ST U R M ER
Oui, généreusement !
LE DDC.
La Franco n’a fait que son devoir, sire, en s’engageant à vous donner de quoi vivre honorablement en Alsace .
STURMER
Et nous ne vivons pas !
STANISLAS
Sturmer !
STURMER
Eh ! non, nous ne vivons pas ! voilà six mois que vous ne recevez rien.
STANISLAS
Sturmer !
STURMER, s 'avançant.
Parbleu! c’est moi qui le dirai, puisque vous ne voulez pas le dire. Non, vous ne touchez rien depuis six mois, et pas grandchose depuis plusieurs années. C’est une honte! si l’on ne veut pas vous traiter en roi, qu’on vous traite du moins comme un général; si ce n'est comme un général, comme un capitaine; si ce n’est comme un capitaine, qu’on vous traite entin comme un soldat. Un donne du pain au soldat qui a donné son sang. Vous avez répandu le vôtre sur vingt champs de bataille... et vous venez de faire cent lieues à pied, faute, d’argent!
Tais-toi!
STURMER
Mon général, j’ai le droit de parler, je ne suis pas sous les armes... Sire, j’ai le droit de pleurer, j’ai, vu toutes vos misères.
STANISLAS
Pardonnez, monsieur le duc, c’est un vieux soldat; je l’ai connu au feu et je l’ai retrouvé dans l’exil.
LE DUC
Ah ! c’est trop de malheurs!... Et Votre Majesté a gardé le
silence? (Stanislas se tait.)
STURMER, a part.
Brave cœur, il n’ose pas se plaindre !
LE DUC
Le gouverneur de l'Alsace me rendra un compte sévère de sa conduite.
STANISLAS
Monsieur le duc !
le u ce.
Trahir la générosité de la France ! mais c’est faire outrage à son honneur, à son histoire, à son passé... C’esl donner un démenti à saintLouis, à François 1 er , à Louis XIV. A saint Louis, qui fonda des refuges hospitaliers pour tous les pauvres de la terre; à François 1 er , qui bâtit des collèges à tous les étrangers; à Louis XIV, qui donna ses propres palais aux princes qui Savaient plus ni palais ni royaume. — Malheureuse souvent, vaincue quelquefois, jamais la France n’a été sans pitié pour le malheur. Riche, elle donne son or, puissante son épée; et quand l’or lui manque et que son épée se brise, elle dit à ceux uui l’implorent : Entrez et partagez ma terre et mon soleil. Et il s’est trouvé un gouverneur de l’Alsace qui a osé!... Ah!... celui-là... un châtiment exemplaire...
STANISLAS
Monsieur le duc!
LE DUC
Laisser ainsi un roi!...
STANISLAS
Je ne suis plus roi, monsieur le duc!... Je ne veux plus l’être du moins que pour reconnaître et mieux apprécier la grandeur du sentiment que vous venez de m’exprimer. J’ai acquitté la moitié de ma dette de cœur., accompagné de mon gendre, je porterai l’autre moitié à notre jeune majesté.
LE DEC, le letenaiil.
Sire, pour ne pas interrompre le récit de vos touchantes infortunes, j’ai suspendu la pénible confidence que j'ai à vous faire au sujet même de votre gendre.
STAN I SLAS.
Qu’est-cc donc ?
LE DUC
Je dois moi-même vous dire... vous apprendre, sire, que monsieur Le Tellier... est en ce moment...
LE TELLIER, au di-liori.
Laissez-moi donc passer! Je n’ai que deux mots à dire à Son Altesse.
STANISLAS
C’est sa \ oi.v !
LE DUC
Monsieur Le Tellier! mais comment?...