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CONCLUSION

eoNciiUsioiy.

Un matin de l'hiver suivant, par un beau jour de gelée, Vinet, dans la salle basse de la Maison-Grise, s*occupait a nettoyer son vieux fusil a pierre, l'un des insignes de sa dignité de garde.

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Près de la fenêtre, Suzanne filait au rouet tandis que Fanchelte raccommodait |le linge de son père; Choupille, couché près du feu, poussait par intervalles, en dormant, un petit grognement de satisfaction. ^.«ujj.a'i» -»

Tout ce monde avait un air de bienêtrb paisible qui réjouissait la vue.

Le bonhomme avait repris cr teint vermeil que les fatigues et les inquiétudes,'^ son arrivée dans le pays; avaient un instant altéré; Fanchelte était fraiche comme une (leur dé printemps; enfin

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Suzanne, clle-mèm(», ne soupirail plus que fort rarement; et chose incroyable, son mari et sa fille étaient certains de l'avoir entendue fredonner plusieurs fois une chanson, depuis quelques mois.

~1ft)ili^^&ubei*f vl^it rendre visite aux " habitants de la Maison-Grise; Hubert aussi paraissait bien changé.

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Sa pâleur maladive d'autrefois avait

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disparut: on ne voyait plus sur ses traits cette tristesse qui les caractérisait quand il se sentait en proie au soupçon et à la

Cétait maintenant un alerte. et joyeuigarçon ; les vêtements simples, mais de > bon goût qu'il portait ce jour-la, rehaus-' saient encore sa bonne raine. liova'l

L'accueil qu'il reçut chez le garde diffém beaucoup aussi de celui qu'il recevait autrefois. ^ ^., ,;!), ^»ni;jKirîi

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A sa vue tout fut en l'air; Vinet quitta son travail pour lui serrer la main, Suzanne lui fit une belle révérence, tandis que Fanchelte souriait en roûgiésanL

Choupille lui-même se leva de.^OA*

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coin (la feu pour venir lui lécher les mains et se l'rolter contre ses jambes, peut-être en réparation des douleurs qu'il leur avait causé dans une autre circonstance.

Hubert paraissait ravi, mais non surpris de cette réception a laquelle il était habitué depuis qu'il avait sauvé deux fois la vie au chef de la famille.

Cependant ces prévenances l'einbarrassaient visiblement.

— Et bien! père Vinet, demanda-t-il,

III i«

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pour eDtaAi^r la conversation, vous n êtes pas en tournée ce matin?

— En tournée, mon garçon, répliqua le garde avec humeur, eh ! higre ! a quoi me servirait d'aller me geler dans la forêt? on ne voit plus de braconniers, plus de tendeurs de collets, plus de voleurs de bois, plus rien... Leur élat ne va pas, et par suite aussi le nôtre. Deptiis que ce coquin de maître d'école est mort ctquelepauvre diable de Pelil-Renard est en prison, les gens de Saint Léger se le sont tenus pourdit... Et à propos de Petit-Renard, poulettes, ajouta Vinet en

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Se lournant vers ses monap^ères, avezvoiis envoyé (le la nourriture a ses pauvres enfants qui sont lii-bas tous seuls a la lande ? Parce que leur père a raal tourné^ ce n'est pas une raison pour quils meurent de faim!

> — : Oui, oui, ne t'inquiète pas, dit Fancliette; ils ont une bonne miche et la moitié d'un fromage.

— A la bonne heure... Je te disais donc, mon garçon, que c'est une honte de vivre dans la paresse comme nous vivons en ce moment. Nous volons largent de notre maître, et il aurait raison

de nous congédier tous! A quoi bon garder du gibier, quand personne ne songe a le dérober? Aussi, voilà Fembonpointqui me galope de nouveau...

Voyez, ajoula-t-il d'un air piteux, en exhibant la vaste rotondité de son ventre, on ne peut plus rester dans les bornes delà convenance; on engraisse d'une manière vraiment honteuse... Enfin, que la volonté de Dieu soit faite? Eh bien! Hubert, quelles nouvelles nous apportestu du village? que se jpasse-t-il de bon.

Pas grand'ehose, monsieur Vinci;

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VOUS savez cependant que monsieur Dubreuil est arrive hier au soir de Paris?

— Ah! bigre! Et parle-l-il de... des

maîtres du château?

— Je rignore; mais il a l'air biea triste. On assure que M. le comte et madame la comtesse sont tout a fait sépares, que la comtesse est toujours dans un couvent, et...

— Tais-toi, Hubert, interrompit le

garde avec émotion ; si M. Dubreuil ne dit rien, c'est qu'on ne doit rien dire. Il ne faut pas chercher à pénétrer ies]secrets des gens qui sont nos supérieurs, et qui, malgré leur grand nom, et leur grande fortune, sont bien a plaindre peut-être !

La conversation tomba.

Vinet était rêveur, Louis semblait de plus en plus embarrassé.

Enfin le garde parvint à secouer les fi-

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cheiises idée? cjui rol)Scdaient; le sourire reparut sur ses lèvres.

— El toi, mon garçon, reprit-il en clignant des yeux d'un air de malice, n as-tu rien de particulier a me dire aujourd'hui?

A cette ouverture, Zuzanne releva la tête, et Fanchette, au contraire, se pen-

cha sur son ouvrage.

— Oui, oui, monsieur Viuet, répliqua le jeune homme avec empressement, je vais vous dire...

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Mais sa timidité ne lui permit pas d'achever; au moment de laisser échapper un aveu que les assistants attendaient peut-être, le courage lui manqua ; se troublant tout a coup, il balbutia d'une voix étranglée :

— Il fait bien froid, ce matin, monsieur Vinet.

Le garde haussa les épaules, tandis que sa femme ne pouvait retenir un geste d'impatience. Alors le pauvre Hubert s'embourba dans ses divagations :

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— Oui vraiment, il fait bien froid, ropéla-t-il ; l'idée m'a poussé d'aller visiter la Fonlaine-des-Pleurs... Ah ! mademoiselle Fancliette, avez-vous vu la fontaine depuis qu'elle est gelée? Rien de plus beau... Chaque goutte d'eau forme une perle, un diamant qui pend à la voûte; j'en étais ébloui.

— Ah ça, mon garçon, interrompit Vinel d'un ton goguenard, est-ce donc pour parler a Fanchette de fontaine, de perles et d'un tas de choses, que tu viens nous voir ce matin? Tu n'avais pas besoin de prendre tes beaux habits et de quitter ton travail pour cela !

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— C'est juste, monsieur Vinet, répliqua le jeune homme tout confus ; j'avais

en effet bien autre chose dans la tête

mais je suis si bête!.. Quand je veux parler, ma langue a l'air de se coller a mon palais... J'avais écrit à mon oncle, gros fermier du pays de Caux, pour le prier devenir m' assister; comme il ne pouvait s'absenter à cause d'une coupe de bois qu'il est impossible de faire sans lui...

— Eh! bigre! mon garçon, nous n'avons besoin ni de ton oncle ni de personne pour régler l'affaire eu question.

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Voyons, je l'aiderai, car nous n'en finirions jamais... Je sais pourquoi nous te voyons ici lous les jours depuis plusieurs mois; ils'agitdema fille, n'est-ce pas?

— Comment! monsieur Vinet, demanda Louis, stupéfait, vous l'avez deviné?

— C'était, pardieu, bien malin ! dit le garde en ricanant ; allons ! poulettes, approchez ici... cela vous regarde, bigre ! vous travaillerez plus tard.

Les deux femmes quittèrent leur ouvrage et vinrent s'asseoir autour du feu, Tune confuse et tremblante, l'autre émue et déjà près de pleurer.

— Voyons, mon cher Louis, reprit Je garde avec rondeur, dès qu'il les vil tous réunis autour de lui, je nuirai pas par quatre chemins... Tu aimes ma fille, et j'ai dans l'idée que tu ne lui déplais pas; n'est-il pas vrai, Fanchette ?

La jeune fille baissa la tôle d'un air moitié souriant, moitié fâché :

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— Oh ! pure ! comme tu dis cela, balbutia-t-elle.

— Eli ! bigre! comment veux-tu que je dise?... est-ce vrai?... Tu ne réponds pas?... qui ne dit mot consent; tu as entendu, Louis?

— Ah ! mademoiselle, s'écria Hubert transporté , combien je vous remercie!...

— Un moment, mon garçon, lu remercieras plus tard; laisse-moi unir

Donc, c est un point fixé ; Fanchette ne

ferait pas trop la sucrée pour devenir madame Hubert. De mon côté, je n'ai pas grand'chose à te refuser; tu es un brave garçon, malgré celte ancienne affaire qui t'a causé tant d'ennuis; tu m'as sauvé la vie par deux fois difiérenles; ainsi, pas de difficultés de mon côté, et je ne crois pas que Suzanne»

conlinua-l-il en se tournant vers sa femme, ait aucune objection contre ce mariage? *

— Moi, je ne voudrais pas quiller ma fille, dit la mère Vinet en larmovanl se- Ion son habitude. ^

IJ<: GARDE-CIIASSE ^S''

— C*osl bon. c est bon, toutes les mamans disent ça d'abord... Enfin nous sommes d'accord sur le principal. Mais ce n'est pas tout, mon garçon ! Rien de plus facile que de se marier; seulement, il faut prendre garde de laisser entrer la misère dans le ménage, car cette coquine de misère gâte les meilleures choses.

Cela dit, raisonnons un peu : tu ne possèdes aucune avance ; de mon côté, je ne puis donner de dot a ma fille, car labas, a la Rochelle, les alouettes ne tombaient pas rôties, et nous sommes ici depuis trop peu de temps pour que j'ai pu ramasser quelques sous... Or, s'il n'y a rien, ni d'une part, ni de l'autre, com-

ment vous en tirerez-vous ? L'amour montre grise mine quand on le met au pain sec, et s'il survenait de la famille...

— Monsieur Vinet, interrompit Hubert avec vivacité, je travaille maintenant de mon état de tourneur. Depuis ces dernières affaires, la besogne va, que c'est une bénédiction ; on m'en apporte de toutes parts, et, dans le nombre, certains travaux sont largement payés.

— Fort bien; je sais que tu ne manques pas de talent, et j'ai vu des ou-

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vrages de toi, qu'on peut dire bigrement bien tournés... Mais crois-lu donc, que dans un pcllt village comme Saint- Léger, tu doives trouver des ressources suffisantes pour vivre et élever une famille? Il faudrait au moins aller Rétablir dans une grande ville, a Chartres, à Rambouillet, a Paris même ..

— Ne me parlez pas de cela, monsieur Vinet! s'écria Louis avec une sorte d'effroi; une ville! mais j'y mourrais d'ennui au bout de quelques mois. Dès que je ne verrais plus le ciel, les arbres, la verdure, je serais pris par le chagrin.

Que voulez-vous? c'est plus fort que m 19

moi... Tenez, je songeais à quitter la maison où je suis, car le soleil ne s'y montre que pendant trois mois de l'année, et de louer la maison de la mère Jeanne, à rentrée du village, une bonbonnière d*où l'on domine toute la campagne... c'est a se pâmer d'aise, et certainement mademoiselle Fanchette se plairait dans cette jolie demeure. Mais^ mais...

— Tu manques de monnaie faute de grosses pièces, n'est-ce pas, mon garçon? dit Vinet avec un sourire triste. Digre !

j'avais donc raison... Or ça, mes enfants,

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puisque vous ne devez vous marier qu'a ia condition dolre malheureux, je vous demande un peu si c'est la peine de s'en mêler?

Les deux jeunes gens sentaient la force de ces raisonnements 5 mais, selon l'usage, ils étaient disposés à passer outre.

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Fanchettc essuya furtivement une larme, tandis que Louis fprotestait de son amour pour le travail et de sa certitude pour réussir.

Vinet récoutait en hochant la tête

— Eh bigre! mon garçon, reprit-il, ce que que j'en dis n'est pas pour te tourmenter; mais je vois de loin, et mon devoir de père m'ordonne d'être prudent... Tiens, voici le parti qu'il faut prendre : nous attendrons encore cinq ou six mois. Toi, mon cher Louis, tu travailleras avec courage et tu mettras liard sur liard; nous, de notre côté, nous vivrons avec la plus rigoureuse économie, afin de pouvoir montrer quelques ^écus le jour de la noce; et si tout va comme je Tespère; s'il, ne survient

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ni maladies ni pertes, nous pourrons.

Tété prochain... Allons, bigre! cela n'est pas encore de voire goût? Que diable voulez-vous que je fasse ?

En effel, les deux fiancés avaient une mine conslernée.

Suzanne seule, dans son égoïsme de mère, approuva d'un signe cette proposition qui lui permellait de garder sa fille quelques mois de plus.

Un silence pénible régna de nouveau daos le petit cercle.

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Vinet semblait inébranlable, et Louis n'osait renouveler des instances quil jugeait devoir se briser contre l'obstination bien connue du garde.

Un bruit de pas se fît entendre au dehors.

— Bigre! qui donc vient nous déranger dans un pareil moment ? demanda le bonhomme avec humeur.

C'était M. JJubrcuil, le régiseur, tout

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calfeulrc dans sa ^Tande redingote a large collet, douhlcc de peau de renard.

La colèreMe VinetJ.avait disparu aussitôt; il se leva d'un air d'empressement, et offrit un siège au visiteur, en lui adressant les compliments ordinaires.

Les jeunes gens et Suzanne saluèrent distraitement.

Au bout d'un moment, M. Dubreuil dit avec gravité :

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— Vous savez, Vinet, que j'arrive de Paris, où j'ai vu nos maîtres, et je vous apporte de leurs nouvelles.

— De leurs nouvelles*: s'écria le garde, ah! tant mieux.. Monsieur le comte ne viendra-t-il pas courir un cerf a Saint- Léger? Et la bonne jeune dame, que faitelle maintenant? Elle était comme mon enfant, monsieur Dubreuil, et quand je songe qu elle peut avoir du chagrin... bigre î

— Vous ne m'avez pas compris, Vinci, répondit le régisseur avec embarras ; quand je parle de nouvelles, je veux dire que j'ai reçu des ordres que je vais vous transmettre.

LK CAUDE-CIIASSE 2'j7

Le bonhomme ouvrit de grands yeux effarés.

— Vinet, reprit le régisseur,^!, le comte n'a pas oublié les services que vous lui avez rendus au péril de votre vie... Vous avez délivré ses bois delà dangereuse association de braconniers dont ils étaient infestés. Par vos dispositions habiles, par votre courage, vous avez amené la capture et la mort de cet hypocrite de maître d'école. En faisant retrouver le portefeuille de M. de Barneville, vous avez lavé votre maître d'une accusation d'assassinat... Tout cela mérite une récompense, et si M. de Ganges, absorbé jusqu'ici par d'autres pensées, ne vousa

pas rendu justice, il désire acquitter sa dette, maintenant qu'il est plus calme.

Vous avez acquis, mon cher Vinet, le droit de j)asser tranquillement vos derniers jours ; vous ne ferez donc plus de service actif. Vous serez le chef des gardes de Saint-Léger, et c'est à vous qu'ils devront rendre compte de leurs actes.

Vous quitterez cette maison, qui ne doit pas vous plaire, et vous habiterez désormais les communs du château.

Vinet suffoquait de tant de bonheur; Hubert était pensif et Suzauue pleurait toujours, mais de joie cette fois.

Fancholle seule eut la force d'exprimer son ardente reconnaissance.

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— QiieDicu récompense, s'ëcria-l-clle avec chaleur en levant les yeux au ciel, rcxcellenl maîlre qui vient d'assurer

une vie paisible et heureuse h mon pauvre père!...

— Réservez un peu de vos bénédictions, chère petite, dit le régisseur avec un sourire mélancolique, pour payer vos dettes personnelles; je suis encore chargé d'une commission par une autre personne bien digne de respect. Madame la comtesse a conçu pour vous, Fanchette, une affection sincère. D'ailleurs, vous êtes la fille d'un ancien ami de son enfance, et elle a voulu, dans sa retraite, que vous eussiez part a ses bienfaits.

300 LK GARiJli-CHASSE

Elle m'a dOQC ordonné de voui remettre ce bon de six mille francs sur M.

Maurice, le notaire de Saint- Léger. Ce sera votre dot qnand vous trouverez un mari digne de vous, si toutefois, ajouta Dubreuil en jetant un regard malin du côlé d'Hubert, il n'est pas trouvé déjà... De plus, j'ai reçu l'ordre de me charger des frais de noce quand le moment sera venu!

Nous laissons à penser la joie de la famille Vinct sous cette avalanche de prospérités.

Fanchelle priait, Suzanne sanglotait plus fort, le garde faisait des extravagances et dansait en agitant le papier

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que venait de lui rcmcllrc le régisseur.

Hubert seul semblait frappé de stupeur et restait immobile.

Vinel s'arrela tout-a-coup devant lui :

— Eli! bigre! s'écria-t-il, que fais-tu la triste comme un bonnet de nuit? lu ne comprends doncpas ?.. . Plus d'obstacle au mariage maintenant'.. Ce papier vaut deux mille écus, et cest la dot de Fanchette que lu vas épouser, et lu pourras acheter la maison de la mère Jeanne, et nous demeurerons au château tout près de toi, et nous serons tous contens,

y compris Suzanne qui verra sa fille

tnnt qu'elle voudra, et je deviendrai gros comme un tonneau. sans que je m'en soucie plus que ça... Et tu n'es pas ravi? tu es bigrement difficile!

— Monsieur Vinet, monsieur Vinet, dit le pauvre garçon d'un ton piteux, les choses sont bien changées depuis un moment... Maintenant, mademoiselle Fanchette est riche, et je suis trop audessous d'elle pour oser...

— Eh! vilain orgueilleux, tu voulais bien Tépouser quand el!e n'avait rien?

L'aurais-tu repousséc, toi, si l'on l'avait tout U coup rendu riche?... Vous verrez qu'il faudra prendre monsieur au collet pour l'obliger a épouser ma fille, une

r,p: (; AU 1)1- -CHASSE 505

liérilicro!... mais rr^ardo-la donc, Louis, ajoiilii I(^ lianlo en forçant le jeune lionime a se ioiirner vers Fanchelte, pour Dieu ! regarde-la!

Hubert vit sa charmante fiancée, qui, toute rouge de pudeur, souriante et les yeux pleins de douces larmes, lui tendait la main.

11 voulut résister a ce muet appel; mais répreuve élait trop forte; sa volonté fléchit, il s'élança vers la jeune fille qu'il serra dans ses bras.

— A la bonne heuri^ donc' s'écria \inet transporté, el mainlenant, mon garçon viens embrasser ton père, et ta

mère aussi... et aussi ce bon M. Dubreuil qui sera de la fête... Bigre !

Et pendant que cette honnête famille se livrait à sa joie sans mélange, Dubreuil disait avec attendrissement :

-Pauvre femme! si malheureuse qu'elle soit, je suis sûr qu'elle éprouvrail du soulagement îi ses peines en voyant le bonheur de ces braves gens, car ce bonheur est son ouvrage!

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