‹ Le gateau des reines comedie en cinq actes, en proseChapitre 98 sur 109 · ACTE V · texte numérisé non relu

ACTE V

monsieur, quand l’âge et la raison arrivent, à sacrifier le bonheur d’un père et d’un roi?...

Des serments d’amour légers... dites- vous? Mais cet amour est toute ma vie, et ces serments sont mon bonheur. Mais vous n’avez donc jamais aimé, madame?

MADAME DE PRIE

Pardon! quelquefois... et j’ai prêté des serments, moi aussi.

LE TELI.IER.

Eh bien! moi, madame, tout mon cœur se déchire à la pensée d'un serment trahi. Non! cela ne s’oublie pas.

MADAME DE PRIE, à part.

Pauvres enfants!

Mais, Marie?... Vous ne me dites pas si elle connaît le sort qu’on lui destine?

MADAME DE PRIE

La princesse est en ce moment avec les jeunes sœurs du roi et le roi lui-même.

Déjà?... Elle consentirait donc?... Oh! non, et si elle a consenti, c’est qu’on l’aura trompée. On lui aura dit, j’en suis sûr, que je consentais moi-même à cette séparation. C’est faux! je n’y consentirai jamais. Ah! tenez, madame, tant de trahisons!... Je pourrais hien à la tin ne pas toujours me plaindre. La souffrance qu’on irrite si cruellement conseille mal. Je suis d une race dont les passions ont étonné, ont cffravé l’histoire. Mon sang est le sang de Gabrielle d’Estrées. Gabrielle aima jusqu’à la témérité, jusqu’à la mort. « N’aimez pas le roi , lui disaient dans l’ombre les courtisans, ou nous vous ferons mourir par le poison. » Elle continua à aimer Henri IV, la courageuse femme, et elle mourut empoisonnée. Je ferai comme elle, je ne cesserai pas d’aimer devant la mort. Mais, moi , avant de la recevoir, j’ai une épée... je ne sais encore qui je frapperai, mais je frapperai. On me tue... à mon tour je... Üh! madame, madame! pardonnez l’exaltation, le délire, le cri de cette grande douleur. On m'enlève Marie, on me l’arrache des bras, du cœur, du souvenir, il faut bien... Ah! j’étouffe, j’étoulle dans les larmes.

MADAME DE PRIE, à pjit.

Comme c’est beau d’aimer!... trop beau!

Encore une fois, madame, pardonnez ! Mais vous avez raison, il le faut... son père... Marie, résignée, cédera par tendresse pour lui ; et moi, resigné aussi... J’attends le duc, il va me remettre ce que je lui ai demandé.

MADAME DE PRIE, à part.

Mais que lui a-t-il donc demandé?... (Haut.) Voici le roi Stanislas!... Noubliez pas que son sort dépend de celui de sa fille, et (jiie celui de sa lille est entre vos mains.

(Elle sort par la gauclir.)

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