CONSEILS PRÉLIMINAIRES POUR LA COPIE DES MODÈLES
Avant de commencer nos leçons écrites, donnons ici quelques renseignements techniques sur l'exécution d'un fusain en général, lorsqu'il s'agit simplement de copier un modèle.
De la tenue du fusain. — Le bâton de fusain doit être, en général, tenu entre le pouce et l'index, d'une façon très légère, de telle sorte qu'on puisse vous l'enlever des doigts sans effort : cela pour les frottis. S'agit-il, au contraire, d'appliquer une touche vigoureuse, on devra le maintenir plus énergiquement, mais sans dureté. Dans l'application du coup de fusain, c'est la souplesse du poignet qui donne la souplesse du travail; l'énergie, au
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contraire, dépend du pouce : ce qui fait qu'au bout de quelques années le pouce du fusiniste se développe d'une façon assez sensible : soyez sans crainte cependant, Mesdames, il se développe, mais ne se déforme pas.
Pour masser des gris, on devra passer le ton très léger, un peu en dessus de la valeur du modèle; cependant, s'il s'agit d'un ton qui doit être écrasé, avoir soin qu'il n'y ait aucun intervalle blanc entre les touches du fusain, non plus qu'une jonction noire ; il faut que les touches soient autant que possible juxtaposées. S'agit-il d'un lointain, on massera horizontalement, de même pour un terrain de plan; pour les eaux, verticalement, et, pour les masses de feuillé et d'arbres en général, la touche sera exécutée en tous les sens, mais particulièrement dans les parties éclairées, dans le sens de la lumière.
Pour les vigueurs et les ombres, le frottis sera ferme et autant que possible suffisant du premier coup, car toutes les fois qu'on revient sur un ton vigoureux on risque de l'amoindrir. Mais, si ferme qu'il puisse être clans le modèle, il faut éviter de boucher complètement le papier : c'est au détriment de l'air et de la transparence.
Des branches. — Soit dans une masse de feuillé, soit qu'elles se détachent sur un ciel, les branches devront plutôt être commencées par leur extrémité et venir s'attacher au tronc, parce que le fusain s'usant à mesure que vous avancez donne un trait plus épais. Pour le même motif, on verra que les roseaux s'exécutent également en commençant par l'extrémité pour venir à la base, et par conséquent de haut en bas. Donc, lorsque vous dessinez une branche et des roseaux, examinez d'abord bien la
forme que vous avez à rendre, puis, lorsque mentalement vous êtes sûr de cette forme, attaquez hardiment et terminez tout d'un trait au risque même d'être moins exact, ce qu'il faut surtout conserver dans un dessin étant plutôt le sentiment de la forme que la reproduction identique de cette forme même.
Du pouce et des estompes. — Lorsqu'on doit écraser un ton avec les doigts, c'est le pouce qu'il faut employer de préférence parce que le pouce est le doigt le plus solide et le plus ferme. Ce qui n'empêche pas d'en user de la façon la plus légère possible : ainsi, pour un gris clair et transparent, vous devez écraser le ton, en frôlant simplement le grain du papier, et cela surtout pour le modelé des nuages. Néanmoins, vous appuierez plus fermement pour la vigueur s'il faut entrer le fusain dans le grain même du papier pour obtenir une valeur plus ferme.
De même pour les estompes, le travail doit être légèrement fait dans les gris, plus fermement dans les vigueurs. Rappelez-vous bien la gradation des estompes : l'estompe de peau enlève toute la valeur du ton ; l'estompe de papier et le tortillon enlèvent très franchement des clairs dans des parties qui n'ont pas encore été frottées, mais ces outils se salissent vite. On ne doit jamais les nettoyer autrement que sur du papier ou un drap, et surtout ne pas toucher la pointe avec les doigts, ce qui les graisserait presque autant que la gomme ou la mie de pain.
De la mie de pain. — Elle sert à enlever les clairs brillants. J'ai dit qu'on doit se servir de pain de ménage
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rassis, c'est-à-dire de la veille, qu'on peut emmagasiner dans une boîte en fer-blanc. Pour l'usage, on prendra une forte pincée de mie de pain sans l'émietter, et on la pétrira entre les doigts et la paume de la main gauche jusqu'à ce qu'elle s'amollisse et forme bien la boulette : on l'aplatit alors entre le pouce et l'index pour dessiner avec le tranchant. On doit après chaque touche pétrir à nouveau cette boulette pour qu'elle présente toujours au travail une partie propre.
La gomme mie de pain1 fournit sous les doigts une boulette analogue à celle de la mie de pain naturelle; elle est un peu moins souple et ne saurait donner les mêmes finesses de touche, en particulier pour les lignes d'eau qu'on obtient par le tranchant de la boulette aplatie, mais dans les autres cas elle rend les mêmes services et l'on n'a pas à se préoccuper de la conservation.
1. L'invention de \a.gojnme mie de pain est due à. la maison Hardmuth, de Vienne.