‹ Le gant de DianeChapitre 30 sur 53 · LE FOND DE LA CAVERNE · texte numérisé non relu

LE FOND DE LA CAVERNE

M. Guillaume suivit docilement l'étrange personnage gui l'attirait dans la pièce voisine. C'était un somptueux cabinet que celui de M., le marquis de Malatesta; mais on n'y remarquait ni papiers d'affaires, ni cartons, ni livres d'aucune espèce, ni rien enfin qui annonçât l'homme à la tète d'une administration. Au milieu de la pièce se trouvait une magnifique et lourde table de Boulle, aux cuivres riches et dorés, et sur laquelle était posé un énorme encrier ciselé, en argent massif. Quel- ^ques feuilles de papier glacé étaient posées près de l'encrier. Les murs étaient couverts de tableaux qui paraissaient d'un certain prix ; de lourdes portières de damas cramoisi pendaient devant les portes; les fauteuils étaient d'un bois doré, et quant à la cheminée, elle éblouissait les regards par les richesses de ses ornementations. N'oublions pas aux angles deux bustes de marbre supportés par des piédestaux en granit rouge antique veinés d'or, et une splendide jardinière posée entre les deux fenêtres.

T- Asseyez-vous, monsieur, dit le marquis; nous avons à causer.

£n même temps, il sonna. Un domestique au teint

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cuivré et vêtu d'une livrée aux couleurs de la maison de Malatesta, se présenta.

— Arpino, dit son maître^ je n'y suis pour personne, absolument pour personne. Tu n'entreras que lorsque je te sonnerai. Donne- moi de la lumière.

Quand le domestique eut apporté deux grosses lampes, il sortit aussitôt. Monsieur le marquis s'assura par lui-même que les trois portes de son cabinet étaient closes.

— Eh ! mais, pensait M. Guillaume, me voici gardé à vue. Est-ce qu'il veut m'appliquer la question?

— Vous vous nommez M. Guillaume, n'est-ce pas? dit le marquis en s'asseyant dans un grand fauteuil de soie. Les gens m'ont dit votre nom. Vous êtes probablement un des hommes de confiance de M. Talamon, puisqu'il vous envoie chez moi à sa place pour le représenter. Vous avez questionné beaucoup mon secré- *taire, et cet animal s'est évertué à vous répondre sur • tous les points avec toute la maladresse et l'outrecuidance d'un imbécile. C'est une bête en lunettes. Je le mettrai îi la porte avant vingt-quatre heyres ; îl a manqué son état; il eût fait un excellent marchand de vulnéraire, courant la province en calèche , avec habit rouge , musique et tambour.

Croiriez -vous que cet animal-là se prend au sérieux, lui et la position que je lui ai faite ? On n'a jamais vu un baudet pareil; on dirait l'âne chargé de reliques. Que vous a-t-il appris? Rien du tout. 11 a parlé dans le vide comme une clarinette fêlée. Le triple sot que j'ai là!

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— Eli I monsieur le marquis, dit M. Guillaume, ménagez un peu l'homme que vous avez choisi pour votre second.

— Moi, ravoir choisi? ah! détrompez -vous, par exemple. On me Ta donné et je l'ai pris sur l'étiquette, sans regarder ce que contenait ce paquet de sottises. Mais laissons cela. Yoj'ons, monsieur Guillaume, à nous deux!

Un duel commençait, un duel dangereux peut-être. M. Guillaume laissa son ennemi engager le fer ; il se contenta de l'observer et de l'attendre.

Le marquis de Malatesta était un homme d'environ trente-six ans, d'une figure remarquable par la régularité des traits, l'éclat et l'expression du regard. Sa chevelure était brune, abondante et bouclée. Le marquis paraissait doué d'une force physique herculéenne; il avait la taille bien prise , mjnce, avec les épaules» larges. On devinait à ses muscles saillants qu'il devait être d'une prodigieuse agilité, et tous ses mouvements dénonçaient une adresse et une souplesse merveilleuses.

Sa mise était d'une élégance sévère ; contre l'habitude des lions à la mode, il ne portait ni chaîne d'or, ni bijoux extravagants ; seulement, on remarquait à sa main droite une magnifique émeraude gravée aux armes de la maison de Malatesta. Le marquis portait è la boutonnière un ruban varié de couleurs, ce qui prouvait qu'il était chevalier de plusieurs ordres*

Quand il fut assis, il étendit la main vers un charmant

guéridon de bois de rose, et prenant quelques gros cigares, il en offrit à M. Guillaume, qui accepta.

""— Ah I vous fumez, dit le marquis ; tant mieux ; deux hommes intelligents qui fument ensemble finissent toujours par s'entendre.

M. Guillaume, à l'exemple de son hôte, alluma son panatellas.

— Monsieur, dit Malatesta, vous êtes venu chez moi au nom et sous les auspices de M. Talamon ; je le crois aux trois quarts. Voici le doute qui traverse mon esprit. Je vous préviens que je pense tout haut quand je suis enfermé dans mon cabinet, tête à tête avec n'importe qui; donc, je vous déclare carrément que j'ai à votre sujet un arrière-soupçon. Ne seriez-vous pas un agent de police dans l'exercice d'une mission secrète? Ne vous tâchez pas. Prouvez-moi qui vou^ êtes simplement,, pela vaudra mieux.

— Me fâcher, dit le visiteur, allons donc , monsieur^ il n'y a qu'un sot qui se fâche. Voici une patente qui vous, donnera sur mon identité une preuve irrécusable.

Le marquis prit la patente, il l'examina et la rendit en souriant à M. Guillaume.

— Courtier patenté , dit-il. C'est bien, j'aime mieux cela. Si vous eussiez appartenu à, la police, j'aurais été obligé de prendre des^ précautions telles, que vous auriez été dans l'impossibilité de me nuire.

— Lesquelles, monsieur? demanda M. Guillaume.

— Diable I répondit le marquis , voilà une questio»

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qui certainement ne s'attend pas à une réponse. Poursuivons. En m'adressant à M. Talamon, monsieur, quel a été mon but? De lui proposer deux cents actions, aiitrement dit, de lui demander deux cent mille francs. Je commence par vous déclarer que, dans ce moment-ci, j'ai besoin de cette somme. M. Talamon hésite à me la donner, et il vous envoie aux renseignements. Il fait son métier et je fais le mien. Donc, puisque M. Talamon hésite , c'est qu'il n'a aucune conûance en moi et qu'il ' doute de ma solvabilité. Je ne chercherai pas à vaincre ses défiances ; autant vaudrait, n'est-ce pas , tenter de tirer du sang à un caillou ? Je renonce donc aux deux cent mille francs venant de la caisse de M. Talamon. Voici un autre ordre d'idées; nous abordons un sujet plus élevé. Vous comprenez, monsieur Guillaume, qu'un homme de ma trempe ne renonce pas au plan qu'il s'est tracé, ni au but qu'il veut atteindre. Certainement il m'eût été agréable de toucher la somme que je demandais à votre patron ; mais, entre nous soit dit, je n'y comptais qu'à demi ; mon but principal était d'entrer en relation avec l'honorable banquier, il a bonne caisse ' et bonne renommée ; c'est chose appréciable. Maintenant, la position devient plus nette; M. Talamon a des soupçons, des défiances; il me barre le passage chez lui. Je n'ai donc plus à ménager mon partenaire, et je vais droit où mes intérêts me disent de toucher barre. M. Talamon a parmi ses clients cinq ou six individualités cousues de miUions ; au nombre de ceux-ci, il est un personnage dont il a toute la confiance, et qui possède dans rindç une fortune de nabab. Ce personnage

habite encore les Indes orientales ; mais il a le projet de revenir en France d*ici à un an. Dans cette prévision, il fait passer de temps en temps des fonds énormes à M. Tal^mon pour des placements. Il n'y a pas un mois que l'honorable banquier a reçu de son client indien deux millions de francs, et qu'il les a encaissés. Apprenez donc , monsieur Guillaume , que j'ai décidé qu'un de ces deux millions doit être mis à ma disposition. C'est une résolution prise; j'aurai ce million d'ici à un mois.

M. Guillaume écoutait très-attentivement son interlocuteur sans donner le moindre signe d'émotion. Le marquis fît une pause.

— ^Parlez- vous sérieusement, monsieur? lui dit le courtier.

■ — Oh! très-sérieusement, répondit Maïalesta en allumant un second cigare.

— Vous aurez ce million bon gré, mal gré?

— Je l'aurai contre vent et marée. #

— Alors vous le prendriez si on ne vous le livrait pas ?

— On me le livrera , répondit le marquis.

— Je ne vois pas comment.

— Monsieur Guillaume, reprit Malatesta en regardant fixement son hôte, comment font les rois quand un voisin refuse une concession légitime ou illégitime, mais une concession exigée par une raison d'État?

— Ma foi ! monsieur, dit Guillaume, ils arment et font la guerre.

— Oui, dit Malatesta ; mais il en est qui, avant toute

déclaration de guerre, commencent par s'emparer d'une province voisine. On traite ensuite ou on fait la guerre ; le gage est toujours pris.

— Ah ! reprit Guillaume, et la province que x^^us avez en vue est -elle prenable sans coup férir, monsieur le marquis ? «

— Elle est sous ma main, répondit M. de Malatesta avec un calme incroyable.

M. Guillaume se prit le front, ferma les yeux et se mit à réfléchir. 11 cherchait à deviner de quelle nature pouvait être ce gage dont l'intrépide marquis voulait s'emparer. 11 finit par se.perdre dans ses conjectures.

— Décidément, reprit-il, je ne vois rien dans ce brouillard, monsieur.

— Je le crois parbleu bien I dit le marquis. Eh bien , monsieur Guillaume, ajouta-t*-il, voulez-vous y voir clair?

— Oui, monsieur.

— Dans rin^rêt de M. Talamon et de son riche client, ou dans le vôtre?

— Dans l'intérêt de chacun de nous, ajouta Guillaume.

— Et moi, dit le marquis, je ne m'ouvrirai à vous qu'autant que vous abandonnerez l'Indien et le banquier pour ne vous préoccuper que de vos intérêts partieu- Uers. Alors seulement je vous livrerai mon plan, car vous serez à moi et avec moi.

— C'est-à-dire, monsieur, que vous voulez m'acheter ? dit Guillaume en affectant le plus grand calme.

— Vous enrichir, est-ce vous acheter ? dit Malatesta»

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— Oui, dans cette circonstance.

— Eh biep, soit! je veux vous acheter, monsieur^ reprit le marquis d'une voix ferme et le front haut- Monsieur^Guillaume, continua-t-il, combien gagnezvous par année, bon an mal an ? trois mille francs tout au plus ?

— Environ, monsieur le marquis.

— Vous êtes père de famille ?

— Veuf, monsieur, et deux filles à marier.

— C'est cela. Deux filles, dont la vertu vous coûte cher à garder et que vous cherdfjez à placer le plus convenablement possible. Pour cela, il faut deux dots. Calculons. On ne marie pas unchonnéte fille aujourd'hui sans lui donner trente mille francs dans sa corbeille ; cela fait soixante mille francs pour les vôtres. Quand on a. marié ses filles et qu'on reste seul, on veut vivre indépendant d'elles, et on a besoin d'un peu de repos, d'un peu de loisir ; on travaille avec moins d'ardeur : donc, il faut avoir un petit capital à soi. Ainsi, vos filles étant placées, monsieur Guillaume, c'est une somme de quarante mille francs qui vous est nécessaire pour assurer le petit bien-êlre de vos vieux jours, car vous êtes modeste dans vos goûts, je le vois, et votre vie est régulière. Additionnons : cent mille francs. Voilà votre part, monsieur, la voulez-vous? elle est à votre dispositiondès aujourd'hui.

, — Sur le million? demanda Guillaume en se donnant un air affriandé.

— Sur le millionr Je saurai bien le compléter immé—

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diatement après cette ex)upure, ajouta le marquis. Je lui arrache, en votre faveur, une. corne d'or; je la lui rendrai par des procédés à moi connuSé Mais, avant tout, il faut que je le tienixe dans mes mains.

. — Puisque vous $tes sur de mettre la main sur ce trésor, repritM. Guillaume, à quoi bon mes services ? pourquoi les acheter , et surtout de quelle nature sont-ils?

— Il fallait commencer par celte dernière question, répondit Malatesta. Ils sont d'une nature exceptionneUe et telle, que je les paye cent mille francs. Voici le fait, monsieur. Je sais (ne me demandez jamais par qui ni comment je suis informé), je sais positivement que le client de Tlnde, le nabab né Français et nommé lecpmte de Villefort, un reître,-un rusé coquin d'honnête homme.. ^ Qu'avez - vous donc , monsieur Guillaume? demanda le marquis en s'interrompant.

— Ce n'est rien , reprit celui-ci ; des mouvements nerveux dans les jambes, un tic provenant de douleurs rhumatismales mal guéries. Vous savez ?..,

— Je sais, reprît Malatesta, que le richard de l'Inde n'écrit jamais à M. Talamon, son banquier, sans adresser une lettre pareille , par duplicata, à un homme de confiance attaché à la maison du même Talamon. C'est une précaution : une lettre peut ne pas arriver ; la seconde arrive huit ou dix jours après par une autre malle. La seconde lettre aurait l'effet que la première aurait pu ne pas avoir. Ah! le vieux coquin est plein d*astuce et de précautions. Alors les choses étant ainsi , monsieur Guillaume, il faut que vous sachiez l'époque précise de l'arrivée des secondes dépêches par duplicata; il faut

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que vous soyez assez adroit pour vous les procurer; il faut enfin que vous m*en donniez connaissance ; il est bien entendu que je vous les rendrai pour que vous les remettiez mystérieusement aux correspondances du banquier. Voyons, cela vous va-t-il, et pouvez-vous me livrer régulièrement, pour que j'en prenne lecture , les lettres de' l'Indien, au fur et à mesure qu'elles arriveront ?

— Eh! dit M. Guillaume en se caressant le menton, la chose est délicate! Mais quel diable d'intérêt avezvous à fourrer le nez dans la correspondance de ce coquin d'Indien, quand vous vous serez emparé d'un de ses millions?

— ^ Ah! ceci ne vous regarde pas, dit Mala testa. Apprenez seulement que si je n'avais pas un interdît trèsmajeur à lire cette correspondance en secret, je ne vous proposerais pas une prime de cent mille francs.

— C'est juste, dit le courtier.

— Eh bien, voyons, avez-vous fait votre accord avec votre conscience? acceptez- vous?

M. Guillaume eut l'air d'hésiter un peu. Tout à coup, comme s'il coupait en deux un dernier scrupule :

— Oui, s'écria-t-il, j'accepte.

— A la bonne heure. Maintenant, pourrez -vous mettre la main sur les lettres de l'Inde sans éveiller aucun soupçon?

— Je le puis, dit Guillaume en baissant la voix.

— C'est à merveille ! reprit Malatesta. Et vous vous chargez de restituer habilement ces dépêches?

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— Facilement , dit M. Guillaume d'un air calme et résolu.

— Oh I mais , ' vous êtes pour moi un homme trèsprécieux, repritle marquis. Et quand m'apporterez-vous une lettre de Tlnde?:..

—D'ici à peu de jours. On attend la malle anglaise vers le S5, nous voilà au 21.

^— Bravo ! c'est cela. J'avais fait ce calcul également» Eh bien , monsieur Guillaume, il ne nous reste plus, qu'à régler nos conditions et à nous lier l'un vis-à-vis de l'autre* Ce seront des promesses verbales, des conditions parlées; point d'écritures : verbavolanty scrtp^amanen^ Les payements dateront du lendemain du jour où j'aurai encaissé mon million. Ces payements seront au nombre de quatre, vingt-cinq mille francs chacun ; ils seront effectués dans l'espace de neuf mois. Vingt-cinq mille francs comptants en espèces le lendemain» avons-nous dit, de Rencaissement de mon million ; le second, à trois mois, ainsi de suite. Cela vous va-t-il?

— Parfaitement. Seulement, je me demande encore comment vous allez vous y prendre pour toucher d'ici à huit jours ce bienheureux million, qui dort à la Banque sur le compte courant de M. Talâmon, et qui appartient à son client de l'Inde.

— Ah! monsieur Guillaume, dit Malatesta, défaitesvous de cette idée fixe. Ne revenons pas là-dessus. L& million sera touché, c'est dit; il s'agit de la correspondance en question.

— C'est dit aussi , reprit le courtier, vous la lirez ; et faudra-t-il vous la communiquer longtemps?

— Régulièrement pendant un an, dit le naarquis. Vous comprenez que du Jour où vous cesseriez de me la communiquer, du jour où vous manqueriez à vos engagements, de mon côté je cesserais de payer. Donnant, donnant.

— On ne saurait mieux régler une affaire, ajouta le courtier. Eh bien, puisque vous êtes sûr d'enlever un million à M. Talamon, préparez-vous à me compter bientôt vingt-cinq mille fratics, car je vous porterai d'ici à huit jours la lettre par duplicata qui va arriver.

— La chose est dite, arrêtée et acceptée de part et d'autre.

— Monsieur le marquis, ajouta M. Guillaume en terminant cette intéressante conversation, permettez-moi/ une question.

r- — Deux, sr vous voulez.

— Nous avons l'un et l'autre parlé à cœur ouvert, Dieu merci! mais je- me demande si votre confiance en moi n'est pas un acte de témérité? Vous vous êtes bien découvert à mes yeux! vous m'avez fait des aveux bien graves ! Gomment n'avez- vous pas hésité à vous compromettre jusque-là? En un mot, ne craignez-vous pas qu'en sortant d'ici je n'aille au parquet, pour tout raconter à monsieur \e procureur impérial?

Le marquis se mit à rire, en se renversant sur son fauteuil comme un homme qui vient d'entendre une bonne plaisanterie.

— Vous riez, monsieur ? dit Guillaume un peu surpris.

— Et qui diable ne rirait pas de cette idée bouffonne

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qui vous passe par la tètel répliqua-t-il. Me dénoncer? allons donc I Est-ce que cette crainte peut entrer dans mon espritîMais apprenez, mon cber monsieur Guillaume, que je suis parfaitement rassuré sur votre compte. Qu'arriverait-il si vous me dénonciez? je vous traduirais en police correctionnelle, et je vous ferais condamner à six mois de prison comme diffamateur.

— Ah ! abl dit Guillaume, je comprends, nous avons causé à huis clos, vous jureriez que notre conversation, n'a pas eu lieu, et qi\*elle est de ma part une pure invention calomnieuse : Verbà volant.

— Eh ! vous y voilà, reprit le marquis. Seulement, ajout a-t-il du ton le plus naturel du monde, il arriverait probablement ceci, c'est que vous ne sortiriez pas de prison.

— Comment?

— Je me trompe, vous en sortiriez, mais bien muet, je vous en réponds.

— Diantre 1 répondit M. Guillaume, j'entrevois votre pensée.

' — Comment la trouvez-vous?

— Mais , très-forte et digne du prince Machiavel. Quelle politique ! et quel grand homme d'État vous feriez, monsieur le marquis! Une fois en prison, et de crainte que je ne parlasse un peu trop dans la suite, oa aviserait au moyen de me donner une cohque de miserere qui m'emporterait dans le royaume des muets. Et cela par vos soins ?

— Par mes soins, uniquement par mes bons soins,

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mon excellent monsieur et cher ami, ajouta Malatesta avec un. rire satanique qui donna au courtier un léger frisson.

^^ Allons, tout est dit, et l'heure est assez avancée pour nous séparer, reprit M. Guillaume. Vous pouvez compter sur moi. Adieu, monsieur le marquis. D'ici à^ peu de jours, nous nous retrouverons dans ce charmant cabinet.

— Adieu et au revoir, homme intelligent, et sérieux en affaires, dit le marquis en l'accompagnant jusqu'à l'antichambre.

Un laquais ouvrit à M. Guillaume la porte donnant sur l'escalier. Quand cette porte fut refermée, le prétendu courtier se retourna et, décrivant de la main dans '**^r une sorte de croix cabalistique, il se dit à lui-même en souriant :

— Caverne de voleurs, je te dévoue à la destruction I Puis, il se hâta de descendre l'escalier, monta dans

une voiture de place qui passait, et s'éloigna du quartier où il venait d'entendre de si étranges et si utiles révélations.

Le lecteur conviendra avec nous que si M. le marquis de Malaiesta était un homme très-fort, il ne s'était pas moins pris la patte dans un singulier piège à loup, et qu'en fait de confident, dans cette occasion, il aurait pu en trouver un autre moins dangereux que le prétendu courtier.

Mais toute chose a sa raison d'être, et souvent le chemin qui paraît le plus détourné est en réalité le plus di-

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rect pour arriver à un dénoûraenl. G*est ce que prouvant * la suite de te récU.

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