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194 Lli GARDE-CHASSE
L'aulre était une lettre de forme lon^^ue, avec un large cachet et une adresse que je n'ai pu lire.
— Alors nous devons retrouver cette
pièce importante. Si Jérôme Rouiller,
par insouciance sans doute, n'a pas détruit l'autre papier, pourquoi n'aurait-il pas conservé celui-ci? Cherchez paiv terre, messieurs; le portefeuille était ouvert quand M. de Ganges Ta i élevé; la lettre dont il s'agit a hien pu s'en échapper.
On s'empressa d'ohéir, mais on ne trouva pas ce qu'on cherchait.
LE GAKUE-CHASSK 195
— C'est étrange! dit le juge, cl personne ne pourrait me fournir quelque lumière sur la disparition de ce papier, qui, j'en ai la conviction, se trouvait avec les autres au moment de la mort du maître d'école ?
On ne répondit pas; M. de Germont regardait le comte avec une fixité significative :
— Vous, peut-être, monsieur de Ganges,conlinua-t il, en examinant le portefeuille, n'auriez-voas pas, par mégarde, laissé tomber...
Le comte assura d'une voix bas^e et précipitée qu'il n'avait rien vu.
M. de Germon l paraissait pourtant encore avoir des doutes, quand Vinet s'écria :
— Qu*iraporle maintenant, monsieur le juge? que voulez-vous savoir de plus? Le suicide de M. de Barneville n'est-il pas sulTisammenl prouvé par la découverte de ce pistolet, parcelle du portefeuille, surtout par cet écrit si net et si précis que yous venez de lire?
LE GAHDK-CHASSE 197
— Taisez-vous, Vinet, vous ne comprenez pas de quelle importance peut être ce papier qui touche des tierces personnes, et que, dans leur intérêt même, elles eussent dû laisser entre mes mains...
Et son regard semblait vouloir lire dans la pensée du comte qui restait toujours impassible.
— Allons, reprit-il après une pause, je me serai trompé, sans doute... Si cette lettre a jamais existée, maintenant elle est perdue, déchirée, brûlée, que sais-
je?... Mais c'est assez, je dois songer a mon devoir.
Il s'approcha de la table où le greffier avait déjà pris place pour remplir son office.
Dans le mouvement général qui suivit, le comte disparut sans prendre congé de personne.
Vinet restait pensif a récarl;son esprit un peu lent pour tout ce qui ne touchait pas à ses actes habituels, n'avait pu saisir d'abord les soupçons du magistrat expérimenté.
Mais, après avoir un moment ruminé le cas, il se fit enfin dans son cerveau comme une horrible lueur.
Il se rapprocha de M. de Germont :
— Monsieur le juge, demanda-t-il à voix basse, croyez-vous vraiment que la lettre existe encore et qu'elle ait pu tomber entre les mains de quelqu'un ?...
— Je l'ignore, mon pauvre Vinet, répliqua le magistrat en aspirant len- Icmenl une prise de tabac, et je ne
pouvais, à moins d'employer des moyens qui me répugnent^ m'assurer du fait.
Que l'obslination des fous retombe sur leur tète!
— Diable ! c'est qu'alors tout ne serait pas fini... au contraire... Ah! bigre...
bigre... bigre!
En même temps il s'aperçut avec épouvante du départ subit de M. de
Ganges.
Il eût bien voulu pouvoir le suivre afin d'empêcher un nouveau malheur
LE GAHUIXJHASSE 201
peul-elre; mais sa présence était indispensable, et force lui fut d'assister aux interrogatoires qui se prolongèrent très avant dans la nuit.
CHAPlTRIi SEIZIÈME
liA CHAUBRE DE TLA COITITESSlf:.
Pendant 'que ceci se passait chez Petit-Renard,-Léocadie était rentrée au château.
Plusieurs fois, en quelques heures.
elle s'était crue sûre de reconquérir laffection de son mari, et toujours un événement fatal était venu renverser ses espérances.
Entin, la crise décisive approchait :
c'était de son salut définitif ou de sa perte finale qu'il s'agissait maintenant, et celte pensée la jetait dans d'inexprimables angoisses.
Elle était seule dans sa chambre : une lampe, couverte de son globe de verre dépoli, l'éclairait d'une lueur pâle et trisle ; un calme profond régnait dans la maison.
Lt GAHDE-CIIASSE '^OT
Tanlol la coinlessc, à dcmi-couchée sur un caïKi])!», lovail dans une immobilité complète ; tantôt elle se promenait d'uiî pas inc^'^al en laissant échapper des paroles inarticulées.
Parfois elle s'arrêtait près de la porte et prêtait l'oreille aux bruits vagues qui s'élevaient à longs intervalles dans quelque partie de celte vaste habitation; mais bientôt le bruit s'éteignait et elle reprenait sa promenade.
Vers minuit la conilesse, n'y tenant plus, agita vivement le cordon de sa sonnette.
LK GARIJK-CIIASSE
La femme de chambre, parut en se frottant les yeux.
— Adélaïde, demanda madame de Ganges d'une voix altérée, a-t-on des nouvelles ? M. le comte est-il rentré ?
— Je l'ignore, madame, j étais seule dans Tantichambre et je m'étais endormie.
— Allez voir... Ah ! un moment Si
M. Dubreuil est au château, priez-le de passer chez moi.
LIÎ GARDli-CllASSl": 2();)
La soubrette sortit; quelques minutes après, elle était de retour.
— Personne n*e*t rentré, et l'on n'a pas de nouvelles de la forêt, dit-elle ; du moins les domestiques ne savent rien.
Et Dubreuil ?
— 11 cause devant la porte avec le fils du garde Rimblot... Il va venir dans un instant, et il aura peut-être appris quelque chose... Madame la comtesse a-t-elle
d'autres ordres à me donner ?
lu u
— Ne VOUS couchez pas... Cette nuit, Adélaïde, j'aurai besoin peut-être de tous ceux qui m'aiment!
• La femme de chambre se retira les
larmes aux yeux.
Presque aussitôt Dubreuil parut; l'honnête régisseur était rayonnant :
— Madame la comtesse, dit-il après avoir salué cérémonieusement, vous avez fait demander des nouvelles, et je vous en apporte de toutes fiaîches, quoique incomplètes... M. le comte est enfin
d&Iiargé de l'absurde accusation qui posait sur lui; on n'a plus aucun doute sur la réalité du suicide de M. Edouard de Barneville !
— Grand Dieu ! serait- il possible? s'écria Léocadie, sur qui cette révélation produisit un effet bien différent de celui qu'attendait Dubreuil.
— Je manque de détails; mais on parle d'un combat dans la maison des braconniers; leur chef, Jérôme Rouiller, est mort, et l'on a trouvé sur lui le portefeuille de M, de Barneville... Du
reste, le petit^Rioiblot ne sait pas grand'chose; il s'est introduit avec peine dans la maison de Petit-Renard, et il a pu seulement échanger quelques paroles avec son père ; puis il est parti toujours courant pour m'apporler le premier cette nouvelle,.. Mais qu'avez-vous donc, madame la comtesse ? est-ce que vous vous trouvez mal? Voulez-vous que j'appelle?
Madame de Ganges était retombée sur un siège en poussant un gémissem i il.
— Non, non, reprit-elle avec précipitation; n'appelez pas... ce u'esl rien.....
un peu (le fatigue... Tenez, je me sens déjà mieux.
Elle se lut pendant une minute; puis, se tournant vers le régisseur qui restait debout devant elle d'un air de compassion :
0 — Monsieur Dubreuil, reprit-elle d'un ton plus ferme, depuis de longues années vous êtes Tami de ma famille, le mien... ceci m'encourage à réclamer un service de votre dévoùraent.
— Ua service! demanda Dubreuil avec
élonnement. Madame la comtesse, c'est un ordre que j'altends de vous... De quoi s agit-il ?
— Seulement de faire préparer la berline de voyage et de la tenir attelée jusqu'à nouvel ordre... Elicnne servira de cocher... Oui, Etienne est un des miens,.. Mais il faut que cela s'exécute dans le plus grand secret. ^J
— Madame la comtesse me permettra bien de lui demander...
— Où serait le mérite de votre obéis-
sance, si j'avais a répondre a vos questions ?
— Mais au moins, M. le comle est-il prévenu?^
— 11 ne doit rien savoir. C'est à vous de rcflécliir si vous voulez ou non accepter la responsabilité de celle démarche.
Le régisseur s'inclina tristement.
— J'obéirai, madame la comtesse^ répliqua -t-il; mais si ce que je redoule se réalise, je devrais peut-être...
La comtesse lui fit signe d'écouter; quelqu'un montait le grand escalier.
— C'est lui ! dit-elle d'une voix faible, n'oubliez pas votre promesse, que tout soil prêt dans une heure.
Avant que Dubreuil eût eu le temps de répondre, on traversa rapidement le petit salon qui précédait la chambre a coucher de la comtesse, et M. de Ganges, encore enveloppé de son grand manteau, parut sur le seuil de la porte.
A la vue de celle figure pâle et s6-
LE GARDK-CnASSR 217
vère, L(^oca(lic rolint avec peînc un en d'épouvante; elle se rapprocha machinalement (le Dubreuil comme pour se mellre sous sa protection.
Le comte n'eut pas Tair de remarquer ce mouvement; il se débarassa de son manteau.
— Laissez-nous, Dubreuil, dit-il 'avec distraction.
Mais le régisseur ne se pressa pas de sortir.
— Monsieur le comte, dit-il, revient sans doute de la lande... On assure qu'il vient de s'y passer des choses surprenantes...
— Tout va bien, interrompit le gentilhomme avec impatience; mais vous ne
manquerez pas de ii^ens pour vous donner des détails... Laissez-nous, vous dis-
je ; je veux causer avec madame.
Le ton de ces dernièri^s paroles n'admellait pas d'observations; mais Dubrenil avait dor linaire son franc parler, et il ne se rendait pas encore.
LE GAUDE-CIIASSE 219
— Monsieur, repril-il, vous paraissez fort a^ilé ; si j'osais vous offrir mes conseils auxquels vous avez eu souvent recours.
— Quoi donc! s'écria le comie en frappant du pied, ne suis-je plus le maître chez moi ? /
C'était la première fois qu'il parlait à Dubreuil avec cette dureté.
Le pauvre homme regarda douloureu-r sèment la comtesse, comme pour la
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prendre a témoin de son impuissance, et sortit le cœur navré.
Léocadie se trouva donc seule avec son mari ; mais déjà son effroi semblait s'être dissipé.
* — Que peut-il faire de plus quie de me tuer? disait-elle dans le secret de sa pensée ; et la mort de sa main ne seraitelle pas un véritable bienfait pour moi ?
Elle avait donc repris sa place sur le canapé; puis, calme et résignée, elle attendit.
Le comte s assit en face cl elle.
— Madame, dit-il d'un ton posé, déjà peut-être vous avez entendu parler de ce qui s'est passé tout a l'heure à la lande ?
La comtesse répondit affirmativement.
— Vous savez alors sans doute que ce portefeuille tant cherché vient enûn d'être retrouvé... Le hasard l'ayant fait tomber entre mes mains, j'ai découvert qu'il contenait u!ie lettre à votre adresse Celte lettre, nul n avait le droit
2'22 LE GAUDE-CHASSG
d'en prendre connaissance avant vous; je m'en suis donc emparé, sans rien dire, et je l'apporte a sa légitime propriétaire.
En même temps, il tira de sa poche une lettre longue et étroite, telle qu'elle avait été décrite par* Vinet, cl la posa sur
les genoux de Léocadie.
Le cachet était intact.]
La comtesse ht un mouvement d'horreur.
LE CARDE-nilASSB 223
— Reprenez oe |)a})ier5 monsieur, dH-elle en frissokinant de Ions ses mem* bres; de grâce, reprenez-le... je ne puis pas, je ne dois pas, je ne veux pas le lire!
— Il le faut pourtant, madame, vous ne pouvez vous soustraira à cette obligalion ; il s'agit des dernières communications d'une personne qui n*est plus ! .
~ Ne me demandez pas cela, je vous
en supplie, n'exigez pas ce sacrifice!
Pliitôt que de l'accomplir, je préférerais...
224 LE GAÏIDE-CIIASSE
Elle saisit la lettre et s'élança vers la cheminée.
— Non , non, madame, s'écria le comte avec autorité, je vous le défends...
Et il prit le papier.
— Puisque vous refusez de lire, continua-t-il d'un ton sombre, je lirai pour vous.
Et il rompit le cachet d'un mouvement brusque.
Mî GAHDK-CITASSK 225
La pauvre crcalurc se vil perdue.
Sans prononcer une parole, elle se rejeta sur son siège et ferma les yeux.
Plus d'une minute s'écoula ; la comtesse s'étonnait de vivre encore.
Elle se courbait dans une espèce d'anéantissement de toutes ses facultés, altendant le coup inévitable qui la menaçait.
Que devint-elle donc quand elle sentit qu'on se traînait à ses genoux, qu'on
couvrait de baisers et de larmes sa maia glacée, quand elle crut entendre une voix suppliante lui dire :
— Léocadie, ma bien-aimëe, pardonnez-mol celle fois encore... Ma vie entière sera consacrée à vous faire oublier mes odieux soupçons !
La comtesse ouvrit des yeux tout
grands.
Elle avait cru rêver, mais c'était bien son mari qui la comblait de caresses, qui prononçait ces tendres paroles.
LE CARDE-CIIASSE 227
Elle lo contcmj)lait (1*111) air égare; cepciulanl, la voix ne lui revenait pas encore.
— Lëocadie, continua M. de Ganges avec une chaleur croissante, je me suis montré déflant, cruel, indigne du bonheur de vous posséder... Mes torts envers vous sont grands, plus grands encore que vous ne pouvez l'imaginer; et pendant que je vous laissais seule ici, dans risolenieulet l'oubli, vous souffriez sans vous plaindre, vous repoussiez la séduction... Ma bien-aimée, ces nobles et généreux sentiments ont louché mon cœur;
pardonnez-moi les chagrins que je vous
ai causés, car je veux les réparer
Écoute, ma Léocadie ; je romprai sans regret avec mon ambition, avec mes habitudes dissipées de Paris; nous vivrons ici dans le calme et l'obscurité, heureux l'un par l'autre, car je l'aime, ma Léocadie; lu es si belle ! mon amour s'est réveillé plus vif, plus ardent que jamais... Et toi, ma Léocadie, m'aimes-tu toujours, malgré mes fautes? Oh! dis-moi, dis-moi que tu m'aimes encore !
Toutes les idées de la comtesse étaient confondues, bouleversées.
LE G AUDE-CHASSE ^^lO
Un seul seiiliinont dominait ce chaos:
son afïeclion réelle, immuable pour son mari, pour cet homme qui, prosterné devant elle, lui demandait grâce.
Aussi, mettant ses griefs en oubli, ne s inquiétant plus de l'avenir, elle laissa tomber sa tête sur l'épaule du comte et lui dit d'une voix entrecoupée :
— Si je l'aime, Gustave!... Peux-tu me le demander?
Et les deux époux confondirent un moment leurs sanglots et leurs baisers.
Léocadie la première put s'arracher à ces épanchements clïine tendresse mutuelle; Je transport passé, les souvenirs lui revenaient déjà.
— Relevez-vous , mon ami, dit-elle en détournant les yeux; hélas! qu'avez- \ous besoin de mon pardon? vos torts envers moi n'ont pu me décider à vous haïr... Mais excusez-moi, Gustave, ajouta-t-elle avec accablement, ces émotions m'ont brisée ; mon trouble est tel, que je comprends à peine l'immensité de mon l)onlieur. La tète me tourne; je crois que j'aurais r)esoin de me recueillir...
LU GARDE-CHASSE SlSl
— Pauvre Léocadie! dit M. de Ganges.
tant d'ovéncraenis survenus coup sur coup ont dû, j'en conviens, excéder vos forces... Pour moi les quelques minutes qui viennent de se passer ont retrempé mon âme, apaisé mes poignantes incertitudes, inondé mon cœur de joie... Allons! je vous laisse prendre un peu de repos... Mais désormais, Léocadie, nous ne vivrons plus séparés; je me consacrerai tout entier à vous, je ne vous quitterai plus.
— Que Dieu vous entende, Gustave !
murmura la comtesse avec un soupir, en le reconduisant à pas lents^vers la porte.
— Et pourquoi ne m'enlendrail-ilpas, mon ange ? La vie près de vous me semblerait si douce, si bonne!... Mais, pau- •vre amie, la fatigue voue accable... Allons ! adieu, ma Léocadie... bonne nuit, et puissiez-vous être toujours aussi heureuse que je suis heureux en ce moment.
Il la serra convulsivement dans ses bras et se relira.
La comtesse était demeurée debout au milieu de la chambre, dans un état de surexcitation (jui louchait U la folie.
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— Il m'aime, dit-elle a voix haute, je ji'ea saurais douter... Son amour m'est revenu comme aux premiers temps de notre mariage! 11 veut renoncer à la cour, aux honneurs; il veut s'établir ici, ne plus me quitter... Oh! ce serait un bonheur si grand!..*
La voix lui manqua ; elle venait d'apercevoir a ses pieds, sur le tapis, la lettre funèbre que le comte avait laissée tomber.
Les idées de Léocadie changèrent brus-
quement de cours :
— El celui-la aussi m'aimait! repritelle avec un accent déchirant.
Elle se couvrit le visage de ses deux mains el versa quelques larmes.
Mais bien lot son regard s'allacha de nouveaustii'èé papier falal, qui semblait exercer sur elle une altraclion puissante.
Une fois, elle se pencha pour le relever, mais elle recula, comme au moment de toucher un fer rouge.
Enfin, un pieux respect pour l'auteur de cet écrit remporta sur ses répugnances.
Elle ramassa la lettre d'une main tremblante, et, toute pâle de son courage, elle s'approcha de la lampe pour la lire.
Ce n'était qu'un billet, d'une écriture presque illisible ; il était ainsi conçu :
c( Madame la comtesse ,]
T> Pour vous, pour vous seule, je vais » mourir.
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» Je ne pouvais vivre avec la pensée » que vous ne m'aimiez pas, que votre » affection appartenait, sans partage, à » ce mari qui vous abandonne !... Adieu » donc; je vous pardonne le mal que » vous m'avez fait , et pensez quelque- » fois a
» Edouard de Barneville. »
Le papier s'échappa des mains de madame de Ganges, anéantie.
Comme on le voit, soit hasard, soit calcul, cette pièce ne contenait pas une
expression qui piil êlre inlerprélce contre Léocadic.
Peul-être, en récrivanf,Barnevilleavailil réfléchi qu'elle n'arriverait pas directement a son adresse, et avec une lucidité d'esprit bien rare, mais non sans exemple, dans un pareil moment, il avait pris soin de ne pas tracer un mot qui pût s'interpréter contre la femme coupable.
Ainsi s'expliquait l'erreur du comte, qui, dans cet adieu suprême, n'avait vu qu'une preuve du plus en faveur de madame de Ganges.
Léocadie pouvait donc espérer maintenant que ses fautes resteraient couvertes d'un voile impénétrable.
On avait la certitude que le vieux domestique François ne recouvrerait jamais la raison; la discrétion de la famille Vinet, qui devait tout aux bienfaits de la comtesse, n'était pas douteuse.
Enfin, lors même que, plus tard, de vagues indiscrétions parviendraient jusqu'au comte, Léocadie comptait assez sur la confiance et sur l'alfectiou nou-
vello de son mari pour n'en pas redouter les suites.
Malgré tout cela, ses angoisses, ses agitations ne cessaient pas; ses larmes coulaient toujours plus abondantes et plus amères.
CHAPITRl- DIX-SEPTIEME