SCÈNE PREMIÈRE
LE VICOMTE D'AUBRAY seul (Il tient un gant à la main).
Ma foi, j'en perds l'esprit, et, francliement, je n'ose Découvrir une énigme au fond de ce gant rose ; Est-ce donc un calcul si banal et si vain Que de mettre à ce gant une adorable main? Une main de duchesse, une main de madone. Je crois que je suis fou, que le ciel me pardonne. Et Robert qui me clierche ! 0 mystère étonnant, Combien de doux secrets peut contenir un gant? Et combien cet objet si petit et si frêle Peut faire travailler une pauvre cervelle !
[Il respire le parfum du gant).
Il possède un parfum délicat, sur l'honneur, Cet adorable gant s'empare de mon cœur.
Oh! dis moi ton secret, va, ne sois plus morose
La main que tu cachais était fine, était rose,
Ton parfum me le dit, mon esprit incertain
Offre un culte éloquent à cette douce main.
Voyez pourtant un peu, nous marchons dans la vie
Heureux et souriant, sans haine et sans envie,
Nous voyons défiler l'éternel carnaval ;
Nous sommes en ce monde un convive banal ;
Des fausses vérités délaissant les apôtres
Nous vivons sans jamais nous occuper des autres.
Et nous croyons ainsi vivre heureux! — Triste erreur,
En un jour bruyamment se réveille le cœur
Et la souffrance vient, ô déplorable chose
D'un faux pas qui nous montre un merveilleux gant rose !
(Il consulte sa montre).
Voilà bientôt midi, laissons mes beaux discours ;
Robert m'attend.
{Il cache son gant).