‹ Le gateau des reines comedie en cinq actes, en proseChapitre 25 sur 109 · ACTE II · texte numérisé non relu

ACTE II

LE VALET

Monsieur le marquis de Saint-Hilarion.

MADAME DÉ PRIE

Dites-lui que j'ai la migraine. (Le valet sort un instant.)

LE SECRÉTAIRE, lisant.

« Cour de Danemark. »

Toujours au feu! (Même jeu du Secrétaire. — Au Valet qui entre. ) Qui

demande audience ?

LE VALET

Monsieur le comte de Sainte-Maure. Faut-il l’introduire?

MADAME DE PRIE

Gardez-vous en bien! Dites-lui que je suis aux eaux. (Le valet va se retirer; elle le rappelle.) Lorrain ! si monsieur de Sainte-Maure vous demande quelles eaux... dites-lui... Dites-lui celles qu’il

lui plaira. (Le Valet sort.)

LE SECRÉTAIRE, lisant tonjours.

« Cour de Portugal. »

MADAME DE PRIE

Plus que jamais, au feu !

LE SECRÉTAIRE* après avoir jeté la lettre au feu.

Madame la marquise veut-elle m’autoriser à lui donner un avis ?

MADAME DE PRIE

Quel est cet avis ?

LE VALET, rentrant.

-Madame la marquise veut-elle recevoir monsieur le baron llennuyer?

MADAME DE PRIE

Quel nom!... Jamais! mais jamais! .. Le Baron Hennuycr !

LE VALET

Üue lui dire?... car il prétend...

MADAME DE PRIE

Dites-lui de conjuguer son nom à toutes les premières personnes de chaque temps. (Le valet va se retirer.) Lorrain, ceci pour M. le gouverneur de la Bastille. (Elle lui remet un pii, le valet sc relire. — ■ A elle-mèmo. ) Un pauvre diable de poète qui a fait une épigramme contre moi. Je lui rends la liberté... après cinq mois de cachot. 11 n’a pas assez d’esprit pour <jue je l’y laisse davantage. (Haut.) Voyons votre avis, monsieur le Secrétaire : quel est cet avis?

LE SECRÉTAIRE

Puisque vous brûlez sans distinction chacune de ces dépêches, ne serait-il pas plus simple, madame la marquise, de les jeter toutes au feu d’un seul coup?

ao

MADAME DE 1>(IIE

Mil foi! vous avez raison : au feu lout ce qui reste!

(Le Secrétaire jette en masse toutes les lettres qui étaient sur le bureau.

La Marquise rit aux éclats.)

LE VALET* rentrant.

Madame la marquise veut-elle recevoir le duc de Matanzas, grand d’Espagne?

MADAME DE PRIE

Oh ! celui-là... diles-lui que je suis morte de ce matin. Ah ! Lorrain ?

LE VALET

Madame la marquise.

MADAME DE PRIE

Et enterrée.

LE VALET

Oui, madame la marquise, (u ». pour sortir et rcTi.nt.) Il y a aussi dans l'antichambre un jeune officier de dragons.

MA DAM E DE PRIE

Est-il blond?

LE VALET

Non, madame la marquise, il est brun.

MADAME DE PRIE

Je ne reçois pas.

LE VALET

11 vient chercher, dit-il, la réponse à une lettre écrite à monsieur le duc.

MADAME DE PRIE

Dites-lui que notre courrier est parti. (Regardant le feu.) Sa réponse doit être en route. Vous a-t-il dit son nom?

LE VALET

M. Le Tellier, comte d'Estices. *

MADAME DE PRIE, à part.

M. Le Tellier!... ce jeune capitaine de dragons qui, sans me connaître, s’est battu pour moi à Wissembourg, qui a été dangereusement blessé?... (Haut.) Faites entrer; qui^toutes les portes lui soient ouvertes, mais qu’on les ferme derrière lui. Je ne reçois plus personne. (Le valet ei le secrétaire sortent.) Voilà comme j’aime les audiences : celles-là ne prennent pas de tems. Le duc se fait bien attendre! Qu’ont-ils résolu lui et le cardinal Fleury? c’est que tout mon avenir e>t là. Maudit cardinal! quatre-vingts ans... et il ne... et il se porte à merveille !

LE VALET, annonçant.

Monsieur le comte d’Estrées!

* On prononce d’Étrce.

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