‹ Le gant de DianeChapitre 49 sur 53 · EPILOGUE · texte numérisé non relu

EPILOGUE

Quand la berline de M. Guillaume arriva à Thôlel Talamon, rue Taitbout, il était près de onze heures du soir.

La nuit était fraîche et étoilée. Paris, dans ce quartierlà, avait encore toute son animation.

Le boulevard des Italiens à minuit est certainement dans toute sa gloire, par un beau temps.

Qui sotoge à le déserter, ce joyeux boulevard, avant que le dernier magasin ait éteint sa féerie d'illumination? On ne vit vraiment que là en plein air et en pleine liberté.

La voiture entra dans la cour de l'hôtel et vint s'arrêter au perron. Rosalinde n'avait pas articulé une parole durant tout le trajet. Elle était sous l'impression d'une sorte de terreur qui jusque-là lui avait été inconnue. Ici, il ne s'agissait plus de se révolter contre un danger ou contre une menace.

La bravoure expirait devant l'autorité d'un père, représenté par l'homme de Paris le plus considéré.

M. Guillaume n'offrit pas son bras à M*i« de Villefort pour monter le grand escalier.

Elle s'appuya sur celui de sa femme de chambre.

Celle-ci avait les larmes aux yeux et elle ne savait trop pourquoi. EUe pleurait instinctivement, pressentant quelque chose de très-grave, de malheureux , mais d'iadéfinissable pour elle.

Quand on arriva dans l'antichambre, M. Talamon luimême vint au-devant de sa pupille, ce qui prouva à ftosalinde qu'elle était attendue. Son étonnement égalait son émotion.

L'excellent tuteur l'amena jusqu'au salon sans lui (Ure un mot. Il était visiblement ému.

Là, dans cette grande pièce très-éclairée se trouvaient <leux personnes assises, qui se levèrent à l'entrée de M"« de Villefort : l'une était une belle jeune fille dans unte toilette d'un goût exquis, mais d'une noble simi^icilé : c'était Rosemonde ; l'autre était un jeune homme, M. le vicomte de la Rocbeferney. Rosalinde hésita sur le pas de la porte.

— Vous êtes chez moi et avec moi, lui dit son tuteur. Elle n'hésita plus et elle alla se placer sur un canapé

un peu dans l'angle où M. Talamon l'amena. 11 s'assit sur une chaise tout auprès d'elle.

— Qu'est-ce donc que ceci ? demanda-t-elle timidement à son tuteur.

— Mademoiselle , répondit celui-ci à demi<*voiXy c'est un notaire que nous attendons pour lire un acte concernant votre famille.

En effet , un notaire arriva accompagné de M. Guillaume.

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Il salua la compagnie et il alla se placer debout devant la cheminée. Là , il tira un acte de son portefeuille et il lut à liante voiï.

Cet acte était celui que nous connaissons , ou plutôt dont nons connaissons les dispositions, l'acte de la cas* sett«. n établissait d'une manière claire et irrévocable la position respective des deux filles de H. le comte de yillefort, propriétaire, armateur et banquier dans les Indes orientales*

Quand la lecture fut terminée, M. le notaire alla s*as* seoir devant une console éclairée par un candélabre, et là il s'occupa à prendre des notes et à classer des papiers. M. Guillaume l'avait remplacé à la cheminée du salon ; il se tenait debout , faisant face à la compagnie. M»o Rosemonde était assise auprès du vicomte de laRoctieferney, du côté opposé à M. Talamon et à Rosalinde, qui n'avait pas dit un mot, et avait écouté la lecture de l'acte dans une immobilité effra} ante.

M. Guillaume prit la parole à peu près en ces termes:

— Nous procédons ce soir à un grand acte de réparation. Monsieur le notaire, avez-vous vos témoins ?

— Us sont ici, monsieur, dit le notaire.

Il se leva, passa dans la pièce voisine, et amena dans le salon deux personnages assez sérieux et qui saluèrent le maître dé la maison. On les pria de s'asseoir. Le notaire reprit ses écritures.

— Maintenant, dit M. GuiUaumb, dont la parole avait une surprenante autorité, je viens ici déclarer, devant pieu et devant ces témoins, que je confirme pleinement tout ce que l'acte qui vous a été lu a étabU touchant les

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positions des deux jeunes personnes ici présentes. Je reconnais pour ma fille légitime et pour seule héritière de tous mes biens Louise-Élisabeth-Rosemonde. Je suis le comte de Villefort , son père, de retour de Tlnde en France depuis un an.

Un gémissement douloureux se fit entendre vers un angle du salon. Rosalinde tombait évanouie dans lés bras de son tuteur. Deux femmes de chambre furent appelées, on emporta la belle jeune fille défaillante dans un appartement préparé pour elle. M. Talamon la suivit. Rosemonde voulut se précipiter sur les pas de sa sœur, la main nerveuse de son père la retint.

Un nouvel acte étant rédigé, les deux témoins signèrent et le notaire signa après eux.

Chacun se retira. M. le vicomte de la Rocheferney baisa respectueusement la main de Rosemonde, sa fiancée, et prit congé d'elle. Celle-ci suivit Catherine Rernard dans l'appartement qui leur était destiné. I^e notaire et les témoins quittèrent Thôtel Talamon, et M. Guillaume les suivit Jusqu'à la rue. Là, il prit une voiture de place qui le ramena dans son quartier isolé, à son modeste logement.

Ainsi finit cette soirée, qui ne manqua ni d'émotions, ni d'étrângeté, ni de tristesse, ni de mystère. *

Le lendemain, vers midi, l'honorable banquier faisait demander à M"® Rosalinde si elle était disposée à l'accompagner à la campagne, près de Pari^, où il avait l'intention de passer la journée. '

Il reçut cette réponse au crayon et tracée d'une main tremblante :

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« Je n'ai plus que vous au monde. Je vous suivrai partout où vous voudrez.

» Votre humble et affectionnée servante,

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