LE CHIFFON
Pour passer un ton général sur son papier et lui ôter la crudité du blanc, ou bien encore si Ton veut obtenir une valeur de ciel, on se sert généralement de la paume de la main ou des quatre doigts réunis, après avoir mis préalablement, et cela aussi régulièrement que possible, la quantité de fusain nécessaire pour obtenir la valeur voulue. Mais, si l'on veut obtenir un ciel brillant et clair, ainsi que des eaux transparentes et lumineuses, l'usage du chiffon de vieille toile ou de vieux calicot enveloppant un fort tampon d'ouate est excellent. On tamponne le chiffon de façon à ce qu'il présente une surface large et unie; puis en tournant de bas en haut on écrase le fusain. Mais, pour que ce moyen ne puisse nuire au travail qui doit suivre, il faut s'en servir avec adresse et une extrême légèreté de main, car il est nécessaire que l'opération soit faite pour ainsi dire au premier coup ; autrement, et si l'on s'y reprend à plusieurs fois pour obtenir la régularité, le fusain, entrant trop avant dans le papier, donnerait un ton ou trop clair ou trop noir, suivant la quantité de fusain posée d'abord, dans lequel, même à l'aide de la mie de
pain, on ne saurait plus avoir une seule lumière franche ni un ton brillant et vif pour éclairer un nuage, ni une ligne de soleil dans les eaux.
On se sert dans le même but de la peau de gant, de l'amadou, de l'ouate, etc. Mais ces moyens sont bien inférieurs aux premiers; plus difficiles à employer, souvent ils font des taches ou des ciels cotonneux d'un modelé lourd et désagréable. On peut s'en servir pour modeler les nuages, mais point pour le ton de fond ou azur, qui doit toujours être fin et uni, ce qu'on ne peut obtenir qu'à l'aide du chiffon. Enfin, on se sert aussi, pour exécuter un ton de fond ou de ciel, de la sauce de fusain pulvérisé, dont on couvre le tampon de linge dont nous venons de parler. Ce dernier moyen donne un ton doux et léger sur lequel on peut ensuite modeler les nuages.