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LE GANT liOSE
MARIE
On ne peut me cacher sa peine impunément, Vous souffrez, je le vois.
d'aubray, sèchement.
Vous voyez mal, madame.
MARIE
Quoi ! prodiguer sitôt le fiel et l'épigramme?
d'aubray
Je ne suis point malade, et ne puis, entre nous, Imaginer un mal sans un peu de courroux. Voyons, causons un peu; jamais, je vous l'atteste, Je ne me suis trouvé plus dispos et plus leste ; Mais que pourrais-je avoir? Je suis en vérité Un menteur plein d'astuce et de sagacité. De grâce, aidez-moi donc, pas la moindre tempête, Le ciel est tout azur. — Le mal est dans la tête, C'est cela, j'ai dormi, j'ai rêvé, puis encor. Je me suis retrouvé les mains sur un trésor Et comme de raison, à mon réveil...
MARIE
Le songe. S'est envolé ?
d'aubray
Voilà le gros mal qui me ronge !
MARIE [secouant la tête).
Non, j'ai le cœur serré, quelque chose d'affreux M'oppresse. Ecoutez-moi, vous êtes malheureux;
Vous n'avez point rêvé, mon ami, j'en suis sûre, Vous cachez un secret.
d'aubray
Madame, je vous jure !
MARIE
Là, toujours vos grands airs!
d'aubray
J'en atteste le ciel.
marie
Ah ! nous passons gaîment notre lune de miel, On dirait à nous voir quereller de la sorte Que nous sommes unis depuis vingt ans! qu'importe! Vous êtes malheureux, vous souffrez.
d'aubray {frappant du pied).
C'est trop fort.
On ne peut avec vous vivre un instant d'accord. Je suis gai comme un roi qu'un bon esprit conseille, J'ai le plus beauchevaldumonde — une merveille — Un appétit charmant, un remarquable chien, Un laquais adorable...
MARIE [éclatant).
Et moi, je ne suis rien 1 Mépriser mon amour...
d'aubray
Encore une querelle!
Occupez-vous plutôt d'une mode nouvelle ;
Egayez votre esprit, éloignez des soupçons Qui vous font prodiguer de fâcheuses leçons. {Marie se tourne et pleure).