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CHAPITRE DOUZIÈME

liES INTERROGATOIRES*

— suite

— Pardonnez-moi, monsieur, reprit la comtesse d'une voix encore très altérée, mais ce jeune homme était le fils unique d'une vieille amie ; je le voyais fréquem-

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ment, et je suis peul-êlre une des causes de sa déplorable fin...

Elle s'arrêta de nouveau.

• M. de Germonl, absorbé par son désir de pénétrer la vérité, ne remarquait pas au prix de quelles tortures ces aveux étaient obtenus.

•— Ah! s'écria-t-il avec un accent de joie^ voilà donc enfin quelque chose!,.. Ainsi, niadanie la comtesse, vous ne niez pas d'avoir connu la falalc passion du jeune Barneville pour vous?

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-Comment l'aurais-je ignorée? elle se raonlrait sur son visage, dans ses regards, jusque dans son silence. C'était presqu'un enfant qui ne savait pas dissimuler ses impressions, el...

— Et vous, madame, vous? demanda le comte en éclatant.

Ce ton menaçant glaça Léocadie ; elle faillit s'évanouir ; mais, se raidissant contre celte impression, elle reprit d'une voix faible et pourtant assurée :

— Moi, monsieur, j'ai pu ressentir de

la pilié pour les souffrances dont j étais cause... mais je n'ai jamais aimé M. de Barneville.

M. de Ganges retomba dans son apparente impassibilité.

Léocadie continua:

— Cependant je dois faire encore un aveu... En présence de cet amour si naïf et si vrai, j'eus une pensée cruelle. Toujours en quête des moyens de ramener le comte auprès de moi, je crus que la jalousie réussirait mieux que ma rési-

gnation pour atteindre ce but. Je ne repoussai donc pas avec la sévérité suffisante les assiduités de M. de Barneville, je ne l'éloignai pas rigoureusement de nîoi,comraec'était mon devoir peut-être... Oh ! pardonnez-moi cette coquetterie ; j'étais si malheureuse de mon abandon! J'étais folle! Il me semblait que mon mari tôt ou tard aurait connaissance de cette passion, qu'il en prendrait de l'ombrage, qu'alors il accourrait ici, et que je pourrais lui dire : « Je n*ai jamais aimé, je n'aimerai jamais que . vous... »

Le comte n'y tint plus :

— Léocadie, ma chère Léocadie, s ecria-l-il, cela est-il vrai?

— Cela est vrai, Gustave, j'en jure devant Dieu.

Encore une fois, la coupable comtesse, en sexprimant ainsi, ne se parjurait pas.

Tout ce qu'elle disait était de la plus grande exactitude.

Elle n'avait eu d'autre pensée, en tolérant Tamour de Barneville, que de ra-

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mener son mari par Ténergique slimulanl de la jalousie.

Mais ce qu'elle n'avouait pas, ce qu'elle eût voulu pouvoir se cacher à ellemême, c'était le terrible résultat qu*avait eu pour elle ce jeu perfide et dangereux.

A la suite de cette explication, les deux époux échangèrent un long et sympathique regard ; M. de Germont lui-même semblait partager leur satisfaction.

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— Je VOUS remercie, madame, repritil; votre franchise aura d'excellents résultais pour tous Je vous demanderai

maintenant si vous pensez que M. le comle ait su les assiduités d'Edouard de Barneville auprès de vous?

Léocadie répéta ses conjectures au sujet de François, et cette fois M. de Ganges les approuva d'un signe de tète.

— Ainsi donc, continua le juge, il reste établi que M. le comle avait des motifs légitimes de haine contre Edouard... Une question dernièro, madame, cl je cesse-

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rai (le vous tourmenter: Croyez-vous ([ue M. lie Barneville ait pu se désespérer assez de vos rigueurs pour attenter a ses jours?

La comtesse frémit.

^\^mI — Epargnez-moi, monsieur, balbu-

"y tia-t-elle; il me serait trop pénible de chercher à résoudre ce terrible problème.

— C'est donc à vous, monsieur le comte, dit le magistrat en se tournant vers Gustave de Ganges, que je dois ma-

dresser désormais... Au point où nous en sommes, le voile est a moitié soulevé. Les circonstances sont telles, que, même au cas où vous auriez eu le malheur de tuer, dans une rencontre fortuite, cet homme qui voulait troubler votre ménage, vous seriez seulement passible de peines légères. Avouez donc qu'en vous trouvant face a face avec Edouard, une querelle s'est élevée entre vous, et que dans la lutte...

Le comte fit un mouvement d'impatience.

— Monsieur, dit-il avec vivacité, je

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VOUS le répèlc, Edouard de Barneville a pt'ri par un suicide.

Le juge se croyait près d'atteindre le but de ses efforts, et les dénégations opiniâtres de Taccusé lui faisaient faire naufrage au port.

Il se leva vivement et dit d'un ton sec :

— C'est assez, monsieur le comte, il est temps de rompre cette conférence...

Je regrette que vous n'ayez pas cru devoir imiter la franchise de madame de Ganges; mais vos aveux seront inutiles.

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Celte lellrc qu'Edouard de Barneville a montrée chez Viuet et qu'il a tirée d'uQ portefeuille vert, cette lettre qui doit jeter un jour certain sur la fin tragique de son auteur, ne peut être perdue!

La comtesse était subitement redevenue pâle.

— Que dites-vous, monsieur? demanda-t-clle tremblante, ce jeune homme avait écrit une lettre,., et a qui donc?

— A vous, madame, selon toute apparence. Vinel ayant refusé de s'en charger.

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Barncvillc l'a remportée; et pourlanl, quelques moments après, quand on a visilo le corps, celte pièce importante avait disparu. M. le comte affirme énergiquement qu'il n'en a pas eu connaissance.

Il faut donc qu elle ait été déchirée ou perdue avec le portefeuille qui la contenait; on doit donc la retrouver entière ou par portions. J'ai donné l'ordre qu'on visitât soigneusement le bois entre la Maison-Grise et la fontaine. On abattra tous les arbres, s'il le faut, on arrachera jusqu'au dernier brin d'herbe. Ce papier se retrouvera, je l'affirme, fût-il réduit en fragments imperceptibles... Je vais moi-même diriger les travaux... Voyons,

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monsieur le comle, vous pouvez encore vous donner le mérite d'une sincérité qui, dans quelques heures peut-être, n aura plus de prix.., N'avez-vous rien a me dire?

M. de Germont était tenace, comme on le voit; mais de Ganges ne Tétait pas moins.

— Rien, répliqua-t-il froidement.

Le juge prit son chapeau.

— Malgré votre obstination, dit-il, je ne veux pas vous blesser en vous sou-

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mellanl à la surveillance humllianle d'un gendarme. Me donnez-vous voire parole de ne pas quitter le château jusqu'à ce que cette déplorable affaire ait trouve sa solution ?

— Je vous la donne, monsieur, et je vous remercie de'cette indulgence, dont mes anciens commensaux mont fait sentir tout le prix.

M. de Germont salua poliment et sortit.

Restés seuls, les deux époux se regar-

dèrent un moment sans parler.

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Enfin M. de Ganges s'avança vers sa femnre, les bras ouverts; elle s'y précipita.

— Léocadie, pauvre Léocadie, murmurait M. de Ganges, comme je suis coupable envers vous! Pourrez-vous jamais me pardonner ce que vous avez souffert?

— Gustave, disait à son tour la comtesse en le pressant contre son cœur avec frénésie, pourquoi cette réparation vientelle si tard? Nous eussions évité bien des maltieurs et bien des fautes! '

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Il seuibla bientôt qu une sombre préoccupation vînt troubler sa joie; elle écoutait à peine les discours affectueux du comte et recevait avec distraction ses caresses.

Enfin j prétextant une extrême fatigue, elle se retira brusquement, et, a peine rentrée dans sa chambre, elle s'évanouit.

Le même jour, a l'heure du coucher du soleil, M. de Germent, après avoir dirigé lui-même les perquisitions dans la forêt, afin de retrouver le portefeuille

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de de Barneville, revenait loul pensif au village qu'il habilait temporairement.

Les gardes particuliers de Saint-Léger, les gardes champêtres des communes voisines, plusieurs brigades de gendarmerie, sans compter un grand nombre de travailleurs, avaient employé la journée entière à ces recherches.

On avait exploré minutieusement le terrain compris entre la Maison -Grise et la Fontaine des-Pleurs ; la haie du jardin de Vinot était rasée; toule les grandes herbes, toutes les brousailles étaient fau-

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chées; les petites excavations du sol avaient été visitées; enfin on avait eu la précaution de sonder dans toute son étendue le lit du mince ruisseau que formait la fontaine.

Cependant ni le portefeuille, ni la lettre, ni même les fragments de ce précieux papier n'avaient été retrouvés, et leur inconcevable disparition exerçait en ce moment la sagacité de l'habile magistrat.

A quelques pas derrière lui marchait Vinet, do-nl M. de Germont avait voulu se

faire assister comme du plus intelligent des gardes et de celui qui pouvait fournir les renseignements les plus importants.

Le bonhomme lui-même semblait soucieux, etj tout en regardant à droite et à gauche dans l'épaisseur des bois, par un reste d'habitude, il marmotait à part lui :

Ah! bigre! bigre!... bigre !

— Mon ami, lui dit-il, répétez-moi les paroles d'Edouard de Barneville quand il

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sVsl montr(^ a la fenêtre de votre jardin. Surfont n'omettez rien, car une circonstance insignifiante en apparence peut nous ouvrir la voie des découvertes.

Le garde obéit, en glissant toute fois, malgré les recommandations du juge, sur les rapports antérieurs de Barneville et de Fanchette.

M. de Germont Técoutait avec une attention extrême.

— C'est inconcevable ! dit-il enfin ; que sont devenus ces objets? Due seule sup-

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position est raisonnable; c'est que le comte de Ganges, après la mortdeBarneville, s'est emparé du portefeuille, pensant y trouver quelque chose contre son honneur; mais le comte nie elle meurlre et la soustraction !

— Il nie, monsieur, demanda le garde dont l'esprit semblait être en travail, il nie.... mordicus'l

— Avec une telle énergie, un tel accent de vérité, que si toute autre explication élait admissible, je le croirais.

Vinet se graftn l'oreille.

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— Bigre! monsieur le juge, repril-il d'un Ion délibéré, s'il le dit, cela doit être. M. de Ganges est un noble de vieille souche, et il ne se souillerait pas d'un mensonge, quand même ce mensonge devrait lui sauver la vie. Il faut donc chercher autre chose.

— Chercher! chercher est plus facile que trouver.

— Ecoutez, monsieur de Germont continua le garde en clipfnantde l'œil, vous avez vu le loup, comme on dit, cela se devine de reste, et je crois que quand on

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VOUS donne un bout de fil, vous savez bien vite arriver à la fin du peloton... Mais, bigre! on ne s'avise jamais de lout. Ainsi,parexemple,avez-vousréfléchique M. de Barneville avait fait ses préparatifs de départ, et qu'il devait avoir sur lui des valeurs el de Targenl? Or, je me suis laissé dire qu'on n'avait absolument rien trouvé dans ses poches.

— En effet, la baronne de Barneville a déclaré qu elle avait remis le matin à son fils une petite somme en or et plusieurs billets de Banque. Ces billets étaient enfermés sans doute dans le portefeuille?

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— Mais l'or? Le comlc de Ganges, riche tic cent mille livres de renie, seraitil allé le chercher dans les vêlemenls d'un cadavre?

Le juge se frappa le front.

— Vinet, dit-il avec vivacité, je pourrais vous renvoyer le singulier éloge que vous m'adressiez tout k l'heure... mais hâtez-vous d'exprimer toute votre pensée:

— Eh bien ! ma pensée la voici : le comte ne ment pas ; le jeune homme^M. de

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Barneville, s'est suicidé ; mais 5avarit Tarrivée de mon maître sur le lieu de l'accident, une autre personne a pu visiter les poches du mort. On trouverait dans la forêt de Saint-Léger plus d'un vaurien capable de ce vilain trait là !

— Attendez... M. de Ganges, dans son premier interrogatoire, dont le procèsverbal a passé sous mes yeux, a raconté qu'en arrivant sur le théâtre de la catastrophe, avait entendu dans les broussailles un bruit léger comme celui d'une personne qui s'enfuyait ou se cachait.

J*avais oublié cette circonstance, et le comte lui-même, la croyant de peu d'im-

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porlanco, ne Ta pas répétée devant moi...

Poursuivons, mon ami ; celle fois, je

crois, nous sommes sur la bonne piste...

Savez-vous si l'un des braconniers, dont on dit la forêt infestée, se trouvait dans le voisinage au moment de Tévènenient.

— Il V en avait un, monsieur, le plus dangereux, le plus redoutable de tous .. 11 élait venu m'espionner a la Maison- Grise ; mais le connaissant pour un coquin, je l'ai rembarré vertement et je l'ai, je crois, fort effrayé. Il se sera caché du côté de la fontaine, et si, comme je le

suppose, il a vu le suicide, il a dû songer

aussitôt a profiter de la circonstance ; l'or, le portefeuille, le pistolet même, dont le pauvre jeune homme s'était servi, auront dû lui paraître de bonne prise.

— Et comment appelez-vous celui que vous soupçonnez de ce vol sacrilège ?

— Jérôme Rouiller, maître d'école de la paroisse de Saint-Léger.

En même temps, Vinet se mit h raconter ce qu'il savait do ce personnage.

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Il cnuméra les ovcncmcnls déjà connus du lecleur, cM'apparilion du fanlômc la première nuit de son installation à la Maison-Grise, et l'art infernal avec lequel Rouiller s'était fait une complice de Suzanne, et la part que cet homme avait dû prendre à la catastrophe du pont de la carrière.

M. de Germont ne perdait pas un mot de ce récit.

— Mon ami, dit-il enûn d'un air de réflexion, sans aucun doute, ce Jérôme est un hypocrite de la pire espèce ;

mais, comme magistral, une excessive réserve m'est imposée... Je ne puis, sur des suppositions, sur des présomptions et des faits isolés, lancer un mandat d'amener. J'ai Tintenlion, dès que l'affaire du comte de Ganges sera vidée, de revenir sur cette autre affaire de la carrière, qui n'a pas été suffisamment examinée, si des charges s'élèvent alors contre le maître d'école, je ne le ménagerai pas. En attendant, je dois me contenter de le citer devant moi comme témoin .

— Ce sera le mettre sur ses gardes, et j'ai peur qu'il n'y soit déjà que trop...

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Croyez-moi, monsieur le juge, il ne faut pas avoir de scrupules avec un pareil chenapan. Cesl un scélérat, j'en mettrais la main au feu; mon flair, voyezvous, ne me trompe pas... Il a dû commettre d'autres crimes que ceux que je soupçonne et si vous l'entrepreniez tout de bon, vous n auriez pas de peine, j'en suis sûr, à lui tirer les vers du nez, malgré sa Onesse et son hypocrisie!

Le magistrat sourit de nouveau.

— Allons! soit reprit-il; c'est engager m 3

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ma responsabilité que de faire arrêter cet individu sur de pareils indices, mais j'ai confiance dans votre flair.,.

Bailleurs, si Rouiller nous donne de bonnes raisons, nous le renverrons surle-champ.

— Oui, oui 5 monsieur, mais qu'il tombe seulement entre vos griffes et je suis tranquille... Bigre!

M. de Germont appela le brigadier de gendarmerie qui ramenait au village quelques-uns de ces houimes, et lui dit deux mots à voix basse.

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Le l)rif!^a(lior suivit le juge avec son escouade.

Ne rae quittez pas non plus, Vinet, reprit M. de Germont, j'aurai peut-être besoin de vous, •

Pendant celte conversation, on était sorti de la forêt; bientôt on atteignit la mauvaise auberge où s'était installé le

magistrat.

En un instant, le greffier eut dressé le mandat, qui fut signé par M. de Germont; puis l'ordre fut remis au bri-

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gadier, a qui Vinet fournit les indications nécessaires sur la demeure et les habitudes du maître d'école

L absence des gendarmes ne fut pas longue; bientôt l'offlcier revint annoncer que rindividu qu'on Tavail chargé d'arrêter ne se trouvait pas à son domicile, et que, depuis la veille, personne ne l'avait vu.

— C'est ma faute ! s'écria Vinet, avec une sorte de colère contre lui-même; j'ai trop bavardé hier, quand je me croyais destitué... Bigre! ce n'est pour-

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tant pas mon défaut d'avoir la langue trop longue!... Vous le voyez, du reste, poursuivit-il en s'adressant au juge d'instruction, ce maudit Jérôme ne doit pas avoir la conscience tranquille, pour décamper ainsi.

— En effet, sa disparition l'accuse, et, décidément, je maintiendrai le mandat lancé contre lui... Mais où le prendre maintenant? Il a sans doute déjà quitté le pays !

— Cela n'est pas impassible; mais il se pourrait aussi que, comme le renard,

il ait eu Tidée de ruser autour de son terrier avant de l'abandonner tout a fait. Si vous voulez m'en croire, monsieur, ordonnez qu'on surveille le conducteur de la diligence de Paris, qui passe chaque nuit sur la grande route ; ces conducteurs sont tous des amis des braconniers. Or, si Rouiller se trouve encore dans le canton, il se décidera certainement a partir cette nuit en apprenant qu'on est allé chez lui pour Tarrêter... et il le saura sans doute, car ces coquins savent tout.

— C'est une l)onnc précaution , dit

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M. de Germont ; mais en allendant, si j'ordonnais une perquisition au domicile de Jérôme Rouiller.

— Et savez-YOus ce que vous y trouveriez? dit le garde en ricanant; des livres de messe, des saintes Vierges en plâtre, des chapelets, et rien de plus... Le drôle est trop fin pour conserver chez lui les moindres bagatelles compromettantes. Oh ! bigre! je le connais a fond... Tenez, monsieur le juge, reposez-vous et laissez-moi faire. Je vais visiter une personne qui pourrait peut-être... Je ne réponds pas de réussir; mais enfin je veux essayer.

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— Quel est donc votre dessein, Vinet?

— Permeltez-moi, monsieur le juge, de vous le dire|seulemenl dans le cas où j'aurais réussi. Ayez confiance, et ce soir peut-être je vous donnerai de mes nouvelles... bigre I

El il sortit rapidement.

Le magistral, épuisé, profita de ce moment pour prendre un peu de repos cl de nourriture dont il avait grand besoin.

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