ACTE I
Si, toutefois, on le veut bien à Versailles.
MARIE
Craindriez-vous encore?
Il faut toujours craindre ceux de qui l'on dépend.
STANISLAS
Puisque monsieur de Bourbon protège les jeunes officiers, et qu’il est devenu aujourd’hui, par la mort du duc d'Orléans, le premier ministre de Sa Majesté, nous avons tout lieu d’espérer que votre mariage avec ma chère Marie n'éprouvera plus ni résistance ni retardement.
Je suis personnellement, je l’avoue, peu connu de monseigneur le duc de Bourbon ; et s’il faut tout vous dire, je lui ai écrit, il y a un mois, au sujet de notre mariage...
MARIE
Eh bien?
LE TELLIBR.
Il ne m’a pas répondu.
STANISLAS
Ceci, mes enfants, ne laisse pressentir aucune mauvaise disposition de sa part. Un ministre a tant d'affaires ! Celles de l’Europe passent avant votre mariage.
Et l’on sait, d'ai Hoirs, que monsieur de Bourbon, très-violent en apparence, très-faible au fond, se laisse aveuglément conduire par madame de Prie.
MARIE
Quelle est donc cette marquise de Prie, dont je vous entends si souvent parler?
GERTRUDE, »’ approchant.
Je ne serais pas fâchée non plus de savoir...
LE TELLIER, gène dana «a répouae.
C'est... c'est...
STANISLAS
Ah ! mon Dieu! c’est... c'est tout simplement le premier ministre du premier ministre !
MARIE
Ah! — N’est-ce pas à l’occasion d’un propos tenu sur elle que deux jeunes officiers de notre garnison de VVissenibourg se battirent à l’épée et que l’un d’eux fut assez grièvement blessé à la poitrine?
LE T EL LIE R, fort embarrassé.
Oui... je présume... il me semble...
MARIE
Le nom de madame de Prie fut alors prononcé. Je voulais vous demander quelques détails ; mais vous fûtes obligé de vous absenter pendant quinze jours.
Précisément... c’est cette madame de Prie. Un officier l’avait insultée, un autre officier prit sa défense : cela arrive tous les jours.
STANISLAS, à part, en regardant Le Tellicr.
11 est bien embarrassé !.. Est-ce que cette madame de Prie?...
Je vous le répète, je ne connais pas du tout madame de Prie. Mais, vous venez de le dire, on veut bien se rappeler maintenant les anciens services rendus, et ceux de mes aïeux sont écrits partout : oui, peut-être, ainsi que vous le pensez, n'éprouverai-je plus d’obstacle à m’unir comme mon cœur le désire. Du reste, dans dix jours nous saurons à quoi nous en tenir. Je saurai si j’ai été enfin assez heureux pour obtenir ce titre qui me placera à un rang plus élevé que celui que j’ai, au rang que mérite celle qui veut bien s’unira moi... quoiqu’il sera toujours bien éloigné au rang suprême auquel...
STANISLAS
Encore une fois, laissons les rangs. Vous avez la première place dans mon cœur pour avoir versé votre sang à côté de moi, en défendant ma vie, à la tète de cette brave légion française venue en Pologne... armée trop peu nombreuse pour vaincre, trop brave pour no pas laisser un nom glorieux dans l’histoire des grands dévouements. Enfin, dans dix jours...
Je serai à Versailles.
MAIU E.
Vous devriez déjà y être, monsieur.
STANISLAS
Très-bien !
MARI E
En vérité , vous semblez mettre bien peu d’empresscinciit à faire ce voyage.
Ce reproche !
MARIE
Voyez! vou< deviez partir il y a huit jours; puis c’était