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Le fusain

Depuis quelques années, on s’occupe du dessin au fusain avec un intérêt croissant; c’est un genre qui s’est déjà popularisé dans le monde des amateurs et des artistes, et l’on peut lui prédire un succès de longue durée.

Sa première application a été des plus simples. Le peintre a commencé à s’en servir pour jeter sur la toile le projet d’un tableau. La facilité qu’offre le fusain de couvrir rapidement une surface et sa propriété de pouvoir s’effacer sous l’action du doigt, du chiffon ou de la mie de pain, en rendent f emploi commode; la recherche d’un sujet

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devient ainsi pratiquement facile et se prête à toutes les modifications de la pensée.

Peu à peu on a reporté sur le papier ces improvisations fugitives ; on a pu leur donner une expression de travail plus déterminée et arriver ainsi à la réalisation d\m tableau dans tous ses détails et dans tous ses efiéts. C^est ainsi que plusieurs artistes ont réussi à affirmer dans ce genre leur individualité. Decamps a confié au fusain les plus belles inspirations de son génie. Bellel lui a appliqué les formes classiques de Part. Appian et Allongé traitent le fusain avec un succès justifié par des qualités qui diffèrent suivant le sentiment personnel de ces artistes^ et qui leur ont conquis la faveur publique.

Niederhausern apporte dans Pexécution de ses fusains une sincérité et une simplicité de moyens qui donnent à ses œuvres une .fraîcheur d’expression remarquable; Lhermitte emploie des qualités analogues au service d’une grande science d’observation.

Sans en faire une spécialité particulière

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de leur talent, beaucoup d^autres artistes ont manié le fusain avec un grand mérite, tels que Paul Huet, Troyon, Courdouan, Français, Léo Drouyn, Hanoteau, Adrien Dubouché, etc. Ces noms sembleraient attester que le fusain s'applique avec plus d'avantage au paysage ; néanmoins, des peintres d'h'istoire et des dessinateurs, Axenfeld, entre autres, dans ses belles reproductions du Cor-

rége, ont prouvé par la science de l'exécu-

don, le modelé des chairs et rharmonie des ensembles, que les procédés du fusain se prêtent à toutes les exigences de l'art. Les cartons de R. Maréchal de Metz, ceux de Kaulback surtout, témoignent que le fusain peut s'appliquer aux œuvres de premier ordre.

Presque tous nos maîtres contemporains ont accepté l'usage du fusain. Decamps et Troyon ont donné l'exemple dans son emploi de rehauts au crayon blanc, à la gouache, au pastel et même à la peinture à l'essence.

Ramené à sa simple expression et dégagé

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du secours de toute substance étrangère^ le fusain reste le maître de tous les genres de dessins par la puissance des valeurs^ la transparence et la finesse des tons^ la fraîcheur et fampleur du travail. C^est le mode de dessin qui se rapproche le plus des effets de la peinture^ dont il a toute la couleur et réclat. Bien des amateurs préfèrent meme ces tons monochromes auxquels leur imagination peut^ avec tout le charme que développe le sentiment de Fart^ substituer la coloration de la peinture.

Rien ne semble facile au premier abord comme Texécution d\in dessin au fusain; les résultats rapidement obtenus^ la vivacité des modes d^emploi n^occupent cependant pas la première place dans Tœuvre du dessinateur; ses préoccupations doivent remonter plus haut et s’attacher à la connaissance des lois de Tart^ indépendantes des procédés d’application.

La traduction matérielle étant ici le seul objet de notre étude^ je vais essayer de la mettre en rapport avec une éducation artistique déjà faite ou en train de se faire, en prenant nos exemples dans le paysage.

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