SCENE VIII
Les mêmes, VENCESLAS.
VENCESLAS
C'est vous, -vieillard respectable... Votre main, s'il vous plaît... votre main.
(Il embrasse la main de Lambert avec effusion.) LAMBERT.
Volontiers , mon garçon ; mais qu'as-tu donc ?
SATURNIN
Que t'est-il arrivé ? conte-nous ça... On dirait que tu as passé trois nuits de suite au corps-de-garde.
VEKCESLAS.
J'ai l'air ému, n'est-ce pas?., ne faites pas attention... Je
suis vigoureusement affecté dans ce moment... M. Lambert, je vous dois une reconnaissance vive et durable... Vous vouliez me marier.
LAMBERT
Quoi! tu sais?..
VENCESLAS
Je sais tout , homme généreux ; tu voulais mêler ta race à la mienne. Je t'en remercie.
* LAMBERT
Mon ami , il n'y a pas de quoi.
SATURNIN
Ça, c'est vrai.
VENCESLAS
Faites excuse , il y a de quoi... Mais, hélas! madame Lambert vient de m'accabler du poids de ses reproches.
LAMBERT
J'en étais sûr.
VENCESLAS
J'étais paisiblement occupé à remplir des rouleaux d'eau de Cologne, quand elle est venue me donner un savon !.. comme jamais vous n'en avez fait... et elle m'a annoncé qu'elle me chassait de son domicile.
LAMBERT
Quoi ! ma femme?..
VENCESLAS
Oui, honnête homme, votre femme me chasse... Il ne me reste plus qu*à aller errer dans les carrières Moutmartre, ou dans toute autre carrière.
lambert, à Saturnin.
Pauvre garçon ! il me fait peine, il mordait si bien à la la parfumerie !
saturnin , à Lambert.
Ce pauvre diable!., c'est ma faute... Voyons... je vais tâcher d'arranger cela. [A Venceslas.) Ecoute, Venceslas, tu es un bon garçon... ta position m'intéresse, et je veux t'obliger... Voudrais-tu changer les parfums contre les dragées et le chocolat ? *
VENCESLAS
Pourquoi cette question , coufiseur ?
SATURNIN
C'est que si tu venx entrer dans mon établissement... venceslas , fièrement.
Moi, fabriquer du chocolat ! Non, monsieur, non; je ne puis descendre l'échelle sociale... Ma vocation est la parfumerie... toutç autre branche d'industrie me répugne!., et
pourtant... Il faut que j'y renonce!., elle me rappellerait des souvenirs trop cuisans.
Air du Maître du château.
Savons, parfums , pour toujours je vous laisse ,
En ce moment je vous fais mes adieux ;
Et toi , l'objet de ma vive tendresse ,
En te quittant j'ai les larmes aux yeux ;
Mais loin de toi, sur un autre rivage ,
Quand j'sentirai la rose ou le s'ringat , *
J'te croirai là , près d'moi... car ton image
S'ra dans mon cœur et dans mon odorat. ( bis.)
LAMBERT
Mais, mon pauvre Venceslas , que vas-tu faire? venceslas , cCun air sombre.
Ce que je vais faire?., ce que je vais faire?., je vais faire ma malle... Adieu!
(Il sort.) * •