ACTE IV
marie.
Moi-mème, arrivée cette nuit à Versailles avec mademoiselle de Vermandois.
LE TE Ll. I ER.
Je le sais... je vous ai entrevue tantôt, sur le grand escalier de marbre... quand le roi... Mais, dites-moi, Marie, comment, lorsque je me consumais d’impatience et de rage dans une tour de la Bastille, comment avez-vous pu quitter le couvent de Fontevraut?
MARIE
Votre lettre m’a appris votre détention ; mes pleurs ont touché mademoiselle de Vermandois, qui a juré de nous réunir... qu’elle en avait le pouvoir.
Généreuse princesse! digne du grand nom qu’elle a et du titre plus grand encore qu elle va porter.
MARIE
Nous la bénirons toujours.
Oh ! oui... toujours.
MARIE
Mais quelle puissante inimitié, ou plutôt quelle injustice vous a fait enfermer dans cette redoutable prison d’État?
C’est une ténébreuse histoire. J’ai vainement tenté de l’éclaircir... un jour peut-être je saurai... Mais laissons cet événement dans l’ombre; parlez-moi de vous, toujours de vous. Mais comme vous êtes belle et magnifiquement parée !... parée comme une reine !
MARIE
Pour être présentée au roi, il fallait bien...
Sans doute... mais ces perles, ces diamants...
MARIE
C’est une fée qui me les a donnés.
Une fée bien riche.
MARIE
Oh ! oui... mademoiselle de Vermandois! c'est elle qui a pris plaisir à me parer, comme vous me voyez là, de ces riches pierreries, voulant me faire digne d’arrêter les regards du jeune roi qu’elle va épouser. Ah ! si vous saviez les paroles affectueuses qu'il a daigné me dire ! comme il me regardait avec bon-
heur! J’en étais heureuse aussi, mais bien confuse. Et comme il s’informait avec bonté de mon père ! comme il souriait ! Croiriez-vous qu’il m’a pris les mains et qu’en présence de toute la cour il les a portées à ses lèvres avec une effusion !...
Ah ! le roi?...
MARIE
Oui. Est-ce que vous seriez fâché que le roi?...
LE TELLIEB.
Non!
MARIE
Seriez-vous jaloux ?
Du roi?... Non, Marie, non... je ne suis pas jaloux.
MARIE
Moi, je serai franche : tenez, mon ami, j’ai été surprise, j'ai été éblouie, je suis enchantée de tout ce que je vois, de- tout ce que j'entends ici. Ce palais, bâti pur le plus gr and des rois, peuplé de merveilles qui font palpiter le cœur d’admiration; ces j irdins qui l’enveloppent d’ombre et de silence, comme ces palais que l’on voit pass r dans les rêves; os salons incees miment parcourus par les jeunes descendants de l’antique noblesse française, leur respect gracieux pour les dames, leurs attentions délicates, leur esprit et leur courtoisie, m’ont ravie, enivrée... j'en suis émue; c’est la cour !... je respire comme l’air natal; oui, je renais : c’est la cour, c’est la cour! — Mais ce que je dis semble de plus en plus vous attrister.
LF. TELLIER.
Non, oh ! non, Marie.
MAKI E
Si !... vous êtes rêveur.
Non... je vous jure...
MARIE
Seriez-vous fâché que je sois si heureuse? j’en avais perdu l’habitude : il faut me pardonner.
LF, TELLIER.
Ah! vous l'avez dit, Marie, c’est l’air natal que vous respirez en ce moment. Quand vous n’en sentirez plus la douce influence...
MARIE
Eh bien ?
Ne languirez-vous pas, alors?...