TROIS BEAUX SALAUDS
On gracie Daudet parce qu il n’y a plus personne aujourd’ hui qui croie @ la fable du suicide en tat.
Eugéne Fasre dans la « Suisse ».
it me faut expliquer, 4 propos de Bar- | thou (— car le public a la mémoire
courte —) comment je me suis trouvé exilé pendant vingt-neuf mois 4 Bruxelles, en compagnie des miens, du 1° aodit 1927 au 1° janvier 1930. C’est une histoire étonnante, monstrueuse, et qui peint.a merveille le plus abject de tous les régimes, je veux
dire le régime républicain.
Mon fils Philippe Daudet, agé de quatorze ans et demi, avait été assassiné, par la police de Sireté Générale, le samedi 24 novembre 1923. Aprés bien des péripéties judiciaires, qui sont ou seront relatées ailleurs, des dénis de justice inouis et deux semaines d’audiences dramatiques (— ou le crime apparut aux regards de tous les spectateurs impartiaux —) je fus condamné a cing mois de prison, et 25.000 francs d’amende, pour avoir diffamé le chauffeur Bajot, qui avait transporté 4 Vhépital Lariboisiére le corps de notre enfant moribond et varié a plusieurs reprises dans des dépositions portant sur des points essentiels. Cet arrét, baptisé tout de suite arrét inféame, et d’une infamie sans précédent, avait été rendu par ordre et par Vintermédiaire du Procureur Général Scherdlin ; il couvre d’un opprobre éternel le président des Assises Flory et ses deux assesseurs Pittié et Marty.
A la suite du bruit causé par le procés et du scandale causé par l’arrét, de nouveaux témoignages surgirent, au nombre de trois,
essentiels et concordants, émanant de personnes fort honorables, qui ne se connaissaient pas entre elles : Madame V... déposa sous la foi du serment, devant le commissaire Barthélemy, qu’elle avait vu charger dans un taxi, le samedi 24 novembre 1923, a quatre heures, au coin du boulevard Beaumarchais et de la rue du Chemin-Vert, un tout jeune homme, qui semblait gri¢vement blessé. Mme D... déposa qu’elle avait vu stationner un instant, a l’arrét dit « des Filles du Calvaire », le méme jour, a la méme heure, un taxi contenant un jeune homme qui semblait moribond, accompagné d’un personnage dont elle donna le signalement.
Celui-ci s’était penché 4 la portiére et avait dit au chauffeur « pressons, pressons »!
Mme C..., enfin, qui connaissait Philippe de vue, l’avait reconnu, blessé gri¢vement, soutenu par le méme personnage, a l’arrét de la place de la République, devant le café dit « du Thermométre », le méme jour a la méme heure. Celui qui accompagnait Philippe — un policier évidemment —
avait dérobé-son visage & ce moment précis.
Ces trois personnes s étaient tues, par crainte, tant qu’elles avaient pu penser que la vérité sortirait sans leur concours. Mais, devant l’arrét infame, elles n’hésitaient plus 4 parler. Fort de ces trois témoignages, dont le faisceau était écrasant, je déposai une demande en révision, qui fut accueillie. L’affaire vint devant la Chambre Criminelle et la Cour de Cassation, en mai 1927. Notre avocat, maitre Durnerin, prononca une admirable plaidoirie, qui edt été irrésistible sans la décision préalable de la Cour de rejeter ma demande en révision. L’avocat général Mancel, avec un tranquille cynisme, déclara que les trois nouveaux témoins, sans doute de bonne foi, avaient eu la berlue en commun, en raison du bruit causé par l’affaire.
La Cour adopta cette thése absurde. Ignace, le sous-secrétaire d’Etat de Clemenceau, qui fit incarcérer Caillaux en janvier 1918, affirmait que les magistrats de la Cour de Cassation étaient les plus obéissants de tous, puisque pour arriver a ce poste supérieur
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on werk jamais Trak que pan ber cies.
il fallait une trés grande habitude de la reptation. Nous pimes vérifier la, ma femme et moi, le bien-fondé de cet aphorisme.
Le but de la Sdreté Générale, « armature de la République » (comme dirait le commissaire-janissaire Bourdrez), était atteint. Elle allait me faire incarcérer, en compagnie de mon collaborateur Joseph Delest, condamné, lui, 4 deux mois de prison, comme gérant de |’ Action francaise. Puis, Delest une fois libéré, elle me ferait zigouiller dans ma prison, comme naguére Almereyda. Ceci n’est pas une hypothése. C’est une certitude. Nous avons regu a ce sujet, Maurras et moi, des renseignements sirs et précis. Toutes les dispositions étaient prises pour qu’une fois en cellule je ne dusse plus sortir de la Santé que les pieds devant.
A ce moment, la peine étant devenue exécutoire, entrérent en scéne les trois beaux salauds qui donnent son titre 4 ce préambule. Raymond Poincaré, de l’Académie Francaise, Président du Conseil. Louis Barthou, de l’Académie Frangaise, Garde des
Sceaux. Albert Sarraut, Ministre de I’Intérieur. Je les connaissais tous les trois. J’avais été leur collégue a la Chambre de 1919 a 1924, pendant la douziéme législature. Poincaré avait eu recours a moi, au moment de occupation de la Ruhr et de la discussion parlementaire 4 ce sujet, pour le défendre contre les attaques d’André Tardieu, du petit Reynaud et de Forgeot. Cette thése étant celle de |’ Action Francaise, je m’étais donné a la tache ingrate de secourir ce malheureux homme sans éloquence, sans courage, a la voix séche, au geste étriqué, et comparable dans ses meilleurs jours, 4 un poéle éteint. Je connaissais Poincaré de longue date. Il était recu chez mes parents, bien avant méme la fondation de l’Académie Goncourt, dont il fut lavocat et le conseil. Je l’avais toujours trouvé ennuyeux, sec, disert et instruit. J’ignorais la vilenie de son ame et Vabsence de son honneur. J’ignorais surtout que, pour une raison a peu prés mystérieuse, il tremblat de peur devant les menaces des deux condamnés de Haute-Cour, des deux
traitres du temps de guerre, Caillaux et Malvy.
Je tenais Albert Sarraut pour un homme de vaste ambition et de moyens médiocres, comme nous disions a la Chambre, pour un proconsul a la manque. Nos rapports avaient été excellents. Quant a Louis Bathou, dont la réputation de fourberie et d’érotomanie a toujours été solidement établie, a l’occasion et en raison des hautes fonctions qu'il a occupées dans la République, je lavais rencontré quelques semaines auparavant, chez des amis communs. Voisin de table de ma femme, il avait bien voulu l’assurer, selon le cliché courant, que « j’étais une force », A quoi elle avait répondu en souriant : « généralement, Monsieur, on ajoute : de la nature ». J’ignore si je suis une force, mais, ce que je sais, c’est que le jour ow il me sera donné de m/affirmer en telle qualité, je conseillerai & Louis Barthou de prendre, au plus vite, ses clics et ses clacs, le train, ou le bateau, en compagnie du nain Raymond et du proconsul Albert. Car il
est de petites blagues que je n ’admets pas; au nombre desquelles, celle qui consiste a envoyer, dans une cellule infecte de la Santé, un écrivain de soixante ans, coupable d’avoir défendu la mémoire de son jeune enfant assassiné et d’avoir déchiré le rideau policier du « suicide », pour montrer, dans sa hideur, le crime concerté.
Comment ces trois politiciens se trouverent-ils amenés 4 prendre, ou plutdét contraints de prendre une mesure aussi révoltante que l’exécution de larrét du 14 novembre 1925, qui devait leur valoir une série d’ennuis de toutes sortes et risquait (si j’étais tué dans ma prison par les soins de la Stireté Générale) de leur codter la vie, voila ce que tous les Parisiens au courant des choses se sont demandé, depuis le fameux numéro de journal La Presse, annongant, au début de juin 1927, mon arrestation prochaine ? Diverses hypothéses furent émises.
La plus consistante, en apparence, était que le gouvernement, se décidant a sévir contre les communistes — « le communisme, voila
Pennemi », avait. dit Sarraut — désirait mettre en balance l’incarcération d’un des deux directeurs de l’ Action Frangaise. Mais, a y regarder de prés, cette raison ne valait rien, vu la différence des « espéces », comme on dit au Palais. Poincaré, avec sa fourbe naturelle, déclara qu’ayant été condamné légalement, je devais légalement subir ma peine. Or nous savons par les déclarations publiques de Jacques Landau, lun des condamnés du Bonnet Rouge, que c’est Vintervention illégale de Poincaré qui dispensa de la relégation et de linterdiction de séjour — auxquelles les avait condamnés, pour intelligence avec l’ennemi, le troisiéme conseil de guerre, — Landau, Goldschild dit Goldsky, et Marion; Barthou, lui, expliqua, en roulant les R, que « M. le ploculeur génélal Scheldlin était venu lui dile que la Justice devait suivle son couls ». Sans doute Scherdlin m’avait-il pris en grippe 4 la suite du dépiautage de son réquisitoire mensonger — et rempli de prétéritions — par le Colonel Larpent et de l’inoubliable sous-
titre : « Le Procureur Général au secours des assassins ». Mais on n’a jamais vu, en République, le Parquet donner des ordres a la Chancellerie, alors, que c’est, au contraire, la Chancellerie qui, dans les affaires politiques, fait transmettre aux magistrats du Siége, par le Parquet, les ordres du gouvernement.
J’aisu depuis, et dans le détail, comment les choses s’étaient passées: la Streté Générale, tenant Louis Barthou par ses vices, avait exigé de lui mon incarcération. Dans le méme temps que les deux traitres Caillaux et Malvy faisaient pression sur Poincaré, pour arriver au méme résultat. Des deux cétés il y a eu chantage... quant aux meeurs en ce qui concerne Barthou, quant 4 un X non encore complétement résolu, en ce qui concerne Poincaré. Le point demeuré obscur est de savoir si Poincaré n’avait pas choisi Barthou comme Garde des Sceaux, fin juillet 1926, précisément aprés entente préalable avec lui, au sujet de la suite A donner A l’arrét inféme du 14 novembre 1925. Poincaré et
Barthou sont reliés, de longue date, par toutes sortes de combinaisons troubles et de louches secrets. Ce sont eux qui communiquérent 4 Calmette les « documents verts »
allemands (4), accablants pour Caillaux, avec défense de les publier ; et c’est la peur de cette publication qui amena Caillaux a faire assassiner Calmette par sa femme. Je tiens le renseignement de Capus, intime de Calmette, et qui le tenait de Calmette. Si Barthou est un individu ténébreux, Poincaré, lui, est un homme sombre.
Le premier juin 1927, VPinspecteur Gripois m’apportait 4 domicile « la marque noire », c’est-a-dire invitation de Scherdlin d’avoir a me rendre a la prison de la Santé, le dix juin suivant.
Le 10 juin, j’allais m’enfermer a l’ Action Frangaise, rue de Rome.
Les 14 et 12 juin, des manifestations, sympathiques et au dela, de plusieurs milliers de parisiens, se produisaient sur la Place de
(1) Correspondances Jagow-Lancken et Bethmann Hollweg- Von Schoen.
Rome. D’heure en heure, elles gagnaient en intensité.
Le 12 juin, le Gouvernement ayant annoncé qu'il allait recourir 4 la force, douze cents camelots, ligueurs et étudiants, vinrent s’enfermer et se barricader, pour ma défense, dans les vastes locaux de l’ Action Francaise, au 12 et au 14 de la rue de Rome.
C’est A ce moment que se posa pour moi une cruelle alternative : ou me soumettre a Vignoble mesure prise par Barthou, Poincaré et Sarraut, que talonnaient les deux traitres Caillaux et Malvy et les policiers assassins de mon enfant, ou exposer a la mort, pour la cause de Philippe, douze cents jeunes gens. Mon devoir n’était pas douteux. Je résolus, en rongeant mon ceeur, de me rendre. Ce que je fis, le lendemain matin, sur la sommation, congue en termes humains — bien que la circonstance fit inhumaine — du préfet de Police, M. Chiappe, accompagné de 3.000 pompiers et argousins
BI
munis de pompes a grande puissance. Scéne
dramatique, inoubliable, dont tous les spectateurs et acteurs garderont a jamais le souvenir. M. Chiappe fut d’ailleurs la correction méme et exécuta avec une grande courtoisie l’ordre qu’il tenait des trois salauds.
Du 13 au 26 juin, je demeurai en prison, en compagnie de mon cher ami et collaborateur Joseph Delest.
La trame se resserrait. Je recus dans une petite boite, d’une main inconnue, la souris crevée, annonciatrice de |’Ankou, dans le langage figuratif des prisons et des bagnes.
Le restaurateur, qui nous apportait nos repas, fut brusquement congédié. Ma femme prit peur et communiqua ses craintes aux Camelots du Roi, qui résolurent de me délivrer a mon insu. La prodigieuse mystification que Yon sait, accomplie avec des miracles d’habileté et d’ingéniosité que l’on ne sait pas, réussit point par point, le 26 juin 1927 & midi. Les trois salauds du gouvernement recurent 1a un de ces soufflets qui comptent dans la vie de trois paires de joues. Le directeur de la prison, M. Catry, nous pressa
aimablement, Delest et moi, de faire nos paquets et de vider les lieux ; c’est le terme exact, puisque nos W. C. étaient dans nos chambres. Cet honnéte et loyal fonctionnaire devait étre dégommé le lendemain.
Nouvelle marquise de La Valette, ma femme nous enleva, grace au dévouement héroique et ingénieux des camelots et nous cacha, chez des partisans admirables et strs, du 26 juillet au premier aodt. Chose comique, je recus en personne la communication téléphonique de ce méme jour six heures du soir, ou il était ordonné, par la Sareté Générale, 4 tous les agents de la force publique de nous rechercher et de se saisir de nous par tous les moyens. Cette fois encore le contréleur général Delange, intimement mélé au guetapens policier du 24 novembre 1923, l’homme des visites 4 Vhépital Lariboisiére pour savoir si Philippe avait parlé avant de mourir, espérait bien que je trouverais la mort, Mais la ce fut le tour de la Sdireté Générale d’étre souffletée et comment ! Pendant cing semaines, en effet, non seulement ma femme,
Delest et moi, échappions a des recherches poursuivies frénétiquement, aux quatre coins du territoire francais ; mais encore, chaque jour, par des voies différentes, mon article quotidien parvenait a |’ Action Francaise a travers des barrages compacts d’agents en uniforme et d’inspecteurs.
Cette Sareté Générale qui avait attiré dans un guet-apens et abattu, d’un coup de revolver A la tempe, un enfant de quatorze ans et demi, n’était pas fichue de découvrir la retraite de trois personnes, dont une aussi connue de silhouette que le gros Léon. La rage de « ces messieurs » dépassa tout. Ils barrérent des routes dans le nord, dans le Roussillon, en Savoie. Ils firent surveiller étroitement la propriété de ma mére en Touraine, des propriétés de mes amis en Normandie, en Auvergne, en Bretagne, dans le Périgord. Ils auraient surveillé le sommet du Mont-Blanc. Cela au milieu de l’intense rigolade de tout le pays, d’une pluie de nasards, de brocards et de chansons. Or chaque matin, réguli¢grement, sans aucune
espéece d’exception, paraissait mon engueulade rituelle au nain, au proconsul et au chien, préparée avec amour certes, salée et poivrée a souhait.
Cependant — et point a considérer — quelle que fat ma légitime rancune, je ne suis pas allé jusqu’au bout de mon rouleau avec Poincaré, et j’ai ménagé sinon sa personne, du moins son entourage, par un scrupule que n’auraient certes eu ni Rochefort, ni Hugo. Au lieu que ce vilain homme, 4 ma mére lui reprochant sa conduite infecte, eut la muflerie d’écrire une lettre qui ouvrait son Ame de vase séchée jusqu’au fond ?
Etant en prison, et lui étant président du Conseil, je n’avais, contre sa goujaterie, aucun recours. A ce signe on reconnait non le « meusosaure » — comme l’appelait Georges Clemenceau (1) — mais le simple et vulgaire putois.
Le premier aoit 1927, nous quittions, ma femme, Delest et moi, notre derniére retraite
(1) Voir le livre de Treich : la Vie et la Mort de Clemenceau.
en France ; afin que ces sanglantes crapules de la rue des Saussaies ne pussent pas dire que, de longue date, nous avions franchi la frontiére, j’eus un rendez-vous avec le prince des reporters frangais, Géo London, dans une maisonnette de province, ot notre photographie fut prise. Puis en route pour Bruxelles, ot j’arrivai seul, sans encombres, & dix heures du soir. Le lendemain, la Nation Belge m/’offrait un banquet mirifique au Filet de Sole du cher Paul Bouillard. En sortant de table, on se rendit au café a la gare du Midi, ow je retrouvai, avec ma femme, mes deux jeunes enfants dont j’étais séparé depuis le 13 juin. Minute radieuse et dont la noble cité au grand cceur est demeurée, pour moi et les miens, a jamais illuminée.
On voit par ce court récit que si la police de Streté Générale — demeurée au service de l’Allemagne et de ses créatures avant, comme pendant et aprés la guerre — put faire assassiner mes collaborateurs Marius Plateau et Ernest Berger, et mon petit garcon Philippe, et assurer l’impunité des assas-
sins ; que si elle put faire marcher au doigt et a l’ceil une douzaine de magistrats félons et intimidés, et commander un Poincaré, un Barthou et un Sarraut, elle échoua, en ce qui me concerne, dans son entreprise criminelle.
Dans le « duel formidable » dont me parlait le Procureur Scherdlin, elle fut battue par les Camelots du Roi; je dis battue a plates coutures et honteusement. En méme temps, elle se découvrit ; et des scandales ultérieurs d’une forme hideuse, allaient montrer 4 tous les Frangais horreur de cette maffia, devenue le dernier rempart du régime putréfié.
Maintenant Poincaré, Barthou et Sarraut, exécuteurs des vengeances de ladite maffia, doivent savoir ceci : il est heureux pour eux que leurs maitres de la rue des Saussaies et du quai des Orfévres aient perdu notre piste a la sortie de prison. En effet, si la police avait réussi 4 nous rattraper, Delest et moi, ils étaient enlevés tous les trois et menés en leu stir jusqu’é notre nouvelle délivrance.
Toutes dispositions étaient prises a cet effet, et prises avec le méme soin jaloux, la méme
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précision méticuleuse qui avaient présidé a notre libération et & ses suites. En somme, les trois salauds l’ont échappée belle.
Un dernier mot pour les personnes qui douteraient du pouvoir effrayant de la police politique de la troisitme République. Le 29 janvier 1925, alors que Flaoutter avait passé la main depuis quelque temps, nous descendions, ma femme, deux amis et moi, dans le sous-sol du 46, boulevard Beaumarchais, et procédions a4 la visite des sombres lieux ot notre enfant avait trouvé la mort.
Dans la cuisine en contre-bas quant au boulevard, se trouvaient les traces d’un tir au pistolet. On s’était exercé la a viser dans la demi-obscurité, et l’on avait cherché a se rendre compte si le bruit des coups de feu était entendu de l’immeuble. Les deux piéces a cété portaient encore le dispositif en trébuchet — panneau mobile dissimulé derriére des rangées de livres — que Flaoutter avait donné comme un « érotique » ou « voyeur », mais qui fournissait en réalité, le moyen de tirer, sans étre vu, de la piéce
arriére sur quelqu’un situé dans la piéce avant. Bref, il y avait la une préparation de guet-apens manifeste et qui, en toute autre circonstance, eit amené l’arrestation immédiate de son organisateur.
Le lendemain 30 janvier, le Congrés annuel des Commissaires — ou mieux des janissaires — de la S. G. se tenait a Paris. L’un des assistants déclarait qu’il venait d’avoir connaissance d’un « fait nouveau » de la plus haute importance qui exigeait une démarche immédiate auprés des membres du gouvernement. Ce fait nouveau, c’était notre visite au sous-sol de la librairie. C’est alors que les commissaires Bourdrez et Bouchéde furent chargés de transmettre au Président du Conseil Edouard Herriot, au Ministre de l’Intérieur Chautemps, et au Ministre de la Justice René Renoult, deux motions comminatoires, ot il était dit en substance que la Sireté Générale interdisait d’approfondir un événement qui s’était produit a loccasion d’un service commandé. Je venais précisément de déposer une plainte nouvelle —
succédant a ma premiére plainte contre X — concernant les assassins, nommément désignés du petit Philippe. Les motions Bourdrez et Bouchéde ne disaient pas que Philippe s’était suicidé, qu’il n’avait pas été assassiné. Elles disaient : « Halte-la ! Ce qui s’est passé, s’est passé par ordre. » (4)
L’Action Frangaise publia, d’aprés le compte rendu officiel, ces documents inouis, ou l’Etat républicain apparaissait comme dominé et manceuvré de haut par la police de Sareté Générale. Aucun journal de Paris n’osa reproduire ces textes accablants, ni y faire la moindre allusion. La prétendue « grande presse » est, a Paris, aussi putréfiée que la Justice.
(1) Un des premiers actes d’André Tardieu au Ministére de l'Intérieur consista 4 décorer le commissaire Bourdrez.