‹ Le gascon: drame en cinq actes, neuf tableauxChapitre 106 sur 126 · ACTE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

ACTE QUATRIÈME

LA REINE

Et c'est aujourd'hui seulement que vous me dites cela?...

Majesté... noas attendions... nous espérions...

LA REINE, iodigoée.

Vous espériez?... Et depuis quand des hommes d'État jouent-ils l'avenir et la vie de tout un peuple sur une espérance? Ainsi, c'est sur des éventualités que vous m'avez laissée m'engager. .. que vous m'avez poussée dans cette voie fatale. (Avec des larmes.) Je ne suis qu'une femme, moi, presque une enfant!... Je devais donc compter sur votre loyauté ! sur votre sagesse à vous tous pour me conseiller, pour me diriger... et vous m'avez abandonnée à moi-même. (Avec force.) Milords, VOUS avez mal agil

MAXWELL

Madame...

LA REINE

Vous m'avez laissée glisser jusqu'au bord de l'abîme, j'espère que, du moins, vous m'empêcherez d'y tomber.

MAXWELL

Oui, madame. Un mot que vous venez de prononcer m'a tracé la route que Yolre Majesté et nous devons suivre.

LA REINE

Parlez.

MAXWELL

Vous êtes une femme, presque une enfant, avez-vous dit? Et c'est vrai! Et il ne suffit pas, en effet, de la main gantée d'une femme pour tenir un sceptre affaibli par tant de secousses; il vous faut un bras plus fort pour y appuyer le vôtre!... Prenez donc un soutien, madame, à qui incomberont tous les périls et toutes les responsabilités!... Donnez un roi à l'Ecosse I

LA REINE, amèrement.

Ah! je comprends I II s'agit encore de me marier, n'est-ce pas?

MAXWELL

Oui, madame.

LA REINE

Et qui me proposez-vous?

MAXWELL

Lord Darniey, !e cousin de Votre Majesté.

LA REINE, à part. '

Encore! Toujours!

Elle s'éloigne instinctÎTement de Oarnley.

MAXWELL

Lord Darnley est Tidole de votre peuple ; les puissances de l'Europe vous sauront gré de ce choix. Et croyez -moi, madame, si elles hésitent à jeter ouvertement dans la balance le fer de leurs épées, elles n*hésiteront pas du moins à j jeter Ter de leurs coffres.

LA REINE, viTAment.

De l'or? de l'or peut donc toat sauver? (Arec joie.) Oh! mais s'il ne s'agit que de cela, je vous en donnerai. Prenez mes biens, je vous les abandonne ! Notre noblesse est riche, elle les achètera!... On fondra mes vaisselles d'argent, on fondra mes bijoux... On fondra mes couronnes... Et tenez... tenez... ces diamants!... ils me brûlent à cette heure!... (Les arrachant et les lenr jetant.) Prcnez-lcs aussi!... mais laissez-moi ma liberté!... mais laissez -moi mon cœur. Ces biens-là je les garde!...

Ellâ sort rapidement.

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