LE TELLIER, MADAME DE PRIE
LF. TELLIER.
Madame la marquise, vous excuserez la témérité...
MADAME DE PRIE
Un dragon est toujours excusable d'être téméraire : sans cela, serait-il dragon?
LF. TELL1ER.
Vous m’encouragez!... Voulez-vous me permettre d’être un peu... impertinent?
MADAME DE PRIE
Je vous en prie, mousieur.
Vous ètes.jeune, vous êtes fort jolie, fort séduisante. .
MADAME DK PRIE.
J’attends l’impertinence.
Eh! bien, je suis obligé de vous dire que j’ai rencontre une jeune femme presque aussi b< llc, presque aussi séduisante que vous, et...
MADAME DE PRIE
Et?...
Et je l’aime.
MADAME DE PRIE
Vous aimez?... (eüc soupire. ) Allons! il y a encore des pays oii l’on aime : ce doit-être bien loin.
Oui, madame, aux frontières.
MADAME DE PRIE
Mais, voyons, monsieur Le Tellier, vous m’avez dit qu’une femme était aussi belle, aussi séduisante que moi. Je vous ai pardonné l’impertinence; mais je vais vous répondre avec franchise. *
Impertinence pour impertinence.
MADAME DE PRIE
Vous avez fait vos premières armes sous la régence; vous avez été le protégé de monsieur le duc d’Orléans et du cardinal Dubois.
Et ce qui le prouve, c’est qu’ils n'ont jamais rien fait pour moi, ni l’un ni l'autre.
MADAME DE i'RIE.
Vous ne me persuaderez-pas qu’il vous reste assez d’illusion pour vous croire aimé de cette femme si rare, et que je voudrais bien connaître.
Madame la marquise, je me crois aimé.
MADAME DE PRIE
Vous êtes jeune, monsieur Le Tellier.
.Malheureusement celle que j’aime, et qui m’aime, est d J une naissance...
MADAME DE PRIE
Qu’importe la naissance? toutes les jolies femmes descendent des Montmorency.
C’est que je veux me marier.
MADAME DE PRIE
Vous marier?... Oh! mais alors, il fallait le dire tout de suite! Voyons, vous dites que la femme qui vous adore est d’une naissance obscure, et que vous venez, vous, monsieur Le Tellier, un neveu du maréchal, du duc d’Estrée, vous venez, dis-je, demander au prince, par mon entremise, la permission de vous mésallier?
Non, madame, la naissance de celle que j’ai distinguée est, au contraire, si élevée, que je ne me crois pas le droit de lui offrir mon nom et ma main avant d’avoir obtenu la haute faveur que j’accours solliciter de monsieur le prince de Condé, par votre puissante intervention.
MADAME DE PRIE
Mais elle est donc bien noble?... Mais elle est donc bien belle?
Ailleurs qu’ici, je répondrais la plus belle des femmes.
MADAME DE PRIE
Vous m’intéi essez !... continuez. *
lih bien! madame, je suis de bonne maison, vous le savez; mais pour m’allier à une aussi glorieuse famille que celle où je voudrais entrer, j’oserais demander d’être créé duc et pair. Ce litre avait été promis à mon père par le feu roi ; il allait en signer le brevet quand la mort l’enleva. Le brevet demeura dans les cartons.
MADAME DE PRIE
Où il repose encore. Voilà ces cartons, (eiic indique «ne rangée de