SCÈNE
RAPHAEL-BEAUJOUR, THÉRÈSE, au fond.
RAPHAËL
Enfin, me voilà au rendez-vous ! (// appelle.) Thérèse !.. Thérèse ! Elle ne m'entend pas. Quoiq ça, c est une drôle de chose que la manière ingénieuse dont j'ai fait sa connaissance. TRÉRÈSE , claiis le fond.
C'est vrai.
RAPHAËL
Dans not' état de vitrier-peintre et doreur , nous avons un certain vernis de politesse , et nous savons dorer la pilule en encadrant la malice et T sentiment sans qu ça paraisse. J'avais distingué au travers de ses carreaux d' vitre sa p tile mine chifïbnée , ses yeux passionnés et son nez aquilin , à laRoxelane, sans compter quelle chante !.. Dieu ! quelle telle voix ! je m'y connais, moi qu a joué la tragédie bourgeoise , rue Chantercine.. Enfin , comment pénétrer dans la maison ? L'amour est aussi inventif que téméraire , je lance des pierres dans ^t^ carreaux , j'en casse six.. . ^ , THÉRÈSE , à part.
Je m'en souviens.
RAPHAËL
Le père jure , j' profite de l'occasion , et j' m'introduis dans la maison , en ma qualité d' vitrier , pour poser les vitres absens... j' donne dans l'œil de la demoiselle.
THÉRÈSE
Comme tous ces hommes sont suffisans !
RAPHAËL
Le père descend., je soupire !.. la fiJle sourit !.. je l'embrasse., elle pâlit !.. je respire !.. elle rougit !.. et voilà.. A présent , comment iàire? Le même moyen nepeutpas me servir. Nous nous écrivons des lettres sentimentales., mais c'est plus çà , faut en finir. THÉRÈSE, Fc montrant.
Comment , monsieur , faut en fiiiir !
RAPHAËL, siirpris.
Quoi ! vousm'écoutiez, ma chère Thérèse.
THÉRÈSE
Certainement, je vous écoutais.
RAPHAËL
Vous me voyez brûlant d'amour et glacé d'effroi.
THÉRÈSE
Pourquoi ?
RAPHAËL
Parce que je crains de vous perdre,
THÉRÈSE
Vous avez raison , papa veut me marier.
RAPHAËL
Avec qui?
THÉRÈSE
Je n en sais rien , ni lui non plus.
RAPfL\EL.
C est ton , j' vais trouver mon rival , et nous verrons.
THÉRÈSE
Écoutez donc, j'allais m' décider a parler d'vous a mon père, mais il ma interrompue pour me dire : Ma fiUeV^l te faut un mari distingue, un homme qui ait de quoi. Je tai amassé une jolie dot, je n veux pas la sacrifier.
RAPHAËL
Oui, je sais qu il vous donne une dot de q\iaîre cent francs , mais croyez que ce n'est pas votre fortune qui m'éLouit.
THÉRÈSE
Enfin , papa m'a dit : je te clioiârai un homme riche ou un homme a talens : je n veux pas que tu sois la femme d nn ignorant j vous v'ia frais , mon pauvre KaphaëJ.
V RAPHAËL
Air ; Vaudeville de l'Etude.
,. ,. Cela finira, je Tespère,
Mais c'est vraiment pour en mourir.
Le jour je ii'pens' qu'à toi, ma chère, Et la nuit je n'peux plus dormir.
THÉRÈSE
J'te fais la même confidence ,
C'est vouloir nous sacrifier,
Car nous do niinoiis niieux , je pense,
Si Ton voulait uous marier.
Jai pense a vous toute la matinée, j'ai chanté ces jolis couplets bordelais que vous m avez appris ; vous savez Lien , ceux que vous aimez tant.
, RAPHAËL
C'est Lien naturel, n'est-ce pas, la chanson du pays P.lThérèse, etes-vous Liensure demamierr
THÉRÈSE
Pourriez -vous en douter.
RAPHAËL
Eh Lien , si vous voulez me seconder ; à vous n êtes pas assez
faible pour ra abandonner , si vous ave/, la force de dire non, vou serez ma femme.
THÉRIISE.
Et vous serez mon mari ?
RAPHAËL
Sans doute , Tun ne va pas sans l'autre. J'suis bon vitrier , mais peintre assez obscur , quoiqu a la détrempe. Attendez , mon génie travaille , cane sera pas long; je vais vous quitter, pour exécuter mon projet. Vous savez que j m'appelle Raphaël Bcaujour.. Nous dirons a votre pcre , monsieur Gobinart, que je descends direclement ou indirectement, çà m'est égal, du iiameux Raphaël, ce peintre en miniature.-.
THÉRÈSE
Comment ! vous voulez faire un mensonge ! Si Ion ne vous croyait pas?
RAPHAËL
Soyez tranquille.
Air : Mon pays awant tout.
Comme vous , je sais bien , ma chère , Que trun menteur on doit se défier.
Lorsque je mens, c'est que c'est nécessaire. Mais je n'en fais pas mon métier, (bis.) Dans mon pays on connait la franchise , Ciiaque habitant la trouve de son goût -, La vérité fut toujours ma devise :
Je suis gascon , mon pays avant tout.
THÉRÈSE
Voila mon père, si je pouvais rentrer sans être vue ! ( Gobinart sort , Thérèse passe derrière lui et rentre à la maison. )