I.E DUC
Ah! marquise, vous êtes un ange... non, un démon.
MADAME DE PRIE
J'aime mieux cela... c’est moins commun.
LE VALET, remettant une lettre au Duc.
De Son Excellence l’ambassadeur d’Espagne, (u tort.;
MADAME DE PRIE
De l’ambassadeur d’Espagne?
LE DUC, lisant.
« Monseigneur, le sentiment de convenance qui vient de faire » ramener à Versailles la jeune infante n’efface pas l'outrage » commis envers la nation que je représente'. Mes devoirs sont » tracés : j'ai d'abord l'honneur de vous prévenir du prochain
» mariage de cette même infante, que votre cour a dédaignée, » avec Joseph I* r , roi de Portugal. » Son mariage!
MADAME DF. PRIE, glacée d’élonncnient.
Elle aussi nous échappe!
LE DUC, lisant.
« Comme c’est moi, monsieur le Duc, qui ramène l’in- » faute à Madrid, je vous prie de faire préparer immédiatement » mes papiers... » Ses papiers! mais c’est une rupture avec l’Espagne.
MADAME DE P R l E, désespérée.
Allons, mademoiselle de Vermandois triomphe.
LE DUC j accable, s'asseyant à droite.
Oui, elle triomphe! car quelle autre femme donner maintenant à Louis XV? il était écrit là-haut que nous devions périr étranglés par ce mariage que nous avons noué nous-mêmes.
MADAME DE PRIE, s'asseyant A gauche.
Ah! comme nous le disions il y a un mois, si notre jeune prince, l’esprit et le cœur occupés de quelque caprice romanesque et charmant comme son âge, eût pu rester insensible à la beauté de mademoiselle de Vermandois, s’il eût repoussé de lui-même ce funeste mariage... ,
le duc. ,
Mariage qui nous tue!... (se levant.) Tenez, marquise... oui... oui ! vous avez raison... je crois qu’en ce moment de défaite et de désespoir, plutôt que d’unir le roi à ma sœur, plutôt que de donner une pareille reine à la France , je glisserais sur quelque innocente fantaisie de notre jeune roi... je fermerais les yeux.