‹ Le gateau des reines comedie en cinq actes, en proseChapitre 80 sur 109 · ST U R M ER · texte numérisé non relu

ST U R M ER

Oui, généreusement !

LE DDC.

La Franco n’a fait que son devoir, sire, en s’engageant à vous donner de quoi vivre honorablement en Alsace .

STURMER

Et nous ne vivons pas !

STANISLAS

Sturmer !

STURMER

Eh ! non, nous ne vivons pas ! voilà six mois que vous ne recevez rien.

STANISLAS

Sturmer !

STURMER, s 'avançant.

Parbleu! c’est moi qui le dirai, puisque vous ne voulez pas le dire. Non, vous ne touchez rien depuis six mois, et pas grandchose depuis plusieurs années. C’est une honte! si l’on ne veut pas vous traiter en roi, qu’on vous traite du moins comme un général; si ce n'est comme un général, comme un capitaine; si ce n’est comme un capitaine, qu’on vous traite entin comme un soldat. Un donne du pain au soldat qui a donné son sang. Vous avez répandu le vôtre sur vingt champs de bataille... et vous venez de faire cent lieues à pied, faute, d’argent!

Tais-toi!

STURMER

Mon général, j’ai le droit de parler, je ne suis pas sous les armes... Sire, j’ai le droit de pleurer, j’ai, vu toutes vos misères.

STANISLAS

Pardonnez, monsieur le duc, c’est un vieux soldat; je l’ai connu au feu et je l’ai retrouvé dans l’exil.

LE DUC

Ah ! c’est trop de malheurs!... Et Votre Majesté a gardé le

silence? (Stanislas se tait.)

STURMER, a part.

Brave cœur, il n’ose pas se plaindre !

LE DUC

Le gouverneur de l'Alsace me rendra un compte sévère de sa conduite.

STANISLAS

Monsieur le duc !

le u ce.

Trahir la générosité de la France ! mais c’est faire outrage à son honneur, à son histoire, à son passé... C’esl donner un démenti à saintLouis, à François 1 er , à Louis XIV. A saint Louis, qui fonda des refuges hospitaliers pour tous les pauvres de la terre; à François 1 er , qui bâtit des collèges à tous les étrangers; à Louis XIV, qui donna ses propres palais aux princes qui Savaient plus ni palais ni royaume. — Malheureuse souvent, vaincue quelquefois, jamais la France n’a été sans pitié pour le malheur. Riche, elle donne son or, puissante son épée; et quand l’or lui manque et que son épée se brise, elle dit à ceux uui l’implorent : Entrez et partagez ma terre et mon soleil. Et il s’est trouvé un gouverneur de l’Alsace qui a osé!... Ah!... celui-là... un châtiment exemplaire...

STANISLAS

Monsieur le duc!

LE DUC

Laisser ainsi un roi!...

STANISLAS

Je ne suis plus roi, monsieur le duc!... Je ne veux plus l’être du moins que pour reconnaître et mieux apprécier la grandeur du sentiment que vous venez de m’exprimer. J’ai acquitté la moitié de ma dette de cœur., accompagné de mon gendre, je porterai l’autre moitié à notre jeune majesté.

LE DEC, le letenaiil.

Sire, pour ne pas interrompre le récit de vos touchantes infortunes, j’ai suspendu la pénible confidence que j'ai à vous faire au sujet même de votre gendre.

STAN I SLAS.

Qu’est-cc donc ?

LE DUC

Je dois moi-même vous dire... vous apprendre, sire, que monsieur Le Tellier... est en ce moment...

LE TELLIER, au di-liori.

Laissez-moi donc passer! Je n’ai que deux mots à dire à Son Altesse.

STANISLAS

C’est sa \ oi.v !

LE DUC

Monsieur Le Tellier! mais comment?...

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