BLANCHE. — D'AUBRAY
d'aubray
Votre charmante voix Me conduit jusqu'ici, Madame; êtes-vous seule !
BLANCHE
Non.
d'aubray Gomment ?
BLANCHE
J'écoutais l'âme de mon aïeule Qui descend quelquefois de l'éternel séjour Pour causer avec moi...
d'aubray, (à part avec étonnement).
J'allais parler d'amour !
blanche Mais cela vous surprend?
d'aubray
Plus que je ne puis dire.
{A part).
Jettc-t-elle assez d'eau sur mon pauvre délire. {Il lui prend la main).
Lais3ons-là votre aïeule et causons ; savez-vous Que vous avez des mains dont l'amour est jaloux.
BLANCHE, (avec un mouvement d'épaule].
Vous l'avez déjà dit.
d'aubray
Des mains que l'on adore Que l'on voudrait baiser, puis rebaiser encore, Des mains dont je suis fou.
blanche
Vous l'êtes trop souvent ; Causons un peu.
D'amour ?
BLANCHE
Très raisonnablement, Ou sinon, sans retard, je vais trouver Marie.
d'aubray Soit, je vous obéis.
BLANCHE
Ecoutez, je vous prie, Ce que disait l'aïeule en parlant à mon cœur.
d'aubray Que disait-elle, au fait ?
BLANCHE
Que l'homme est une erreur, Du Dieu qui le créa.
d'aubray
Votre aïeule est sévère !
Avait-elle beaucoup souffert sur notre terre ?
BLANCHE
Elle disait aussi que pétri dans l'orgueil L'homme semait toujours l'amertume et le deuil, Que possesseur parfois d'étoniiantes richesses, Il feignait d'éprouver de poignantes détresses, Et qu'il cherchait bien loin....
d'aubray
Ce qu'il avait tout près, Je connais ce discours ; que disait-elle après ?
BLANCHE
{Très émue, elle se dirige vers la porte du fond). Que pour reconquérir en son âme isolée D'un bonheur disparu la caresse exilée, Il devait renoncer à ces rêves d'un jour Qui salissent le cœur et flétrissent l'amour ; Et que l'on a toujours au fond de sa demeure, Un être qu'on aima, qui soupire et qui pleure Et qui n'attend qu'un mot pour renaître à l'espoir.
{Elle sort brusquement).