PLUSIEURS VOIX
Oh ! dites donc, les mariés sont partis I ils sont rentrés chez eux... v'ià la fin... faut leur aller faire des niches... Oh ! oui, des niches!... — Bonsoir, mesdames. . . — Bien le bonsoir I
Une chambre. — Une porte entr'ouverte.
M AD. CHEVAL
Eh ! doucement. Qui est là?
PLUMET
C'est moi, maman.
MAD. CHEVAL
N'entrez pas. Ah! v'ià que vous faites l'indis-
cret. A-t-on jamais vu , ce mauvais sujet! Les messieurs n^entrent pas. Retenez-le, vous autres.
PLUMET
Mais, maman , il n'y a pas besoin de me retenir. Vous m'aviez dit de monter.
M\D. CHEVAL
C'est bon. Attendez en dehors ; on vous appellera quand on aura besoin de vous.
PLUMET
C'est que je voulais parler à Lecamus. Je le cherche.
M AD. CHEVAL
11 ne s'agit plus de Lecamus, Restez-là, qu'on vous dit, et soyez sage. ( Elle repousse la porle.\
VIRGINIE
11 est donc là? quelle scie !
MAD. CHEVAL
Il attend, c' pauvre homme. Tiens! faut qu'il attende, ça y apprendra... Ah çà, vous avez tout ce qu'il vous faut... Tiens, ma biche, v'ià ta camisole. Ménage-la, que c'est un jaconas, enfin, que c'est dommage, cette garniture... Bon, il y a de l'eau là -dedans, si vous voulez boire... Faut y mettre là sa cravate, son bonnet, qu'il trouve au moins ses commodités, c't homme.
VIRGINIÇ.
Pardi! voilà-t-il pas!..,
MAD. CHEVAL
Mais si , ma fille, faut des égards ; c'est le
D EUSIACHE PLUMET. >I07
moyen de vivre bien en ménage ; faut que chacun y mette du sien... Pour ce qui est de ton côté, tu es d'âge, tu es raisonnable, tu sais ce que tu as à faire.. . Je n'ai rien à te dire. . . ça te regarde. Faut pas non plus le brutaliser.
VIRGINIE
Ah ! mon Dieu, ça m'est bien égal.
M AD. CHEVAL
Je ne dis pas ; c'est ce que tu doit' être dans ta position.
VIRGINIE
C'est bien pour vous, allez, m'man.
MAD. CHEVAL
Oui, ma biche, tu t'as bien conduit. . . pour toi aussi, tu verras.
VIRGINIE
Il est en allé, Victor ? Ils se sont parlé?
MAD. CHEVAL
C était rien du tout. J'ai rac'modé tout ça. Il m'parait même quel' petit mâtin avait fait peur à Plumet.
VIRGINIE
C'est qu'il est bien dans le cas de lui donner son compte : il est si vif !
MAD. CHEVAL
Mais c'est bien fini. Ne t'inquiète plus.
PLUMET
^ Feut-on entrer ?
MAD. CHEVAL
Ah çà, il est enragé... Non, attendez donc... {Elle entr' ouvre la porte.) Soyez donc raisonnable, Plumet. J'ai même renvoyé ces demoiselles : c'est pas ici leur place... Tenez, Plumet, vous me faites trembler. . . Vous serez gentil, n'est-ce pas? mon garçon... Allons, voyons, entrez.
PLUMET
J'aurais voulu parler à Lecamus.
MAD. CHEVAL
Il n'est pas question de Lecamus. C'est pas à Lecamus que vous avez affaire , n'est- ce pas? Ainsi, entrez, vite donc... monstre!
VIRGINIE
Mais non ; je n' veux pas qu'il entre... Oh ! m'man ! {Elle se jette au cou de sa mère en pleurant.)
PLUMET
Virginie... est-ce que c'est ma présence... ça vous fait du chagrin ?
MAD. CHEVAL
Eh ! y a pas de doute que c'est vous , gros sans cœur; ça y fait de l'effet à c'te enfant. Si vous croyez que c'est régalant pour une jeunesse, vot' présence... Us ne comprennent rien, ces vilains hommes.
PLUMET
Si vous voulez... je croyais... je m'en vais...
MAD. CHEVAL
Allons, c'est bon, bon apôtre... Tenez, com-
mencez votre toilette . V'ià votre bonnet de coton. C'est mon cadeau, à moi ; je sais que vous aimez ça. Mettez -moi ça sur votre petite tête, que ça tient chaud aux oreilles. Allez, allez toujours , ne vous gênez pas ; je connais ça, moi.
VIRGINIE, bas.
Il met des bonnets de coton ?
MAD. CHEVAL, de mSine.
Ça n'est qu'habitude, c'est de s'y faire... Ah I mon Dieu, bonnet blanc, blanc bonnet. {A Plumet.) Voyons, Plumet, qu'est-ce que vous faites? mettez donc votre bonnet ; allons donc.
PLUMET
Mais... oui, m'man.
MAD. CHEVAL
Pardine! ne faites pas attention à moi. Ah ben, iâni pire, jevas»le tuteyer, est-ce pas, Virginie? c'est bien le cas. Je vas vous tuteyer, tant pire.,. Ah 1 voyons, que je vous parle à votre tour. . .
( Elle lui parle à l'oreille. ) PLUMET.
Oh... je... oui.
MAD. CHEVAL
Car, à la fin des fins, mes enfants, il faut pourtant que je vous quitte.
VIRGINIE
Non, m'man, jamais... je n' veux pas. {Elle sanglote et s'attache à sa mère.)
MAD. CHEVAL
Mais, ma fille, faut pourtant que je m'en aille.
Oui, ma biche, oui, tu m'aimes bien ; je ne te quitterai jamais... Vous voyez, Plumet, comme elle tient à moi, c'te petite.... que je pleure comme un enfant aussi, moi... Elle tiendra à vous... Allons...
VIRGINIE
Non, jamais...
M AD. CHEVAL
Sois tranquille, ma biche, je te laisse avec ton petit mari.
VIRGINIE, avec transport.
Je n'veux pas... rester avec lui... je m'en irai plutôt avec vous. {Elle se précipite vers la porte.)
MAD. CHEVAL
Eh ben, non, ma biche ; eh ben, non , nous le renverrons ; c'est un vilain. Je resterai avec toi. Viens avec ta petite mère... Allons , v'ià ses nerfs qui la reprennent.... Ah! mon Dieu, un peu d'eau fraîche... Virginie!...
PLUMET
Virginie...
MAD. CHEVAL
Laissez-la donc tranquille, vous, puisque c'est vous qui êtes l'auteur... Trempez le coin de votre mouchoir... donnez plutôt la carafe... Virginie!... Vous voyez. Plumet, c'est un ange que je vous donne , c'est un vrai trésor que je vous fais cadeau... c'est innocent... on ne peut pas y faire entendre , ohl... rien de rien... Dame, vous voyez... laissez-moi y par-
DEUSTÀCIIL PLUMET. \\A
1er... Tu seras avec ton petit mari , qui t'aime bien , qui sera bien gentil ; tu seras toujours avec lui... Entends la raison... je ne puis pourtant pas rester...
VIRGINIE
Si , m'man , si.
MAD. CHEVAL
Faut s'habituer, ma biche; c'est ton mari ; après ça... c'est ton devoir... Tu verras par la suite, tu l'aimeras... c'est le tout de s'y faire... Allons , viens ma biche. [Elles causent quelque temps a voix basse. ) La voilà qui se calme ; elle va reposer... Eh ben , Plumet! voulezvous que je vous reploie votre bonnet ?
P)>UMET,
Ohl... merci, m'man.
MAD. CHEVAL
Vous faites l'enfant aussi , vous , avec moi... Allons donc, un homme !..^ Que je vous dise encore. . . {Elle luiparle bas.) Vous êtes là que vous baissez les yeux. . . Entre nous. : . je puis vous dire ça, moi, voyez-vous ? j'en ai le droit. {Elle essuie une larme. )
PLUMET, tombant en confusion.
Heuh!...Oui.
MAD. CHEVAL
Mais écoutez donc , pardi 1 {Elle lui parle encore à l'oreille.)
i'lumet.
Oui... hum !
MAD. CHEVAL
Ah I c'est bien.... pour lors je puis m'en aller doucement, elle ne regarde pas... Vous n'avez plus besoin de moi?... bonsoir, mon garçon... (En pleurant.) Faut que je vous embasse aussi, iùui pire... je l'peux... {Elle dérobe un baiser à Plumet.) Adieu... adieu. {Elle sort sur la pointe du pied. Long silence.)
PLUMET
Virginie... {Point de répotise.) Virginie... vous êtes don G fâchée ?. . .
VIRGINIE
Ahl
PLUMET
Voulez-vous quelque chose?... que j'appelle... je vais...
VIRGINIE
Non... merci.
PLUMET
C'est la fatigue... faut espérer... ça ne sera rien... {Cherchant çà et là.) Y a pas... de démêloir... par ici. (Madame Cheval rentre tout à coup.)
PLUMET, surpris et en désordre.
Eh 1 un instant , eh ! il y a du monde , attendez, . .
Allons donc , c'est moi , que je vous dis. Je voulais encore vous dire...
d'eustache plumet. -145
PI>UMET, reculant.
Euh, euh, euh!... C'est inutile...
MAD, CHEVAL, avec un soupir.
Allons, adieu, mon garçon... Ah! c'est dur pour moi , allez 1 {Elle sort.)
PLUMET
Je cherche... où est donc... Quand c'est nouveau... un logement... c'est pas l'embarras... c'est gentil, ici... Virginie... Virginie... vous m'en voulez... ce n'est pas mou intention... au contraire.
MAD. CHEVAL, rentrant.
C'est encore moi...
PLUMET
Qui ? fichtre ! attendez donc.
MAD. CHEVAL
Pardineî ne dirait-on pas? vous êtes en négligé, quoi! Vous me feriez rire, vous... Voyez-vous, je ne suis pas tranquille... vous comprenez, une mère... une bonne mère... vous entendez h'ien...? [Elle lui parle bas.)
PLUMET
Mais, maman... vous dites...
Faut ça, j'dis ce qu'y faut... Ma pauvre fille... faut que j' l'embrasse une dernière fois.
PLUMET
ÎSe lui dites pas... des choses... comme... ». S
M AD. CHEVAL
J' sais ce que j'ai à faire. C'est pas voui, irest-ce pas, qui m'en remontrerez... (Elle va embrasser Virginie. )
PLUMET
Mais, maman...
MAD. CHEVAL, s'en allant.
Enfin , c'est un grand sacrifice... c'est pour vous... ça me coûte, allez!
PLUIWET.
11 est tard... fermez la porte...
MAD. CHEVAL
Adieu... adieu. [Elle sort.)
PLUMET, rôdant çà et là.
Allons y bon... v'ià que je ne trouve pas... il fait si chaud... Virginie... vous êtes donc fâchée?,., dites - moi si vous avez quelque chose... contre moi... Virginie... je vous en prie..«
Non... monsieur.
PLUMET
C'est que, comme je vous avais dit... au sujet de ce que nous avions parlé... de ce jeune homme... vous pourriez m'en vouloir.
VIRGINIE
Vous étiez si méchant !
PLUMET
Mais non , Virginie, je vous assure , c' n'é-
d'eUSTACHE PLUMETi ^^^
tait pas mon intention, si j'ai été vif. . . Je n' voulais pas... faut pas... c' n'est pas mon caractère... c'est pour votre bien... Mettez-vous à ma place... je suis aussi dans une position, moi !...
VIRGINIE
Ail I oui , c'est vous qui êtes à plaindre , n'est-ce pas?...
PLUMET
Oui, certainement... chacun a ses désagréments... Virginie, vous ne savez pas... eh ben, oui , là... il y a eu une explication à cause de ça... et c'est moi qui ai tout sur le dos à présent... Ce jeune homme est vif aussi...
VIRGINIE
Vous n'avez pas besoin d'en dire du mal... c'est de nos amis... comme un parent.
Je ne dis pas... mais voilà... s'il est tout à fait un ami... aurait p't-élre mieux valu le dire tout de suite.
VIRGINIE
Qu'est-ce que vous voulez dire parla?
PLUMET
Rien... je dis, n'est-ce pas? que si j'avais su... que vousle connaissiez... bien... je n'aurais pas...
VIRGINIE
Vous n'auriez pas ?...
PLUMET
Je n'aurais rien dit.,, Au lieu de ca, dame,
VOS parents m'ont caché..., je n'étais pas prévenu ; votre maman...
VIRGINIE
Ne parlez pas mal de maman, je ne le souffrirai jamais.
PLUMET
Je ne me permettrais pas... Ce n'est pas ça ; écoutez donc, Virginie... j' dis qu'en famille, entre nous, vaut mieux savoir que par d'autres. . . parce que les autres. . .
VIRGINIE
Ah! v'ià que vous recommencez... vos infamies ! pourquoi m'avez- vous prise, alors ?. . . c'est pour me compromettre. . . avec vos monstres qui font des cancans?
PLUMET
Écoutez, Virginie, c' n'est pas un monstre... Eh ben, là, tenez, c'est c' jeune homme... que si l'on voulait bien comprendre... il a dit des choses... qu'on ne peut pas dire plus fort... Je ne les répéterai jamais.
VIRGINIE, avec explosion de sanglots.
Ah Dieu ! vous abusez de ce que je suis toute seule , vous n'oseriez jamais devant maman... dénaturé... C'est fini, allez.
PLUMET
Mais , Virginie, ce n'est pas contre vous, ça ne vous fait rien, tout ça . . . c'est moi qui ai tout l'embarras... j'ai une affaire sur les bras... et
d'eustache plumet. \\7
v'ià qu'y veut se battre avec moi... Voyons, Virginie... convenez... ce n'est pas agréable...
VIRGINIE
C'est bien fait.
PLUMET
Virginie, ma bonne...
VIRGINIE
JN' m'approchez pas... j' crie ! {On frappe à la porte.)
PLUMET
Qu'est-ce que c'est encore ? {Des seringues cachées rinondent d'eau froide, lui, Virginie, et tous les meubles).
UNE VOIX , en dehors.
Y a pas de bonheur sans nuage. On ne peut pastout avoir à la fois. {Eclats de rire dans l'ombre.)
PLUMET
Ah ben ! c'est des bêtises, ça... je m' fâcherai, moi... à la fin...
MAD. CHEVAL, en dehors.
J'avais défendu ça ; laissez-les tranquilles, ces enfants, ils ont assez fatigué. Vous avez bien le temps demain.
PLUMET
Virginie... en avez-vous reçu... ça vous a saisie ?...
VIRGINIE
Ne m' parlez pas... ou je vas avec maman.
PLUMET
Vous savez bien, Virginie, que ça ne se peut plus.
VIRGINIE. I
Oh! il y a des remèdes... Après toutes les bontés qu'on a eues pour vous..! il n'en sera que ça... si c'est comme ça que vous vous souvenez des bontés que mes parents...
Oh ! Virginie... vous me reprochez là des choses... Vous savez bien... quand je reçois une honnêteté... je suis bon pour la rendre... J'ai reçu une cravate, je ne dis pas... mais de mon côté... j'ai agi... de manière...
VIRGINIE
C'est bien, monsieur, on vous les rendra, vos chiffons... puisque vous y tenez tant... ça valait grand' chose !
PLUMET
Virginie, ça valait ce que... je pouvais... je ne demande rien. Pour lors, on m'a invité quelquefois à manger la soupe... je puis bien encore rendre une soupe.
VIRGINIE
On n'en veut pas de votre soupe.
PLUMET
C'est bien plutôt moi, Virginie... soyez de bon compte... Tenez, je ne vous fais pas un reproche... ce n'est pas pour vous le reprocher, moi ; mais, tenez, encore à ce matin, votre papa devait... vous savez... il devait pour lors... pour entrer en ménage, me donner... une petite
d'eustache plumet. ^^9
somme... une bagatelle... c'était promis... il y a manqué.., Ce soir encore il y a manqué... je ne dis pas ça pour... mais il y a manqué...
VIRGINIE
Tiens ! qu'est-ce que vous demandez? il me semble que c'est déjà assez d'honneur qu'on ait bien voulu... Mes parents vous valent, entendezvous? ils ont été bien dans le temps ; ils viennent de gens comme il faut; au lieu que vous, on ne sait pas... je ne vous connais pas, moi.
PLUMET
Oh !.. . Virginie. . . qu'est-ce que vous dites !
VIRGINIE
Quand mon père saura ça... Je lui dirai, allez... votre conduite.
PLUMET
Virginie. . . je vous en prie.
VIRGINIE
Ah! vous me tuez !
PLUMET
Eh ben! Virginie...
VIRGINIE
J'étouffe. . . Ah ! j'étouffe ! .. . [Le jour commence à paraître.)
PLUMET
Dites donc. . . vous vous trouvez mal ?.. . Mon Dieu... que voulez-vous? je n'y suis plus...
VIRGINIE
Ah!
rLUMET.
Je vais appeler... voulez-vous que j'appelle?... Virginie... où souffrez- vous? où avezvous mal?
Ah !
PLUMET
C'est peut - être moi... Mon Dieu... je suis donc fâché!... je vous ai fait de la peine... je ne sais que devenir, moi, voyez-vous?... Où avez-vous mal... Virginie?
VIRGINIE, montrant son estomac.
Là.
PLUMET
Là... Virginie... qu'est-ce que vous voulez que je fasse?... voulez- vous le pot à eau?
\mGimE, pantelante.
C n'est pas ça...
PLUMET
Ah ben , alors... c'est là, n'est-ce pas, que ça vous fait mal... c'est si mauvais!... Prenez de l'élan... oh!... ah!... là... comme elle devait souffrir !
( La porte s'ouvre, et des gens de la noce se précipitent dans la cham bre à grand bruits avec des ustensiles de cuisine.)