‹ Le Garde Des SeauxChapitre 2 sur 5 · RETOUR SUR LE PASSE · texte numérisé non relu

RETOUR SUR LE PASSE

E public oublie vite, disais-je en débu- L tant. Il n’est donc point mauvais

de rappeler quelques-unes des saletés de Louis Barthou.

En octobre 1919, le « Figaro » publiait la note suivante :

« Or, M. Clemenceau tient a assister au débat politique qui s’engagera devant la Chambre sur lordre des élections, quand ce ne serait que pour poser la question de confiance sur la priorité accordée par le gouvernement aux élections législatives.

« Car c’est sur ce point qu’un nouvel

assaut doit étre livré au cabinet, et Von assure, A ce propos, que la bataille serait conduite par M. Louis Barthou, qui estime que le cycle électoral doit s’ouvrir par les élections municipales et se clore par les élections législatives.

« Notons que si, ce qui est moralement impossible, cette thése était adoptée, la Chambre, qui est actuellement dans la sixieme année de sa législature, qui est, par conséquent, périmée depuis seize mois, ne retournerait pas devant le corps électoral avant le mois de mars prochain. »

Barthou commettait la faute inouie de tendre un supréme traquenard au Pére la Victoire et essayait encore de prolonger la respiration artificielle de cette Chambre infame dont, mieux que personne, il connaissait linfamie.

On pouvait le soupgonner & ce moment de faire le jeu de Briand et de préparer les voies du bolchevisme en France.

Pourtant en aucun autre endroit, de France, on n’avait vu une pareille collec-

tion de gredins vendus 4 |’ennemi et d’achetables par l’ennemi, que dans cette Chambre de 1914 que le citoyen-député Barthou voulait encore proroger a l’aide d’une ficelle électorale.

Le grouillement de crabes en décomposition sous un « Bonnet Rouge » ne le dégoitait pas autant qu'il dégotitait a l’époque les 35 millions de Frangais.

Il lui fallut pourtant renoncer a ce traquenard et laisser Briand dans la nasse de sa longue chevelure entortillée.

J’étais a la Chambre des Députés le 25 mars 1920, quand Louis Barthou monta a la Tribune.

Par une manie habituelle aux flatteurs d’assemblée, Barthou s’adressait tout le temps a l’extréme-gauche.

Aprés quelques critiques sur le traité de paix, sous un influx bizarre venu de son fond rancunier, Louis Barthou, Président de la Commission des Affaires Etrangéres, s’exprima tout a coup sur nos alliés anglais avec une violence hargneuse. Millerand

s’était caché sa téte sangliére dans ses mains. « Il faut nous rapprocher des soviets, disait Barthou, il faut faire alliance avec les soviets ». Il oubliait simplement la trahison de Brest-Litovsk et semblait croire que Vamitié de Lénine et de Trotsky, alors toutpuissant en Russie, compenserait le mécontentement des Ministres anglais.

Le plus étrange dans ce mouvement probolcheviste de cette harangue irritée et grincante, était la pauvreté des arguments produits.

Nous devions renverser nos alliances sur Vinjonction de Barthou simplement parce que cela plaisait 4 Barthou. Il semblait peu disposé a admettre que notre obéissance tardat quelques heures.

Tout de suite, la, tout de suite, nous recevions l’ordre de plaquer Angleterre et de nous jeter dans les bras de la Russie, incendiaire, anarchique et barbare.

Pendant ce temps, Aristide Briand se frottait les mains. Son hémibosse en tremblait d’aise. Il rigolait la bouche de travers,

jetant a son voisin des regards en dessous de sommelier narquois, qui guette le fond du Clos Vougeot. Aristide avait, ce jour-la, une bobine incroyable qui tenait du tenancier de bastringue et du photographe.

Capable de toutes les vilenies, Barthou se fait volontiers complice des plus basses combinaisons. Ministre de la guerre d’Aristide Briand, Barthou profita de son passage rue Saint-Dominique pour supprimer la rosette de la Légion d’honneur 4 André Lefévre, le patriote clairvoyant aujourd’hui disparu, sur l’injonction de son patron.

C’est évidemment une petite histoire, au milieu d’événements d’une grande importance, mais elle est symptomatique et elle donne la mesure de Barthou. André Lefévre dut écrire 4 l’Echo de Paris, ot lon avait annoncé son imminente nomination au

erade d’officier de la Légion d’honneur, afin de démentir la nouvelle. Il ajoutait qu’il avait bien été proposé par la commission Fayolle pour cette distinction — a laquelle il avait certes tous les droits — mais qu’au dernier moment Louis Barthou, ministre de la Guerre, avait fait rayer cette rosette A l’Officiel. Le lendemain, un communiqué, assez entortillé, de Louis Barthou, sans nier le fait, l’attribuait 4 la reconnaissance, assurément tardive, de cet usage, d’aprés lequel aucun parlementaire ne doit recevoir de décoration. Ce communiqué respirait Pembarras et aussi la forte blague.

André Lefévre jugea avec raison superflu d’y ajouter le moindre commentaire, qui en edt souligné le caractére piteux et méme maupiteux. Mais, quelques jours aprés, on pouvait lire dans les journaux la note que voici :

« Le colonel Girod, député du Doubs, vient d’aviser le ministre de la guerre qu'il se propose de l’interpeller sur les raisons qui lui ont fait rayer M. André Lefevre, député, ancien ministre de la guerre, proposé par

la commission Fayolle pour officier de la Légion d’honneur, de la liste qui lui a été soumise par cette commission ; il observe que !e décret du 12 juillet comporte les noms d’autres parlementaires et notamment celui du général Tauflieb, sénateur, promu grandofficier ; il demande les motifs qui ont déterminé cette différence de traitement a l’égard de parlementaires qui, les uns et les autres, ont bien mérité de la reconnaissance pu blique. »

Pan, sur la téte du gosse! Pourquoi Barthou n’avait-il pas dit la vérité : a savoir que s'il avait fait rayer a lOffictel le nom d’André Lefévre, c’était tout bonnement sur V'injonction de son président du Conseil, le sieur Aristide, lequel n’avait point pardonné au député d’Aix ses courageuses interventions sur la situation vraie de P Allemagne.

Chacun connaissait, a4 la Chambre, la haine solide que Briand portait a André Lefévre. Il y a, pour cela, un signe certain. Quand un orateur, qu’il déteste ou redoute,

est a la tribune, les yeux d’Aristide de Gréce deviennent blancs, d’un blanc sale, pareil 4 un mur recrépi. Puis, aussité6t avec fureur, du pouce de sa petite main gauche, il commence a fouiller sa narine gauche, évasée comme celle d’un vieux chien, tandis que la droite tambourine son pupitre. 5a hargne se traduit ainsi. I] n’est pas le maitre de ses nerfs. On prétend qu'il l’était autrefois. Je me suis longtemps demandé les raisons de cette extraordinaire Lefévrophobie, étant donné que l’ancien ministre de la Guerre n’avait jamais attaqué personnellement Briand et s’est toujours servi 4 son endroit, dans la presse comme a la Chambre, des expressions les plus mesurées. Mais.

depuis, j’ai compris....

Un peu plus tard, en 1922, éclata le scandale de la Banque Industrielle de Chine.

Louis Barthou était alors Garde des

F.SENNEP

Sceaux. Je lui multipliai mes objurgations, dont il ne tint évidemment aucun compte.

« Monsieur le Garde des Sceaux, lui disais-je, il faut arréter les B. J. C. criminels » — dont Ignace imprimait alors les noms chaque matin. — « Vous avez dans les dossiers déja imprimés et dans les piéces des dossiers, amplement de quoi arréter ces B. I. C.

aristidiens. »

Barthou fit le sourd.

Ignace montrait cependant le fameux Spitzer défini en janvier 1916 par Briand «un des financiers les plus indésirables de tous ceux qui se sont mélés d’affaires internationales », patronné par ce méme Briand et son alter ego Sir Philipp Berthelot le 13 février 1921, pour la « réorganisation » de la Banque Industrielle de Chine.

Barthou était trop au courant des choses pour ignorer que Spitzer était, avant la guerre, un des deux compéres financiers de Caillaux, un de ses collaborateurs les plus précieux. :

Une lettre citée par Ignace le 13 février

1921, faisait apparaitre cette collaboration secrete de Caillaux et de Briand. Barthou était fixé.

On sait ce qu’il advint, et comment Barthou, Garde des Sceaux, sauva, en dépit de nos avertissements, des canailles avérées.

C’est aussi en 1922, au mois de mai, qu’eut lieu la Conférence de Génes, organisée par le juif allemand Rathenau.

Cette conférence était grosse d’innombrables cadavres de Francais et de Frangaises, par lalliance germano-russe, dont elle fut Porigine.

Barthou y fut délégué. Le sort de la France était en jeu. .

A travers les récits des correspondants des différents journaux, on distinguait aisément la soumission de Barthou aux inadmissibles exigences de nos adversaires. Il se soumit. Il accepta dans le duel le dessous du fer. Barthou céda, il revint 4 Paris, conseiller au Sénat francais l’abandon de tout et lacceptation d’une nouvelle invasion germano-russe contre de vagues garanties verbales et branlantes.

L’histoire dira comment, ayant permis la conjonction germano-russe, Barthou fut ainsi l’artisan de la nouvelle conflagration qui jettera en 19.., les Allemands et les Russes sur la Pologne, puis sur la France.

Ministre de Raymond Poincaré — le Nain de Lorraine — Barthou montra une inertie compléte devant la campagne Poincaré-laguerre organisée par |’Anti-France, par Anquetil et feu Gustave Téry.

Barthou craignait de déplaire a la gauche dont il redoutait une revanche électorale en 1924, revanche qui eut lieu en effet, grace a Vinertie du Ministre de l’Intérieur d’alors et aussi grace & l’appui de Louis Barthou. La campagne Poincaré-la-guerre — on sait ce que je pense du nainon lorrain — était faite pour nous représenter comme les auteurs de la guerre de 1914. C’était un acte véritable de trahison qui aurait di étre chatié comme tel; je veux dire déféré aux tribunaux par le Procureur Général. Barthou interrogé sur ce point répondait : « Je n’ai pas de loi. »

L’Humanité, avec des capitaux bolchevistes,

le Populaire du juif millionaire Léon Blum ; ’Guvere de Téry, subventionnée alors par Jean Hennessy, purent poursuivre impunément leur abominable campagne.

A Pautomne 1927 se jouait, entre le communisme, la police de Sdreté générale et le gouvernement, représenté par Sarraut et Barthou, une comédie d’un certain intérét.

Dans cette comédie, il apparaissait que c’étaient les communistes qui étaient roulés, ce qui prouve qu’ils ne sont pastrés malins. Je m’en étais toujours douté, rien qu’a la lecture de leurs papiers et a l’audition de leurs discours.

L’origine de cette comédie était l’exaspération de lVopinion publique contre la trahison communiste, exaspération qui a commencé avec la scandaleuse panthéonisation de Jaurés et qui a continué avec la cam-

pagne de ’Humanité en faveur d’Abd el Krim. J’ai des amis trés chers qui avaient un fils unique a l’armée occupée 4 combattre ce chef barbare, que poussaient et subventionnaient a la fois Moscou et Berlin. Leur colére égalait leur douleur quand ils lisaient les excitations infames de l’ Humanité, ses encouragements a Abd el Krim et quand ils songeaient aux conséquences. Ce qui me frappait le plus dans les Cachin, Doriot et Ce, c’est l’imbécillité avec laquelle ils se lancaient dans des campagnes que j’appellerais « asiatiques », dénuées de toute prévision et de tout bon sens, et qui ne pouvaient aboutir, dans l’état des esprits et la situation politique, qu’a les faire traiter, par leurs amis et alliés socialistes et républicains, comme les hommes du 4 septembre traitérent, en 1871, les Communards, lesquels mettaient leurs doctrines, 4 eux républicains, en action.

Vis-a-vis de cette opinion publique exaspérée, et qui était de jour en jour davantage, les radicaux, a la veille des élections, avaient besoin de prendre une attitude, sinon un

parti. Mais ces troglodytes de la politique agirent avec duplicité, comme de simples Poincarés. La Dépéche de Toulouse ayant deux Sarraut, l’un, Albert, dit le singe-proconsul, lanca le fameux cri destiné a rallier les hommes d’ordre : « Le communisme, voila Y’ennemi. » Cependant que l’autre, Maurice, cimentait le Cartel avec la morve triste de Cachin et la culture rabique de Marty. Or pendant que les Sarraut sarrautaient de cette fagon contradictoire, et en somme peu inquiétante pour lHumanité, le ministre Barthou entrait en conversation. Car il ne faut pas oublier que le ministre Barthou est d’abord un vicieux et un débauché, et qui est allé extrémement loin dans cette direction, comme il arrive aux gens de son Age et de son tiroir de la chiennerie. Le piment, pour ces gaillards, n’est jamais assez pimenté. Ses meeurs spéciales mettaient Barthou dans les mains de la police du méme nom, c’est-a-dire de la police tout court, laquelle était alors farcie de communistes. I] s’'agissait d’empécher |’ Humanité de révéler

le “Protecteun” $e L'Acabeurie -

T.SENNER

lo cardinal & Rickopion (Vaprir PRivippe Be CRampaigne

ce que, les circonstances aidant, a fait connaitre, sous une forme encore atténuée, mais précise, |’ Action francaise (41).

Quand un garde des Sceaux a un dossier infect ou ténébreux — ce qui est arrivé plusieurs fois, depuis Thévenet et Humbert le pére — son intermédiaire tout trouvé auprés de la presse révolutionnaire, pseudo-conservatrice ou radicalisante, dont il redoute les indiscrétions, c’est le Parquet. Je veux dire le Procureur général ou le Procureur de la République de la Seine. Il apparait de fagon claire, 4 la lumiére des événements de juin, juillet et aodt 1927, sur lesquels je reviendrai, que Scherdlin et Prouharam avaient recu de Louis Médor-Barthou, homme au martinet, l’ordre de ménager les communistes. J’en suis d’autant mieux convaincu que j’ai vu de prés, et méme de trés prés, fonctionner Barthou, au moment des tractations entre une policiére connue et le gouvernement, représenté par Bompard, alors’

(1) Voir le Bibliophile Barthou de Maurras, aux Editions du Capiiole.

président de la Chambre des mises en accusation. Barthou n’a certainement pas oublié le discours, concernant Bompard, qu’il tint au député de Paris Daudet, dans les salons de la Chambre, le jour de linterpellation dudit Daudet sur l’affaire Paul Meunier- Bossard, ni ce qui s’en suivit. Qu’il se rassure, le brave Furstenberg! Il aura la mémoire rafraichie sur ce point, ainsi que sur quelques autres. Nous sommes, comme on dit, gens de revue.

C’est ce qui explique que Scherdlin, qui est le type achevé du tartufe huguenot et d’une platitude sans pareille, ait, pour faire sa cour 4 Barthou, imposé la réintégration de Sadoul, qui est un traitre, au conseil de l’Ordre des avocats. Ce fut, au Palais, une stupeur quand on vit le chef du Parquet prendre cette invraisemblable attitude. En agissant ainsi, Scherdlin faisait sa cour a la fois 4 son ministre et a l’élément bolchevisant de la police politique, confortablement arrosé par VPambassade des Soviets a Paris. Les Moscoves — comme disait Flaubert — ne savent

qu’une chose, mais ils la savent bien : payer les complicités. L’ambassade des Soviets a Paris n’est pas seulement un asile a l’usage des assassins de Koutiepoff et autres. C’est une caisse. Il en était de méme au temps de la grande Révolution, de Chabot, et de la Compagnie des Indes.

Lorsque, rassuré par des émissaires de Barthou, Cachin se rendit en prison a la Santé, comme un petit garcon bien sage, dans les premiers jours de juillet 1927 — c’était le plein de la combine — Scherdlin, d’accord avec son ministre, vint en personne le chercher a la Santé et procéder a sa levée d’écrou. Si, Cachin s’imagine que ¢a ne s’est pas vu, je lui fais savoir, moi, que ca s’est vu. Nous sommes au courant des manigances coupables de Barthou, de Scherdlin et du communisme et nous pourrions dire le moment précis ow le pacte a été signé. Mais c’est alors qu’est intervenue, brouillant toutes les cartes, la terrible affaire Sacco-Vanzetti.

Il n’y a rien de plus dangereux, pour un gouvernement, que d’avoir un garde des

Sceaux aux mains de la police de Streté générale, je veux dire de la police des meeurs, laquelle est, avec la police des jeux, le grand moyen de domination de la Streté générale.

Tel fut le cas de Barthou, dans le cabinet dit d’Union nationale. Les renseignements publiés, au mois d’octobre 1927, par le Figaro sur le réle procommuniste de Loriot, chef de cabinet de Barthou et conseiller général de lEure, vinrent confirmer cette remarque et lui ajouter le poids de la précision. Ce Loriot avait appuyé vigoureusement le préfet de Eure, qui venait de rejeter un vceu anticommuniste du sénateur Josse et des députés Le Mire et Join-Lambert. On imagine bien qu’un préfet ne prendrait pas une semblable attitude s'il n’était bien convaincu que les déclarations de guerre de son ministre Albert Sarraut au communisme sont une farce.

Je connais assez Barthou et Scherdlin pour étre parfaitement convaincu qu’ils essayaient de faire, en sous main, le jeu des communistes. Maurras avait immédiatement signalé que les condamnations exorbitantes

dont furent frappés les communistes, condamnations dictées par le Parquet a la demande du cabinet du ministre, étaient desiinées a retourner l’opinion en faveur des communistes. La malice était cousue de fil blanc. Elle ne réussit pas. Les dirigeants de la République étaient coincés entre les injonctions impératives des financiers ameéricains et hollandais, qui avaient décidé a cette époque la destruction des Soviets, et les machinations soviétiques des policiers de Berlin et de Moscou infiltrés, comme en 1917, dans les bureaux de Lebreton (1). Barthou dansait sur la corde roide, et cela aide a comprendre ses extraordinaires imprudences.

Quelques conversations hollandaises que jeus en exil, A ce moment, me permirent de constater que les financiers du sur-capital avaient décidé, fort sagement, d’en finir avec les Soviets et, au besoin, avec |’Internationale n° 2, dite d’Amsterdam. Il n’y aura ni paix, ni finances possibles, tant que seront

(1) Successeur de Dumas 4 la direction des Renseignemenis Générauaz, aujourd’hui a la retraite.

attaqués et menacés le capital, lépargne, l’enseignement et la propriété, tant que la propagande communiste réussira 4 soulever, contre les colonisateurs, les populations de Asie, de l’Afrique, de l’Australie, etc... Ce point de vue est celui de trés hauts seigneurs de cette banque d’Amsterdam, qui contrdéle et soutient plusieurs grands Etats. Ce n’était plus qu’un cri dans ces milieux, d’ot dépendait le sort du petit franc : « Il faut en finir ! » Nous allons, par les chemins les plus courts, a la révolution, ou a la répression. C’est une question de vie ou de mort pour |’Europe civilisée, qui ne peut plus se relever que par Veffort des sur-capitalistes hollandais — et, pour quelques-uns — américains et anglais dont je parle, et qui a, sous les yeux, l’exemple vivant de la malheureuse Russie. Or, ce plan de campagne anticommuniste et antisocialiste fut immédiatement communiqué aux intéressés par la Sdtreté générale de Paris [police politique], d’ou la riposte virulente de Vaffaire Sacco-Vanzetti. En méme temps, |’ Humanité pressait sur Barthou, par

D Sa 4 MOY

ge \

TT 7Zzsuaa Doe a wor Je

a we

Wc

lintermédiaire de Loriot, afin que l’exces extravagant des condamnations de presse discréditat la répression. La est ce que J appelle « la grande Combine »,

Il n’y a pas d’individu plus tragiquement compliqué que Barthou. J’ai pu m’en rendre compte quand j’étais député. Je me suis dit, en voyant la collusion formidable et cynique de Loriot et du communisme, qu’il y a tout de méme, a défaut de justice humaine en France, une Justice divine. Car — je lai expliqué plus haut — c’est par la ténébreuse remise, que fit Barthou, d’une copie des documents verts [Jagow-Lancken et Bethmann-von Schen] a Calmette que Calmette a été assassiné. Dans le méme temps, Barthou faisait savoir a Caillaux son « indignation » contre les procédés parfaitement légitimes de Calmette, homme le plus discret, le plus délicat et le plus courtois de la terre. On peut m’en croire quand je parle ainsi, car j'ai beaucoup connu Calmette, et j’ai assez vu de pres Barthou pour me rendre compte de son extraordinaire duplicité. Je

dirai méme que cette duplicité est pathologique et sadique et telle que d’un personnage de Webster, le grand dramaturge anglais des Ames noires.

Mais nous ferons une autre fois de la psychologie tératologique, si intéressante que soit cette science. Nous avons voulu seulement en rappelant ces faits vieux de plusieurs années, montrer la collusion indiscutable du Parquet, de la Chancellerie et des élus communistes. Tout cela nous a amenés, grand train, A une décomposition, ou, mieux, a une putréfaction de l’appareil judiciaire qui fait de nous un objet de honte et de risée, en face de Vopinion européenne. Quand Barthou qualifiait la Justice de « gangrenée » il en savait quelque chose. C’est encore un magistrat hollandais qui me disait : « Une affaire « comme celle de votre enfant assassiné « serait inconcevable chez nous. D’ailleurs « le sentiment hollandais de la justice est si « vif que nous n’avons heureusement pas de « jury, qui est une machine a sales combi- « naisons policiéres. Au criminel, comme au

« civil, ce sont des magistrats de carriére « qui, chez nous, disent le droit. [ls sont tous « intégres et indépendants. »

La vie politique du garde des sceaux Louis Barthou a parfois des cétés comiques. En aott 1928, alors que le nain Poincaré, au dire de Hutin (1), s’apprétait 4 recueillir les « acclamations enthousiastes » de ]’Alsace- Lorraine — Barthou, Sarraut et Queuille [le laurier] travaillaient, dans le plus grand secret, 4 dominer l’hydre de la vie chére. Je croyais Barthou totalement absorbé par les amours de Victor Hugo et de M™@ Drouet, ‘de M™e Victor Hugo et de Sainte-Beuve, de Richard Wagner et de Mathilde Wesendonck; eh bien! pas du tout! L’éminent collaborateur de Grand Lorrain, affligé par

(1) Journaliste de l’Echo de Paris, thuriféraire des gouvernants de la République.

laugmentation incontestable du prix du gigot et du filet de boeuf — ce, en dépit de la Caisse d’amortissement — méditait, en sa qualité de garde des Sceaux, des restrictions calées et des interventions victorieuses aupres des marchands de détail et, comme dit lV Intransigeant de Bailby, des intermédiaires. Ces académiciens savent tout. Ils sont merveilleux, je vous le dis, admirables en tout point. Ils ont découvert Jonnart, en échange de quelques jetons du Suez. Ils songent a s’annexer un souteneur qualifié, en la personne de notre vieux camarade Aristide Briand. Ils travaillent au dictionnaire et, notamment, si j’en crois les communiqués, aux mots marchand, marchandise, et marche lorraine. Finalement, ils s’attaquent a la vie chére, et méme trés chére, avec un dévouement héroique.

Barthou fit 4 la presse ou, plus exactement, ace qu’il reste de la presse parisienne, les déclarations que voici et qui n’étaient, comme etit dit le pauvre Faguet, rien de moins que rassurantes. Elles étaient rigol-

boches, assurément, surtout quand on connait le scepticisme de Barthou et ce que raconte sa barbe a son oreiller, quand ils sont ensemble.

Mais elles ne donnérent pas du cceur au ventre aux zélateurs de Grand Lorrain et de son cabinet! Elles leur donnérent méme la chair de poule :

« Nous faisons actuellement un travail intérieur — qués aco ? — Nous examinons de trés grosses questions. Nous les prenons une & une, nous en voyons les détails et nous préparons des solutions qui seront soumises soit au conseil de cabinet, soit au conseil des ministres.

« Notre travail doit rester secret, car il y a des décisions qui nous dépassent et d’autres qui seraient sans effet si on les divulguait dés maintenant.

« Pour ces raisons, nous avons décidé de ne faire aucune communication a issue des différentes réunions que nous allons tenir. »

Comme on objectait au garde des Seaux Yimpatience des consommateurs, il reprit

« Je comprends fort bien que l’opinion publique s’inquiéte, mais pour l’instant nous sommes tenus a la plus grande réserve et nous devons observer un silence complet.

« D’ailleurs, terminait M. Louis Barthou, il ne faut pas s’attendre a des miracles. »

On sait assez que Louis Barthou ne croit pas aux miracles et que tel Hanotaux son collégue — et un chouette collégue ! — il ne concoit pas lutilité des ordres contemplatifs. Mais en lisant cette déclaration, je me suis dit que j’avais déja lu cela un certain nombre de fois, dans les journaux de grandissime information et de grandissime bobard, depuis 1920 !

La raison véritable du secret juré entre ces excellents collaborateurs du Grand Lorrain de Lannes, c’est qu ils n’étaient nullement fixés sur les restrictions 4 ordonner, ni sur les résolutions 4 prendre. C’était leur indécision, égale a celle de leur « chef », qui faisait leur hermétisme et leur bouchage a l’émeri.

Tout le monde connait la vieille chanson francaise :

Moi je sais quelque chose..., mais Je ne le dirai pas.

Lorsqu’une demi-douzaine de bons docteurs, réunis au chevet d’un malade, décident de ne fournir aucun renseignement a la famille inquiéte, c’est, invariablement, parce qu ils n’ont su se mettre d’accord, ni sur le diagnostic, ni sur le pronostic, ni sur le traitement. Boileau a écrit magnifiquement, dans une formule définitive :

Ce que Von congoit bien s’énonce clairement, Et les mots, pour le dire, arrivent avsément.

La vérité, c’était que «ces messieurs » — comme disait le juge Barnaud (1) des policiers de la Streté générale — étaient aussi démunis, devant les progrés, essentiellement démocratiques, de la vie chére, qu’ils le seraient devant le cours des astres ou la reproduction des larves de gastéropodes. Leurs airs mys-

(1) Barnaud est le juge qui a saboté la premiére instruction de l’affaire de mon fils assassiné.

térieux n’étaient faits que de leur ignorance. Il faut étre naif comme un lecteur de l’Intransigeant pour supposer une seule minute que Barthou comprit ou put quoi que ce soit a la montée, d’ailleurs logique, des prix de gros et de détail. Ces prix montent parce que le france est déprécié et le franc est déprécié parce que le régime est fichu et que personne n’a plus la moindre confiance dans aucun ministre de la République.

Nous ne croyons plus aux mesures prises contre les affameurs, ces affameurs étant les maitres de la magistrature et de la police.

Nous ne croyons plus aux mesures prises contre les stockeurs, accapareurs, etc., pour les mémes raisons.

Nous ne croyons plus a la prétendue malfaisance des intermédiaires. D’ailleurs, il n’y a pas d’intermédiaires plus malfaisants, ni plus bétes, que les parlementaires républicains.

Nous ne croyons plus a lutilité des restrictions, auxquelles échappent ceux qui les préconisent et les édictent, auxquelles échappe l’Etat républicain.

Nous ne croyons plus a la fable de la lutte contre la vie chére. Une immense quantité de joueurs en Bourse. — dont beaucoup jouent pour le compte de politiciens — ont fait des bénéfices énormes avec les variations du franc et les péripéties ascendantes de la vie chere.

La réalité est celle-ci : du moment que VAllemagne était exonérée des paiements de ses ravages ; du moment que le régime républicain se reconnaissait comme débiteur vis-a-vis de |’ Amérique et de |’ Angleterre — alors que le sol frangais avait été le champ clos de la civilisation — notre ruine et banqueroute était inévitable. L’incapacité de Millerand, de Briand, de Poincaré, de Painlevé, de Caillaux, de reBriand, de rePoincaré, a jeté la classe moyenne de France au gouffre. La classe moyenne de France ne le sait pas encore, parce qu’elle est abusee par une presse mensongere et vile. Mais elle le saura.

De ces souvenirs vieux de quelques années a peine, le lecteur peut conclure ce qu’il con-

vient de penser des déclarations de |’érotomane Barthou quand il joue a l’homme sérieux.

Quelques mois plus tard, trés exactement au mois d’avril 1929, peu de mois avant la maladie du nain de Lorraine, il fut longuement question dans les journaux de Paris et de province d’un projet de loi sur la presse.

‘Ce projet de loi absurde — dans les termes — ignoble — dans les intentions — et scandaleux par tous les bouts, que Poincaré, Barthou et Tardieu eurent l’aplomb de lancer dans leur Matin, eut le succés qu’il méritait. Applaudi par Dubarry et Snell, si bien dépiautés par Maurras, il provoqua chez tous les honnétes gens un mouvement de dégodt. Le truc était tellement visible, la ficelle tellement grosse, argument de « salut public » comme disait la feuille fondée par lassassin Alfred Edwards, si mani-

festement mensonger, qu’on s’est demandé comment les trois signataires avaient pu faire fonds de cette maniére, sur la bétise, ou la lacheté, de la presse frangaise, en lui présentant, comme une amélioration(!) ce baillon abject. Le plus beau c’est que ce chien de Barthou, qui finira, un de ces quatre soirs, dans un drame sadique ou dans la manie aigué — c’est immanquable — est président d’une association de presse parisienne ! Ca c’est le comble, et quand je dis que-ce « projet » rappelle le second Empire agonisant, je calomnie celui-ci. Il était moins hypocrite que le régime tortueux du nain, du chien et du décorateur malencontreux du commissaire Bourdrez, « armature de la République ».

La vérité est que la divulgation des scandales sanglants, ou purulents, répétés depuis environ dix ans, et ou apparait la main de la Streté générale, dans les silences de la presse, comme dans les jugements, arréts et verdicts d’une magistrature pourrie, que cette divulgation, dis-je,

est apparue aux derniers gouvernants de la République comme incompatible avec le maintien de leur régime. L’assassinat de Plateau — certainement policier — celui du petit Armand, dit « Gohary » — certainement policier — celui de Philippe Daudet — ou le réle sanguinaire de la police apparait manifeste en plus de vingt endroits — celui d’Ernest Berger — certainement policier — les assassinats de la rue Damrémont, ceux de Marseille, les assassinats de Bonservizi, de Ridard, de Petlioura, l’enlévement de Koutiepoff, etc., ont démontré, jusqu’a l’évidence, une organisation de meurtre, dont la racine est dans les bureaux de la rue des Saussaies, que commandait le sinistre Delange, appuyé sur les fonds secrets, a Paris. Si la conduite de Delange n’avait pas paru plus que suspecte & un magistrat aussi servile que Scherdlin, alors procureur général de la Seine, il n’aurait pas perquisitionné chez ce fonctionnaire, le 22 mars 1924, aux cdtés du juge d’instruction Barnaud, pour découvrir ce rapport Comps, adressé a Delange, prou-

vant la préméditation du meurtre de Philippe, et qui fut saisi dans le coffre de Marlier, expédié en Corse, le 9 aotit 1924. Je tiens, de la bouche de Scherdlin lui-méme, cet aveu saisissant, et qu il ne saurait renier : « Si Marlier, Lannes et Delange, monsieur « Daudet, ne sont pas les effroyables cri- « minels que vous dites, ce sont, en tout cas, «les plus abjects menteurs que la terre « ait portés, »

Par ailleurs, laffaire du Bonnet rouge avait fait la preuve de la connivence indéniable — dans |’affaire des mutineries militaires de mai et de juin 1917 — de l’organe de Caillaux, de Malvy et de Cahen de Caiffa avec le grand quartier général allemand a Charleville. Painlevé a bien pu, sinistre veau, rappeler Caillaux au ministére des Finances, ou le mari de la Tueuse ne fit que précipiter la chute du franc ; Poincaré, sauveur du franc 4 quatre sous, a bien pu donner du « patriote » 4 Malvy, héritier de sa maitresse Nelly Béryl, fille de maison de rendez-vous; la Cour de cassation a bien pu « réhabiliter »

Leymarie, compére de Landau et de Marion, Leymarie, directeur de la Streté générale, condamné A deux ans de prison dans le méme temps que Landau, Marion et Goldsky étaient condamnés a des huit et sept ans de bagne — avec cing ans d’interdiction de séjour — dont Poincaré les a ilégalement dispensés. Ces stigmates n’en subsistent pas moins, dans la chair de ces bandits, mélés au sang de Calmette, que versa sauvagement, incitée par son mari, la femme a Caillaux.

Comment faire taire ces souvenirs récents ?

Comment faire oublier au peuple frangais cet amas d’horreurs, ce fumier digne des « grands ancétres », ces travaux accomplis par la descendance de Fouché, de Barrére et de Carrier, ces crimes patents ?

Telle est certainement la question que se posérent Poincaré le nain et Barthou le chien, avant de rédiger leur projet de loi. Ils durent consulter Mouton, le Mouton, ex-directeur des Affaires criminelles, le Mouton de automobile de la Gazette du Franc, et aussi VYombre de Monier, premier président de la

Cour d’appel, qui vivait des subsides du traitre Bolo — fusillé depuis — et des paquets de dix mille francs qu’il exigeait dans les procés portés devant sa juridiction de coquin. Entrainé par le poids des sanglantes infamies, accumulées depuis dix ans et davantage, Poincaré, tel Macbeth, en descendit 1a, lui qui se donnait — 6 dérision — comme un juriste — le juriste de Lannes et de Marlier.

En d’autres termes, quand un régime est en accusation avec un tel bagage de trahisons, d’assassinats et de vols, il ne lui reste plus qu’une planche de salut — du moins le croit-il — : museler la presse demeurée indépendante de sa police et de ses financiers marrons.

La était indubitablement l’origine du mauvais coup imaginé par Poincaré et Barthou.

Il s’agissait non de faire taire les Anquetil, qui, étant en service commandé, passeront toujours entre les mailles des législations d’exception et de circonstance. II s’agissait de supprimer, par le garrot du tribunal civil et de la « matiére sommaire », les journalistes

qui osent s’insurger, quand on tue leurs amis ou leurs enfants, qui osent encore dire que les attentats politiques se combinent dans Vantre de la police politique (affaires Plateau et Philippe Daudet) et que les attentats contre la Défense nationale s’y trament également.

Les autres moyens ayant échoué contre Action francaise, Poincaré et Barthou avaient imaginé ce bon truc, qui réjouissait quelques forbans de plume. Ceux-ci se réjouissaient trop vite. Force fut bien, apres l’énergique et lumineuse campagne de Maurras, et les remarquables articles de Camille Aynard dans la Liberté, de jeter au panier cet infect projet.

Ce qui me parut extraordinaire 4 ce moment, ce n’est pas que le Garde des Sceaux, Louis Barthou, traqué, pour ses mcoeurs sadiques, par la police — et qui ne saurait résister A la révélation de ses stupres — ait signé cette ordure de circonstance. Il ne pouvait pas faire autrement. Ce qui me parut extraordinaire, c’est que Poincaré-le-nain ait suivi...

Quelle est donc la chaine ?

Page 1