TOUS
Oui, oui, à l'escamotage de la demoiselle.
{Pendant ce dialogue , Badin a ouvert la porte ; il remet adroitement la clef dans la poche de Gobinart et disparaît ai^ec Thérèse, )
RAPHAËL
Volontiers -^ mais avant tout revenons au tour de la clef; je vais la faire passer du gobelet dans la poclie de monsieur Gobinart... Regardez bien ce tour-la.. Passez.. Elle est arrivée; cherchez. GOBINART, (montrant la clef.) En effet, le tour est joli.
RAPHAËL, (a Badin.) Apportez mes deux petits gobelets.
^ Badin apporte deux grands gobelets que l'on place sur la
table. )
GOBINART.
Cet homme -la ne doute de rien.
( 20 ) RAPHAËL
C'est que je n escamote pas comme un autre.
Je n ai pas encore rencontre votre pareil. Jai cependant vu Lien des escamoteurs...
RAPHAËL
11 n'en manque pas. On ne voit que de ça.
Air : Voilà la manière.
De l'escamotage L'on fait un me'tier.
Ce prêteur sur gage Ce banqueroutier.
Cet adroit joueur Qu'un malin compère seconde ,
Et ce fournisseur Dont on parle tant à la ronde; Sans compter , je pense , i Tous les procureurs
; Grand Dieu ! dans la France
; ^ . Qu6 d'escamoteurs.
{A Gobinart, ) Monsieur , avez-vous plusieurs enfans ?
GOBINART.
Monsieur, j'ai une fille.
RAPHAËL
Elle est fort jolie, je le sais... En voulez-vous d'autres?
GOBINART.
Mais oui , je ne serai pas fâche , j'aime Leaucoup les enlans.
RAPHAËL
Je prends un peu de poudre que je pose là... {On pose le bout du doigt sur un gobelet) Enlevez. {On enlèi^e un gobelet sous lequel se trompe un petit Chinois) Un enfant pour M. GoLinart.
C'est délicieux !
RAPHAËL
Sous celui-là de même, un peu de poudre. Enlevez. ( // lèi'e le second gobelet sous lequel se trouve un autre petit Chinois, ) Encore un enfant pour M. GoLinart. ( On replace les gobelets. ) En voulez-vous encore?
GOBINART.
Non, non, en voila assez. -f^
RAPHAËL. ^^- -,
Pardonnez-moi, M. Gobinart, il vous en faut encore.^ Allons ,
Archives de la Vi!ie de Bruxelles ArchiefvandeSîadBrussel .
|utt.jieiuie.ÇLCiii(lre. Enlevez. {On enlève un gobelet sous lequel isa^ip^mi^m deux petits Chinois,) Deux enfans pour monsieufr |Gabinai:L -, ,..^»
\ GOBINART. \
^ C'est dejplus fort en plus fort. \
^^:^'« ■"'■ M-^^^- *'** ^£ivnAEi.^avec vii^acité, 11^ Un moment , vous n'avez encore rien vu.
I GOBINART.
Comment, vous croyez?
RAPHAËL
Je vais maintenant m'escamoter moi-même.
Plaisantez-vous ?
RAPHAËL
Non, parLleu ! mais je ne fais jamais ce tour sans prendre un compère ; et vous allez m'en servir.
GOBINART.
Monsieur, vous me faites beaucoup d'honneur.
RAPHAËL
Prenez ce gobelet. (GoLinart prend le gobelet.) Couvrez-moi.
GOBINART.
Comment, vous voulez que je vous mette la-dcssous?.
RAPHAËL, montant dessus la table.
Il le faut bien. A votre commandement, je partirai comme une muscade.
GOBINART.
La muscade est un peu grosse. (On couvre le gobelet avec le gobelet.)
BADIN
Commandez, monsieur Gobinart?
GOBINART.
Qu est-ce qu il faut dire ?
-— '■■""■•""■'■ '^■■^'"■"'''^■'^'' BADIN. " I
Passez. l
Passez. (Badin lève le premier gobelet, Raphaël est disparu. Il lève le deuxième, Raphaël s'y trouve.) Ah! bravo! bravo !
RAPHAËL
Ce n est pas tout, couvrez-moi encore. (Badin le couvre. ) J
Ou voulez-vous qu il passe , monsieur Gobinart. Parlez , vous serez obc'i.
GOBINART.
Ou je veux quil passe ? ça dépend donc de moi?
BADIN
Absolument.
GOBINART , à part.
J'ai tien envie de l'attrapper, pour m'assurer s'il est verilaLlement invisible. (// cherche des yeux un endroit et fixe la corbeille de fieurs qui est sur le guéridon.) Eh Lien , Monsieur, je désirerais le voir passer dans cette corbeille de fleurs.
BADIN
C'est très-facile.
( // va pour lever la corbeille. )
GOBINART , V arrêtant.
Un moment., il y est peut-être déjà.
BADIN , ramenant au gobelet.
Je vais vous convaincre du contraire. (Il lève le gobelet à moitié. On aperçoit Raphaël.) Maintenant dites passsez !
Passez !
{Badin va lever la corbeille , Raphaël s'y trouve habillé en Chinois. Il est placé comme une Pagode. ) Et il n'y a plus rien la-dessous. ( Il renverse le gobelet. )