‹ Le gateau des reines comedie en cinq actes, en proseChapitre 83 sur 109 · ACTE IV · texte numérisé non relu

ACTE IV

Cette crainte...

MAR 1E

Ne mourrez vous pas?...

Que dites- vous?...

LE TELLIEH.

Marie, en vous épousant, je vous entraîne loin des cours, loin de cette cour surtout qui vous enchante et vous enivre, vous venez de le dire... Ne me haïrez-vous pas pour vous en avoir arrachée?

Vous haïr!... mais c’est une injure... c’est un blasphème !

Pardon, Marie ! mais, voyez-vous, la cour n’exerce pas sur moi le même charme ; pardonnez- moi de vous parler' ainsi, mais depuis que je suis dans ce palais de Versailles, j’ai perdu toute confiance en moi et dans l’avenir... Son éclat si vanté m’attriste, son faste m’écrase. 11 me semble qu’aucun homme ne peut être libre, qu’aucune femme ne peut rester pure dans cet air chargé de mensonges, d’intrigues et de parfums. Aucun sentiment vrai n’v peut vivre ; la loyauté s’y traîne, l’amour y pâlit... le mien souffre. Uni, Marie, j’éprouve, je subis des pressentiments dont je ne suis pas maître, mon cœur en est plein; et le cœur de ceux qui croient encore et qui aiment, — Marie, vous qui aimez et croyez, vous me comprendrez, — le cœur est le dernier prophète qui soit resté sur la terre, — il lit dans l’avenir. Le mien ne se trompe pas; l’avenir lui fait peur. — Marie! Marie! rassurez-moi, dites-moi que j’ai tort, dites-moi que je suis injuste, que je suis fou !

MARIE

Écoutez ; mon père est en ce moment près du roi : nous ne devions quitter Versailles que dans trois jours... Eh bien ! je vais de ce pas prier le roi, en présence même de mon père, ue nous laisser partir demain.

Marie, c’est là une résolution...

Elle est prise.

MARIE

C’est là un sacrifice...

MARIE

Non, c’est un bonheur pour moi.

Et pour moi, le plus grand ;de tous.

MARIE

Vous, mou père et moi, nous quitterons Versailles, et pour toujours, demain. >

Oh ! oui, demain.

MARIE

Laissez-moi donc jouer jusque-là mon grand personnage de princesse. Dès que j’aurai obtenu cette permission, celte faveur du roi, je me hâterai de vous le faire savoir... Mais puisque vous redoutez tant pour moi l'air de la cour de Versailles, ne me quittez plus... Venez, accompagnee-moi jusqu’à la porte des appartements du roi... car ce n’est pas du roi, je pense, que vous êtes sérieusement jaloux ?

Non, mais je voudrais que nous fussions déjà loin, je voudrais... (a part.) Monsieur le duc revient... Oh ! je saurai bientôt pour quel motif... cette captivité à la Bastille... Mais, comme il est abattu, sombre et soucieux !

MARIE

Eh bien ! j’attends. .. venez.

(Elle prend le bras de Le Tellier. Ils sortent par la droite.)

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