‹ Le gateau des reines comedie en cinq actes, en proseChapitre 71 sur 109 · ACTE IV · texte numérisé non relu

ACTE IV

MADEMOISELLE I»E VERMANDOIS

J'accours, mon frère, au miracle que votre lettre m’a annoncé à FontevrauL (Elle » - 3«.ie<i.)

LE DUC; debout.

Je vous remercie de cet empressement. Je sais, ma sœur, combien il a dù en coûter à la simplicité de vos habitudes : quitter le cloître pour venir ceindre la couronne!... Aussi ai-je beaucoup compté sur votre affection pour moi, en demandant ce grand sacrifice à vos goûts modestes, studieux.

MADEMOISELLE DE VER M AN DO IS

Tous les goûts disparaissent devant la haute mission de gouverner une nation comme la France.

LE DUC

(louve mer?

mademoiselle de vermandois.

Gouverner. Depuis le cardinal de Richelieu , la forte épée de la noblesse a été brisée, et sa large et puissante lame était seule capable d’arrêter l'insolence des ennemis du trône et les nôtres.

LE DUC, A part.

Quel langage!... J etais loin de m’attendre... (liant.) Ma sœur, vous rappelez là des temps et des choses dont la vigueur épuisée ne saurait renaître.

MADEMOISELLE DE VERMANDOIS

Elle peut renaître sous une volonté inflexible, indomptable... semez du fer, il naîtra des épées.

LE D U C , à part.

Mais qu’entends- je !... Et la marquise qui m’écrit... (naui.) L’esprit humain a marché, il faut le suivre.

MADEMOISELLE DE VERMANDOIS

H faut l'arrêter!

LE DUC

Des mœurs plus douces veulent une autorité plus tolérante.

Oui, plus tolérante, et vous aurez, après le règne fastueux mais tourmenté de Louis XIV, l’interrègne efféminé, impie, abominable du régent... l’interrègne qui vient de finir. Après les poètes, les femmes; après les femmes, les courtisanes. Qu'aurons-nous sous Louis XV, successeur du régent?

LE DUC

Mademoiselle de Vermandois oublie que je suis le premier ministrè de Louis XV, successeur du régent.

MADEMOISELLE DE VERM Ali DOIS.

Vous vous trompe/., mon frère, vous n’enètesque le second : le premier ministre, c’est...

LF. D U C, avec violence.

Ma sœur! (l« panneau de gauche s'ouvre, le Duc aperçoit madame de Prie qui inet son doigt sur ba bouche comme pour engager le Duc à ne rien dire. Le Duc fait un s gue de surprime suivi d’un signe d'assentiment.) Après tout, IDcl

sœur, est-ce bien le moment de s’occuper de ces graves questions de politique ?

MADEMOISELLE DE V E RM A N DO I S, se levant et passant à droite

Vous avez raison, d’autres soins me réclament. Ne pouvant douter de mon ejnpressement à me rendre à ses désirs, et prévenu par vous de mon arrivée à Versailles, le jeune roi doit m’attendre.

LE DUC

Certainement, ma sœur, et avec, une impatience! (a part.) Qu’avons-nous fait?

MADEMOISELLE DE VERMANDOIS

Impatience bien flatteuse pour moi, bien dangereuse peutêtre!... un roi a le droit d’être difficile.

LE DUC

Après vous avoir vue, ma sœur.

MADEMOISELLE DE V E R M A N D 01 S

Je me rends de ce pas auprès de Sa Majesté.

LE DUC

Madame la duchesse de Villars aura l’honneur, — c’est sa charge à la cour, — de vous présenter au roi. A son tour, puisse-t-il vous plaire! car vous avez aussi le droit...

MADEMOISELLE DE V ERM À NDOIS.

Que les flatteurs et les corrupteurs qui l’entourent fassent plutôt des vœux pour que ce soit moi qui 11e lui plaise pas. A bientôt, monsieur mon frère, à bientôt.

LE DUC

A bientôt, ma sœur! (Mademoiselle de Vermandois sort par le fond.)

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