LE CHASSIS
A l'atelier, le châssis est le mode le meilleur pour tendre son papier; c'est aussi le moins coûteux, et le seul qui permette de tendre réellement bien et qui offre une grande résistance, surtout pour les dessins de grande dimension.
Le châssis doit être fait comme celui qu'on emploie pour les toiles à peindre, mais il ne faut pas qu'il soit garni de clefs, et, de plus, il est commode d'y appliquer1, même pour les petites dimensions, au milieu et à F envers, une traverse de bois qui permette, le dessin terminé, de le tenir aisément pour le fixer.
Il ne faut point se rebuter si les premières fois qu'on tend son papier le résultat n'est pas parfait. C'est une affaire d'habitude, et nous pouvons affirmer que, si l'on se conforme exactement à l'instruction qui va suivre, on arrivera à tendre son papier rapidement, sans aucun gon-
1. Nous disons applique?*, car, si l'on enclavait cette traverse comme dans les châssis de toiles à peindre, on se trouverait gêné pour fixer le dessin ; la brosse ne pourrait passer facilement sous cette traverse.
dolage, ce qu'on ne peut jamais obtenir avec les stirators ordinaires.
Pour tendre son papier, après l'avoir coupé de grandeur suffisante pour qu'il dépasse d'environ 0.05 à 0.06 cent, le châssis de chaque côté, on l'étend sur une table, l'endroit, ou mieux, le grain du papier appliqué contre la table; puis, à l'aide d'une petite éponge, on mouille l'envers d'un bout à l'autre ; le papier une fois humide, on applique le châssis dessus, et l'on fixe un des côtés à laide de clous dits semence, l'un au milieu, les deux autres aux extrémités. Cette opération faite, on retourne son châssis et l'on répète la même opération pour le côté qui fait vis-à-vis au premier qu'on vient de fixer; puis on procède de même pour les deux autres côtés, en opérant simultanément et en ayant soin de rabattre les coins du papier, en les tirant un peu, sur les bords du châssis. Ce travail doit se faire le plus rapidement possible. Quand le papier est ainsi maintenu de chacun des quatre côtés par trois pointes, on place entre elles autant d'autres pointes qu'on le juge nécessaire, suivant la grandeur du dessin à exécuter.
Il faut, pour qu'un papier soit bien tendu, mettre une pointe environ tous les quatre centimètres, et à mesure que l'on cloue tirer suffisamment sur le papier pour qu'il se tende le plus possible, bien qu'encore humide; mais cela doit se faire cependant d'une façon assez modérée pour que le papier ne se déchire pas sous les doigts. On peut également se servir de colle de pâte, appliquée sur l'envers du châssis auquel on fait adhérer, en le repliant
dessus, l'excédant du papier qu'on a également enduit de colle de pâte1.
L'opération faite, on laissera sécher le papier à la température de la saison, et, au bout d'une demi-heure en hiver, d'un quart d'heure en été, le papier se trouvera aussi bien tendu qu'une toile à peindre. Surtout l'hiver on devra bien se garder de faire sécher devant le feu, car alors le papier ainsi tendu jouerait facilement à une température inférieure, et se détendrait pendant le travail.
LE STIRATOR
Le stirator est un appareil qui se compose de deux châssis enclavés l'un dans l'autre ou superposés et maintenus l'un sur l'autre à l'aide de pointes et de fermoirs; c'est aussi un mode de tension fort en usage pour le dessin au fusain. Il suffit, pour le premier genre de stirator, de placer le papier mouillé sur le plus grand châssis, puis, appliquant le second châssis sur le premier, de le presser jusqu'à ce qu'on puisse fermer l'appareil. Pour le second genre de stirator, l'emploi en est encore plus simple : il suffit de placer bien régulièrement le papier entre les deux châssis, qu'on replie ensuite l'un sur l'autre. Fort
1. Rappelons ici le moyen de faire la colle de pâte, au cas où l'on n'aurait ni clous-semences, ni colle toute faite, en voyage, par exemple. On prend environ une cuillerée à bouche de farine blanche, amidon ou autre ; on délaye cette farine dans un peu d'eau préalablement chauffée, et l'on place le tout sur un feu doux, en tournant à mesure que la colle chauffe et se lie ; comme elle épaissit, on ajoute de l'eau peu à peu, jusqu'à ce qu'elle soit suffisamment cuite et délayée, et qu'elle présente l'aspect d'une bouillie épaisse.
commode en campagne, en ce sens qu'il ne nécessite pas l'outillage du châssis, savoir, clous, marteau, etc., le stirator lui est bien inférieur pour le travail à l'atelier. Le stirator à pointes, tirant horizontalement sur le papier, le déchire facilement lorsqu'il sèche et se tend. L'autre, tirant sur le papier à l'aide d'un ressaut qui entre d'un des châssis sur l'autre, le déchire aussi très facilement, surtout aux angles. Il y a bien aussi un troisième stirator qui réunit toutes les conditions voulues. Il est composé de deux châssis qui, tout en étant superposés, s'enclavent l'un dans l'autre à l'aide d'une rainure intérieure; cle plus, il est muni d'un châssis recouvert en toile ou calicot qui permet de transporter le dessin non fixé ; on peut ainsi exécuter un dessin d'après nature en plusieurs séances. Ce stirator n'a pas le défaut du premier, parce que les angles sont libres, et il ne déchire pas le papier comme le second, parce que la tension n'est pas horizontale. Mais pour être absolument bons ces appareils demandent une telle précision clans leur construction que, le prix en devenant trop élevé, les commençants n'avaient pu l'admettre, jusqu'au jour où Aristide Senée fit breveter un stirator nouveau à baguettes mobiles absolument parfait et d'un prix abordable.
Construits avec la précision d'un instrument de mathématiques, ils ne bougent jamais et les papiers les plus minces, même le végétal, s'y tendent sans aucun goclage. Voici comment on procède : ayant posé le papier sur une table, l'endroit en dessous, c'est-à-dire reposant contre la table, on y applique une première fois le stirator. 1° On trace, en suivant V intérieur du stirator, un carré au
crayon. 2° On enlève le stirator. 3° On trace autour du premier carré un second carré extérieur au premier à quatre centimètres de distance de celui-ci. 4° On mouille toute la surface du papier à l'éponge assez abondamment pour que le papier se détrempe bien. 5° On coupe, à Taide de grands ciseaux, le papier en suivant le tracé du carré extérieur. On a ainsi le papier taillé à la grandeur voulue. 6° On place alors momentanément le papier sur le dossier d'une chaise ou d'un fauteuil et on pose le stirator contre la table conservant devant soi le côté des baguettes mobiles qui en ont été préalablement enlevées. On pose son papier sur le stirator, le côté mouillé en dessous (on a donc dû le retourner adroitement pour le poser ainsi) ; lorsqu'il est bien en place, les côtés extérieurs du papier doivent arriver juste au milieu du cadre où sont placés les chiffres 1, 2, 3, 4, on coupe aux ciseaux les coins à angle droit et on forme à la main le pli du côté marqué 1 , on applique la baguette mobile et on l'enfonce vigoureusement. Quand elle est bien enclavée à sa place, on passe en face du côté marqué 2, avec les deux mains on tire le plus fortement possible sur le papier qu'on a soulevé et on forme également le pli à la main, puis on enfonce la deuxième baguette, bien également partout. On répète l'opération pour les côtés 3 et 4 et on laisse sécher à plat.