SCÈNE VIII Les Mêmks, BLANCHE
GOTANSON, saluant.
Madame I
BLANCHE, à Gotanson.
Pardon, monsieur, c'est vous qui m'avez fait demander t
BOISJOLI
Non, c'est moi *.
BLANCHE
Un mensonge de plus!
BOISJOLI
Celui-là, je l'avoue, mais il a pour but de faire éclater la vérité à propos de ce gant que...
* Blanche — Boisjoli — Gotanson.
En quoi monsieur se trouve-t-il mêlé à cette histoire ?
BOISJOLI
Monsieur est le propriétaire du gant.
COTANSON^ à Boisjoli.
Le propriétaire non, le terme n'est pas exact... c'est-à-dire que...
BOISJOLI
Peu importe... Ne chicanons pas sur les mots...
BLANCHE, à part.
Ils se contredisent, c'est qu'ils s'entendent.
BOISJOLI, à Blanche.
Enfin, c'est monsieur qui m'a lancé le gant à la figure. (Présentant.) M. Gotanson, mon adversaire... madame Boisjoli, ma femme... (il fait signe à Blanche
do s'asseoir sur la chaise devant le canapé.) Maintenant,
écoute monsieur, et tu seras convaincue que tes soupçons étaient injustifiés, (a Cotanson.) A vous la parole!
Il prend la chaise qui est à gauche de la table, l'avance un peu au milieu de la scène et fait signe à Cotanson de s'asseoir, puis, il remonte.
COTANSON, s'asseyant. A Blanche.
Je serai bref. Permettez-moi d'abord une question, madame. Avez-vous jamais été amoureuse?
BLANCHE
Vous dites?
BOISJOLI, redescendant entre Blanche et Cotanson.
Au fait, je vous en prie, au fait I
COTANSON.
Oui. Il y a quinze jours, j'étais aux Nouveautés. Je ne vous dirai rien de la pièce.
BOISJOLI, agacé.
Là n'est pas la question... La question est que ma femme a trouvé dans ma poche un gant de femme, qu'elle me soupçonne de la tromper, je lui ai raconté notre discussion au cercle, notre duel., elle refuse de me croire... Je vous prie donc de lui dire si ce que Je lui ai raconté est exact.
COTANSON.
Tout ce qu'il y a de plus exact.
BOISJOLI
Ah I tu vois 1
BLANCHE
Qu'est-ce que je vois?
BOISJOLI
Que je ne t'avais pas menti.
BLANCHE, se levant.
Décidément, mon cher, vous me croyez trop bête à la fin, si vous avez espéré me faire dupe de la comédie que vous jouez en ce moment devant moi, avec monsieur.
Une comédie?
COTANSON.
Avec moi?
Il va reporter la chaise à la place oft elle se trouvait. BLANCHE.
Dès les premiers mots, j'avais deviné votre en-
tente; vous n'aviez pas échangé deux phrases que vous étiez déjà en contradiction tous les deux.
BOISJOLI
Nous?
GOTANSON.
Nous?
BLANCHE, à Boisjoli.
Votre jeu est bien chiirl (juand vous avez vu que je ne donnais pas dans ce fameux duel que vous m'a viez si triomphalement annoncé vous avez voulu justifier votre mensonge et vous avez prié monsieur de jouer, pour la circonstance, le rôle d'adversaire
BOISJOLI
Jouer?
GOTANSON.
C'est très sérieux.
Il passe au milieu.
BLANGHE.
Allons donc! Tout cela est arrangé d'avance entre vous... S'entendre pour abuser une femme, ce sont là, tout le monde le sait, services coutumiers qu'on ne se refuse pas entre hommes.
GOTANSON, ahuri.
Mais, madame...
BLANCHE à Gotanson.
Et si VOUS voulez mon opinion, ce que vous faites en ce moment est mèuie assez malpropre!
GOTANSON, vexé.
Madame!... {X Boisjoli qui a gagne un peu la droite.) Jô
VOUS prie, monsieur, d'obtenir que madame soit poli avec moi.
BOISJOLI^ énervé.
Obtenir! Que voulez-vous qu'on obtienne d'une femme qui est entêtée comme une mule?
BLANCHE
Une mule! Il m'appelle mule! (a. cotanson.) Monsieur, vous êtes témoin, non seulement mon mari me trompe^ mais il m'insulte!
GOTANSONj se montant.
Pardon, madame, je ne suis pas ici pour être témoin, mais pour ravoir le gant que j'ai jeté à votre mari.
BOISJOLI
Tu l'entends! Je ne le lui fais ]>asdire cette fois!... le gant qu'il m'a jeté...
COTANSON.
Et je voudrais bien rentrer en sa possession.
BLANCHE, passant au milieu.
Pour le rendre ensuite à monsieur? (Elle montre Boisjoii.) N'est-ce pas?... Et m'enlever ainsi la preuve de son infidélité? Jamais! Ce gant est une pièce à conviction, je veux le produire devant le tribunal, et je le gai'de !
COTANSON, avec exaltation.
Madame, ce gant représente mon amour, c'est mon cœur, c'est ma vie! Et vous me l'enlevez! Prenez garde à ce que vous faites là!
BLANCHE
Vous osez me menacer?
COTANSON.
Je me suis mal exprimé...
tE GANT 37
C'est que tu ne sais pas l'histoire des Nouveautés.
BLANCHE
Monsieur m'insulte! Chez moi! Devant vous! et vous le soutenez !
BOISJOLI
Moi?
BLANCHE, à Cotunson.
Sortez! monsieur! Sortez!
COTANSON, luiiouv ù lioisjoli.
Pour la deuxième foin, monsieur, je vous prie de défendre à madame de me parler ainsi.
BLANCHE, lù-anaiif.
Me défendre ! Ah ! Ah ! Qu'il l'ose un peu, qu'il l'ose !
BOISJOLI, à part, se prenant la tête.
Et je comptais sur lui pour arranger les choses!
COTANSON, à Boisjoli.
Et je vous somme de me faire rendre le gant par madame !
BOISJOLI, exaspéré.
Ah ! fichez-moi la paix, à la fin, avec votre gant I
COTANSON.
Plait-il ?
BOISJOLI
Voilà assez longtemps que vous m'exaspérez ! Ma femme a raison ! Allez vous promener ! •
GOTANSON.
Ah! C'est comme ça? Monsiem"! vous recevrez mes témoins !
Fausse sortie.
Et vous les miens ! Nous nous battrons, c'est entendu I
GOTANSON, redescendant.
Et sérieusement^ cette fois I
BLANGHE, triomphante.
Cette fois? Vous voyez bien que ce n'était pas sérieux, tout à riieure I
BOISJOLI
Mais sil
BLANCHE
Trop tard, monsieur s'est coupé, je suis lixée.
BOISJOLI, à Gotanson.
Mais vous n'ouvrirez donc la bouche que pouF dire des stupidités !
GOTANSON.
Monsieur, je vous répondrai demain sur le terrain I
BLANCHE
Inutile d'insister, la comédie est finie.
Elle va s'accouder à la cheminée.
BOISJOLI, à Gotanson.
Oh! allez-vous en, vous! Allez-vous en!
GOTANSON.- Oui ! Je m'en vais 1 (ll salue Blanche, puis remonte, et au
moment do sortir, il so retourne vers Boisjoli et avec mépris.)
Goinfre I
Il sort par le fond.