‹ Le gant de DianeChapitre 50 sur 53 · ROSALINDE · texte numérisé non relu

ROSALINDE

Une deiçi-heure après, la voiture de M. Talamon, attelée de deux chevaux, de poste, partait pour le départenaent de Seine-et-Oise.

On se rendait à la vallée d' A ulnay, où M™* Talamon habitait , pendant Tété, une jolie maison de campagne.

VALtOMBREUSE.

Deux jours après la soirée dont nous avons parlé, une réunion avait lieu à Thabitation de Vallombreuse, aux environs de Gorbeil, chez M™« la comtesse de Ronoy.

Cinq ou six jeunes femmes de Taristocratie élégante de Paris avaient été invitées à une après-midi à Vallombreuse, M™« de Ronoy réunissait autour d'elle ses meilleures amies de pension pour une fête de famille.

On avait célébré le matin même , dans la chapelle du

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village voisin ( paroisse des Herbiers ) , . le mariage de M. le vicomte Léopold de la Rochefemej avec H^^« &osemonde de Yillefort, la plus riche héritière de l'époque.

La cérémonie religieuse avait été des plus simples et des plus touchantes ; tous les paysans , toutes te paysannes des fermes des environs y avaient été coaviés. Catherine, Marguerite et Bernard étaient de la fête, bien entendu.

La mariée, d'une beauté angélique^ avait voulu recevoir la bénédiction nuptiale entourée de toutes ses charmantes amies, les jeunes filles des environs de la ferme des Herbiers. Plusieurs gentilshoipmes du pays avaient servi de témoins à Léopold.

Le vieux comte de la Rocheferney n'était pas une des figures les moins originales de la réunion.

Par une de ces illusions inexplicables , il s'obstinait à vouloir encore que son fils épousât ui^ princesse iiH dienne^ et il restait invariabl^nent sous le charme des éblouissemenls que lui donnaknt les diamants de Gol* conde.

MM. de YiUefort et Talamon étaient, bien entçndu, les personnages considérables et importants de la fête. M"^*' de Ronoy triomplait dans son cœ\lr et dans son ambition satisfaite.

Elle venait de marier son bon et noble cousin avec la personne du monde qu'elle aimait le plus , et que lui, Léopold, idolâtrait.

Ce tableau est ravissant. Nous ne chercherons pas cependant à rester trop longtemps devant cette perspec-

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tive d'un bonheur complet, infini. 11 est des paysages qu'il faut contempler dans leur vrai jour, au moment où la lumière leur est le plus favorable, au moment où les effets de couleur et d'ombre sont en pleine harmonie. Rester plus longtemps serait peut-être risquer de voir décroître les enchantements de ces riantes perspectives.

LA VALLÉEJ D'ACLNAY.

Au delà de Versailles et de ces bois à perte de vue qui constituaient autrefois le domaine de la couronne, îl est une vallée traversée par une petite rivière aux eaux limpides, qui n'a pas de nom sur la carte géographique de France, mais qui, en revanche, arrose les sites les plus délicieux.

M. Talamon avait acheté pour sa famiUe une fort jolie campagne d'agrément dans cette vallée d'Aulnay, pour y passer la saison de l'été, à une heure de distance de Paris, grâce au chemin de fer.

La maison habitée par M"»« Talamon et sa famille était située sur la pente d'une colline ombragée d'un bois de

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hêtres et de chênes séculaires. Elle avait un jardin potager magnifique, une petite ferme, un étang et de beaux vergers.

Trouvez-moi un Éden comparable à celui-là, surtout quand Thabitation du maître est un sanctuaire d'honneur, de vertu et de distinctions de toute sorte.

Mme Talamon, la sagesse même, la grâce en personne, le modèle le plus accompli de réponse et de la mère de famille, avait reçu M**® Rosalinde, que Thonorable banquier lui avait confiée. Cette belle repentie échappait aux rigueurs d'un père irrité à juste titre, et qui peutêtre eût poussé trop loin la peine de l'expiation»

M. de Villefort, ce rigide pénitent qui expiait lui-même rudement, par des actes d'une charité immense et par des privations volontaires et rigoureuses, une vie de luie et de sensualisme, et surtout le crime d'avoir contribué, par des infidélités coupables, à la mort de sa vertueuse femme ; M. de Villefort n'avait parlé de rien moins que de faire enfermer Rosalinde à Saint-Lazare, comme coupable de liaison criminelle *et d'acquiescement à un vol de titres de famille et à un assassinat.

Mais M. Talamon était intervenu. 11 avait réclamé la repentie, comme sa pupille; il avait obtenu qu'elle serait soumise à une expiation de son choix. Douce, intelligente et suave providence! cette expiation était bien simple et tout à fait normale.

li s'agissait de punir la coupable par les contraires de sa vie passée, de sa vie de luxe extravagant, d'égoïsme sans nom, de vanités folles, de duretés monstrueuses, de

fascinations criminelles, de sensualisme qui touchait au libertinage, enfin par une expiation en opposition directe avec une existence qui, à force d'excitation et d'inclinations perverses satisfaites, avait touché au crime.

Une maison de refuge pour les pauvres et les malades avait été fondée au village voisin par Thonorable banquier et par Fopulent capitaliste indien, M. de Villefort. Cette maison avait été confiée aux soins de trois soeiys de Charité.

M. Talamon avait proposé à M. de Villefort de placer Rosalinde en qualité de sœur novice dans l'établissement, de manière cependant qu'elle fût soumise aux règles de la maison et aux conditions de travail que la règle déterminait. Le soin des malades et le^ pratiques domestiques étaient imposés, sous peine de renvoi. Le renvoi pour la pauvre ftosalinde, c'eût été la misère, le déses poir, la mort.

Ainsi, cette belle repentie avait- elle trouvé un refuge dans cette douce et hospitalière maison ; ainsi, séparée à tout jamais d'un monde dont la corruption l'avait enivrée, pouvait-elle, par une vie rigide, mais calme et selon Dieu, racheter son déplorable passé, sans être avilie devant la société. ^

Rosalinde s'était soumise à tout, il faut le dire à sa glorification. Elle prit l'humble habit des sœurs converses^; elle pleura, elle s'humilia, elle versa des larmes abondantes devant l'autel ; elle pansa de ses belles mains blanches des plaies douloureuses, elle consola bien des affligés.

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Quelquefois, vers le coucher du soleil, a;t^ant besoin de grand air^ on la voyait se promener seule sur lespentes des bois, contemplant avec une mélancolique admiration les derniers rayons du jour; les pâtres des environs se la montraient de loin et n'osaient l'appro* cher, comme un être surnaturel, tant sa beauté et sa forme aérienne étaient suaves encore ; et ces pâtres se disaient :

— C'est la belle dame'affligée, qui est revenue au bon Dieu, après avoir mené une grande vie dans le monde de Paris. On la nommait la Rose de l'Inde.

FIN

TABLE

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