MARIE. — ROBERT
ROBERT, là part).
Il faut jeter de l'eau sur ce délire, Cette femme est à moi, si je puis sans détour ' Du coupable mari montrer le fol amour, Est-elle belle ainsi !
MARIE, [recense).
Cher Victor !
ROBERT
Sous l'injure Courberez-vous longtemps votre âme blanche et pure ;
Ah 1 je n'ignore pas que vous avez souffert, Que vous souffrez encore, hélas !
MARIE (surprise).
Monsieur Robert !
ROBERT
Et je viens vous offrir mon amitié sincère.
MARIE, (elle se lève brusquement).
Parlez! expliquez-moi cet étrange mystère... Qui souffre en ce moment, répondez ?
ROBERT
La douleur, Aurait-elle à ce point égaré votre cœur... Ou bien...
MARIE
Mais parlez donc, mais je suis au supplice... Vous hésitez ?...
ROBERT
Je n'ose.
MARIE
Etes- VOUS donc complice ?
ROBERT, [fausse sortie).
Ah ! vous connaissez mal mes sentiments pour vous.
MARIE, (elle joint les mains).
Arrêtez... faut-il donc se mettre à vos genoux? Parlez, monsieur Robert, tout, hormis le silence Qui jette en mon cerveau la fièvre et la démence, Parlez, je serai forte...
ROBERT, [comme conlraint).
Il faut vous obéir...
Victor vous trompe !
MARIE
0 ciel !
ROBERT, [hypocritement].
Je me sens défaillir, Madame, en vous parlant de sa folle conduite, Vous ne saviez donc pas ?
MARIE, [d'une voix pa.lpitante).
Apprenez-moi la suite...
Je m'en doutais, cet homme a marché sur mon cœur, Il a fait de mon être une immense douleur, Oh ! je veux me venger !
ROBERT
Calmez-vous.
MARIE
Je suis forte !
Et je veux une preuve.
ROBERT
Une preuve, il la porte Gomme un gdge d'amour, Madame, sur le sein !
MARIE
Est-ce vrai ?
ROBERT
Sur l'honneur !
MARIE, [les mains sur le cœur).
C'est donc un assassin, Car je me sens mourir de honte et d'amertume !
ROBERT
Vengez-vous !
MARIE, [sombre).
L'amour seul m'agite et me consume !
{Elle courbe la tête).
ROBERT
Le ciel, dans sa grandeur et sa sublimité, A répandu sur vous les dons de la beauté ; Il vous a tout donné, la grâce et la jeunesse : Il faut à votre cœur une brûlante ivresse, Un amour toujours jeune et toujours radieux. Oh ! daignez m'accorder un regard de vos yeux, Je sens que je vous aime et que je vous admire !
MARIE, [écrasée de honte).
Quoi ! Vous m'aimez !
ROBERT
Hélas! je n'osais vous le dire!
MARIE
La hoQte et la douleur !
ROBERT
Punissons votre époux.
MARIE, [lui mo7itrant la porte).
Sortez !
ROBERT
Je reviendrai, madame, vengez*vous.
{Il sort)..