... Est-il farce en société, ce diable de Lecamus... pas vrai, marne Popelard... est-il amusant... c'gueux-là ?

VIRGINIE, bas.

Victor , Victor , écoulez , que je vous parle .

VICTOR

Qu'est-ce que vous avez à médire?... Tant pire, je m'amuse.

VIRGINIE

Victor, c'est bon ; Victor, vous vous en repentirez.

VICTOR

Ah ! ouitte !

VIRGINIE

C'est pour retourner avec madame Alphonse, n'est- ce pas? Je vous ai vu tout à l'heure...

VICTOR

Moi ! je me moque pas mal de madame Alphonse I

VIRGINIE

Oui, je vous ai vu... vous l'avez embrassée...

VOUS VOUS parliez tout bas... Vous ne la quittez pas.

VICTOR

Ehben, après? c'est pas moi qui cherche... c'est elle qui m'a serré la main... et même sije veux... aller à la campagne avec elle.

Victor , je ne veux pas , entendez-vous !

VICTOR

Tiens , à présent... qu'est-ce que ça vous fait?... Si elle est gentille... je la trouve gentille, moi... Elle a la main douce!... oh!... c'est étonnant.

VIRGINIE

Tenez, le méclichchehant ^ tenez I {Elle le pnce.)

VICTOR

Voulez-vous finir, vous... A la fin... qu'est-ce que ça peut vous faire?... vous n'avez plus le droit, entendez-vous?

VIRGINIE

Pourquoi ça ? pourquoi n'aurais-je plus le droit... monstre !

VICTOR

Puisque nous ne devons plus nous revoir...

VIRGINIE

Pourquoi ça?... qu'est-ce qui vous empêche?... on ne vous a pas fait de malhonnêteté... Vous êtes un ami... je voudrais bien voir qu'on ne vous reçoive pas.

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VICTOR

Plus souvent que j'y retournerai î

Oui, vous y retournerez, ou nous verrons... Je ne veux pas que vous embrassiez personne , entendez-vous?

VICTOR

Vous ne voulez pas... quand vous allez, vous... Laissez donc, tenez, que ça fait frémir... que si j'y pensais... je ferais un coup, voyez-vous.

MAD. CHEVAL , accourant.

Allons, ^Victor, allons, à la danse, que je vous dis.

PLUMET

Eh bien, Virginie... ça va bien!... vous avez dansé...

VIRGINIE

Certainement... Si j'avais compté sur vous...

PLUMET

Vous dansez avec... ce jeune homme... n'estce pas... toujours.

VIRGINIE

J'ai dansé avec lui comme avec un autre.

PLUMET

C'estdevosconnaissances...devotre famille?..

VIRGINIE

Certainement, si je ne le connaissais pas...

C'est que. . . c'est ce qui me semblait... Comme il cause souvent avec vous...

VIRGINIE

Je cause... Faut bien causer avec quelqu'un.

PLUMET

C'est que... voyez-vous... c'était une petite observation... Faut pas, voyez. . . rapport h vous.. . comme à moi... faut pas causer.

VIRGINIE

Ah! voilà que vous venez déjà... Quand je suis triste, moi... que j'ai envie de pleurer... que j'ai les nerfs dans un état., c'est bien assez... faut pas me taquiner, vous.

PLUMET

Virginie... écoutez donc... c'est pas mon intention. Je ne le connais pas, ce jeune homme... C'est que... on m'a envoyé une lettre... je vous l'ai caché... Il y avait son nom... mettez-vous à ma place.

VIRGINIE

Ah ! nous y voilà, vous commencez déjà : vous avez écouté des cancans, vous êtes jaloux, vous me faites déjà des scènes. Si vous croyez me rendre comme ça malheureuse. (£'^?e 'pleure.)

PLUMET

Virginie... je vous en prie, ce n'est pas ça que je voulais dire, je me suis mal expliqué.

Laissez-moi, je ne dois pas entendre les horreurs que vous dites. On ne dit pas ces choseslà à une demoiselle.

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PLUMET

C'est sans le vouloir, Virginie ; je suis fâché , là , je suis fâché j voulez-vous me faire de la peine ?

VIRGINIE

Vous vous expliquerez avec maman si vous voulez.

PLUMET

Eh bien , non , je vous demande pardon , là , Virginie , que ça soit fini... Je suis obligé d'aller danser, que ça soit ûm.{Il se place avec Olympe, Victor et madame Alphonse dansent précisément derrière eux. )

VICTOR

Ça y est-il , marne Alphonse ? faut nous en donner à celle-ci. Je n'vas pas me gêner... J'ai des chagrins, moi , tel que vous me voyez.

MAD. ALPHONSE

Eh bien, faut vous distraire. Un jeune homme comme vous, ça n'est jamais embarrassé.

VICTOR

Soyez paisible, que je ne m'en priverai pas... Tiens, nous sommes dos à dos avec ce monsieur, ça se trouve bien. Dites donc, en v'ià un... de monsieur.

MAD. ALPHONSE, riant.

Parlez donc plus bas , c'est le marié. Il vous entend.

VICTOR

Ça m'est bien égal qu'on m'entende. {Plus II. 7

haut.) Il y en a ici que, si on disait loul, ils riraient jaune... Tant pire.

OLYMPE

C'est à vous, monsieur Plumet, la main ffauche...

PLUMET

Ah I oui... c'est à moi... ( Il danse.)

VICTOR, /)/ms haut.

Avec leur jabot, leurs breloques, ils s'en font accroire sur des choses qu'ils y seront encore bien pinces.

MA.D. ALPHONSE

Monsieur Victor, plus bas donc. Oh !

VICTOR, plus haut.

Et qu'il y en a d'autres qui ne font pas des embarras qui pourront bien se moquer d'eusse.

OLYiMPE.

M. Plumet, vous n'entendez donc pas? La queue du chat 1

La queue du chat !.. Ah 1 oui. ( // va en avant.)

VICTOR, du même ton.

Oh ! vous avez bien raison, mame Alphonse, ça me fait de la peine, parole d'honneur, quand je vois des pauvres bêtas donner dans la bosse, quand les autres ont eu tout l'agrément^ tandis que eusse... Enfin suffît.

OLYMPE

Vous êtes dans vos réflexions, monsieur Plumet. Vous pensez ?

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PLUMET

Moi? mais non, mademoiselle ; pas du tout, au contraire.

OLYMPE

Oh ! c'est par politesse. C'est fini, je vous remercie.

PLUMET

Comment, c'est moi... au contraire.

OLYMPE, s'asseyant.

Ah, Dieu ! m'man , je ne sais pas comment lu peux dire... Il est comme un innocent c't homme-là j il ne sait pas dire deux...

MAD. POPELARD.

Ah! vous n'êtes jamais contentes, vous autres. Il vous faut tout. Aussi il n'y en aura bientôt plus pour vous, des hommes.

Ah 1 monsieur Lescalopier, je vous cherchais, C'est que, voyez -vous... ça devient du vilain à présent pour tout de bon. Non, réellement, ça m'a fait de l'effet. Vous voyez, je suis encore tout saisi.

LESCALOPIER

Voyons, qu'est-ce que c'est à c'te heure? qu'est-ce qu'on t'a fait? Ous' qu'ils sont?

PLUMET

C'est ce jeune homme, vous savez? de tantôt...

LESCALOPIER

Eh ben , où est-il? Faut s'expliquer avant tout.

PLUMET

Attendez, que je vous dise; ce jeune homme était à danser derrière nous...

LESCALOPIER

Quel jeune homme ? où est-il ?

PLUMET

Celui de la lettre que je vous ai dit, celui-là, là-bas.

LESCALOPIER

C'est bon, allons le trouver, je ne connais que ça.

Mais non, attendez donc, je vous en prie.

U:SCALOPIER.

Qu'est-ce qu'il t'a fait, d'abord? car enfin...

PLUMET

Donnez-moi donc le temps ; vous êtes si vif !

LESCALOPIER

C'est que je suis comme ça, moi.,.

PLUMET

Pour lors, étant derrière nous, il s'est permis... des propos...

LESCALOPIER

A toi?

PLUMET

A moi... qui s'entend, ce n'était pas à moi, mais c'était à moi. Vous savez..? il ne parlait pas à moi, mais c'était tout de même... c'était moi qui recevais le paquet... H me donnait à entendre... des coups de patte... Il me donnait à

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entendre par-là que dans le temps... que pour lors j'é.tais un imbécile...

LESCALOPIER

Ça suffît! C'est bon, je comprends. Ah ça, maintenant, t'a-t-il dit ça à toi ?

PLUMET

Censé ce n'était pas à moi, mais dans le fond c'était à moi. Je lui tournais le dos.

LESCALOPIER

Tu vois, tu lui tournais le dos ; donc tu n'es

pas sûr.

plumet.

Je ne suis pas sûr, si vous le voulez bien, mais je dois être sûr...

LESCALOPIER

Tu es sur, bon. Ah ça, maintenant, qu'est-ce que tu veux faire à ça ?

PLUMET

Dame , faudrait l'empêcher ou bien lui demander... Ça ne peut pas rester comme ça... ma position est fausse; entendez bien, je suis dans une fausse position... au milieu de tout ça... Je voudrais vider tout ça.. . faut qu' ça se vide.

LESCALOPIER

Qu'est-ce que je te dis donc depuis une heure ? Viens avec moi, et allons y parler.

PLUMET

Mais non, écoutez donc, je ne voudrais pas tout de suite...

LESCÂLOPIER.

Je ne t'écoute pas; c'est comme si tu chantais; et allez donc ! {Il arrête Victor par le bras ci retient celui de P/wme^) Monsieur, mande pardon ; écoutez, il y a ici une petite explication. C'est entre nous, sans vous commander, pas de bruit. Il paraîtrait que nionsieurPlumet,quevoici,a à se plaindre de propos tenus. .. Pour lors, expliquetoi, Plumet.

VICTOR

Tout de suite, monsieur. J'ne connais pas monsieur , mais je suis bien aise que ça se trouve. . . C'est plutôt moi qui aurais à me plaindre... 11 paraîtrait que monsieur s'est permis défaire des cancans sur mon compte à Virginie... ce n'est pas comme ça qu'on agit. Une femme n'est qu'une femme; je suis un homme, moi , entendez-vous? et je suis là pour répondre.

LESCALOPIER

Ah, dame! voyons, Plumet, v'ià que ça change.

PLUMET

Permettez... quand j'ai dit... j'ai dit que vous vous connaissiez... avec Virginie...

LESCALOPIER

Là, voyons, v'ià que tu te brouilles, tu barbotes , tu ne fais rien qui vaille, mon garçon ; dis la chose.

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PLUMET

Eli ben, la chose, c^est sur ce qu'il me paraissait que j'ai dit que monsieur connaissait Virginie...

VICTOR

Oui, je la connais, Virginie. Eh ben, après? et je la connaîtrai encore si je veux, et c'est pas vous qui m''en empêcherez. Si vous croyez me faire peur avec votre cravate blanche... Et si elle avait eu à choisir, Virginie ; et si quelqu'un a droit dessus elle... Vous me faites suer, seulement. ..Oui, c'est moi, voyez- vous. . . Au surplus, nous ne pouvons pas rester tous les deux , faut qu'y en ait un qui parte , je ne demande pas mieux. Vous l'épousez aujourd'hui ? bon , ça sera demain à nous deux.

LESCALOPIER

Eh ben, tu vois, Plumet, monsieur est raisonnable... monsieur le parle bien; c'est à loi, maintenant...

VICTOR

Oui, si on vous a dit quelque chose, c'est vrai. Vous désirez ma mort comme je désire la vôtre... il y a moyen, on s'arrangera, et voilà.

LESCALOPIER

Dame, que veux-tu que je te dise? il a bien parlé c'jeune homme ; on ne peut pas dire autrement... il t'a bien parlé.

PLUMET

li a bien parlé, je ne dis pas... mais...

LESCALOPIER

Je suis juste, il a bien parlé... Tais -toi, voici ta belle-mère.

M AD. CHEVAL

Plumet, mon garçon, Virginie est fatiguée, il faut vous retirer ; personne ne regarde, c'est le moment. Venez avec moi.

Oui, je veux bien, m'man. {Ils sortent.)

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