‹ Le fusain sans maitreChapitre 43 sur 53 · SOUS BOIS · texte numérisé non relu

SOUS BOIS

Peut-être n'avez-vous pas facilité de vous rendre à Fontainebleau y étudier la forêt séculaire aux grands arbres , aux rochers couverts de mousses ; alors il faudra vous rabattre sur le Sous-bois qui se trouve partout, petites futaies ou taillis à travers lesquels le soleil se joue aisément, sans autre effet qu'un cliquetis de lumière qu'accompagne parfois le bruissement des feuilles. Ici, point de grands effets, point de grandes ombres produites par la masse d'un vieux tronc de chêne , point de replis de terrains çà et là brisés d'un heurt violent par quelque énorme rocher tombé là d'un cataclysme inconnu. Non, tout votre effet sera dans la finesse de vos tons de fond , dans l'élégance de la petite branche, de son attache fine et bien dessinée.

Parfois aussi une mare aux eaux dormantes agrémentera votre sujet, mais c'est de même et d'un reflet tranquille qu'elle ajoutera encore à l'intérêt du motif. Le coup de soleil sous bois a cela de particulièrement difficile à rendre, que l'effet change avec une rapidité telle qu'à peine l'artiste peut-il jouir de l'effet une demi-heure

durant. Aussi César de Cook, un des paysagistes modernes qui ont le mieux rendu l'effet de soleil sous bois, opérait-il de la façon suivante : Par une série de jour gris, il faisait une étude patiente du motif, je dis patiente, parce qu'en effet, pour chaque arbre, un dessin serré est urgent et qu'une telle étude prend souvent plusieurs séances. Quand l'étude était faite par le temps gris, le peintre venait au jour et à l'heure de l'effet de soleil et, au premier coup, donnait toutes les touches lumineuses là où il les avait une première fois senties comme devant produire le tableau désiré. Ayant ainsi le dessin et l'effet, il lui suffisait alors, avec quelques observations notées sur nature, d'harmoniser les gris des fonds qui, en réalité, se modifient sous Faction du soleil, car on doit observer que, dans un sous-bois, les fonds sont plutôt froids par le temps gris et chaud des reflets du soleil. Cela semble, à la vérité, se rarrprocher de la peinture plutôt que du dessin au fusain. Mais n'avons-nous pas dit que le fusain, au point où nous en sommes, doit être considéré et traité comme la peinture puisque, en effet, c'est une peinture à un seul ton dont les valeurs remplacent la coloration. Aussi bien, en fusain, vous pouvez rendre un ton chaud ou froid, selon la nature de votre travail. Le ton de fond sera froid si le grain est dense et un peu vigoureux ; il sera chaud, au contraire, si vous prenez soin de le faire très léger, de façon qu'on y sente bien partout l'action du soleil ambiant et de ses reflets, et si vous allégez encore ce ton par un petit travail de zébrure ou de pointillé à la mie cle pain, destiné à en augmenter encore la transparence.

ALLONGÉ

16e leçon. — Sous bois.

LEÇONS ÉCRITES

On m'a souvent demandé si, dans ce modèle, le fond est obtenu à l'aide de la sauce appliquée assez noire, puis enlevée aux endroits du ciel. Il n'en est rien; un ton général a été passé, sans doute, mais comme toujours, de la valeur du ciel seulement : le fond est ensuite modelé par-dessus au doigt et au tortillon. C'est ce qui lui donne de la vibration et empêche qu'il ne forme rideau de fond au paysage.

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