SCÈNE IV
les mêmes, poirier
Poirier. Qu'est-ce que vous faites donc là, monsieur le marquis?
Antoinette. T1 va se battre!
could again raise me in your esteem. (For to love yon would be but natural :) In loving you, etc."
Poirier. Un duel ! cela t'étonne ? Les maîtresses, les duels, tout cela se tient. Qui a terre a guerre.
Antoinette. Que voulez-vous dire, mon père?... Supposeriez-vous . . . ?
5 Poirier. J'en mettrais ma main au feu.
Antoinette. Ce n'est pas vrai, n'est-ce pas, monsieur? Vous ne répondez pas?
Poirier. Crois-tu qu'il aura la franchise de l'avouer?
Gaston. Je ne sais pas mentir, madame. Ce duel lo est tout ce qui reste d'un passé odieux.
Poirier. Il a l'impudence d'en convenir ! Quel cynisme !
Antoinette. Et on me dit que vous m'aimez! ...
Et j'étais prête à vous pardonner au moment où vous
alliez vous battre pour votre maîtresse ! . . . On faisait
15 de cette dernière offense un piège à ma faiblesse. . . Ah !
monsieur le duc !
Le Duc. Il vous l'a dit. madame, ce duel est le reliquat d'un passé qu'il déteste et qu'il voudrait anéantir.
Verdelet (au marquis). Eh bien, monsieur, c'est bien 20 simple; si vous n'aimez plus madame de Montjay, ne vous battez pas pour elle.
Gaston. Quoi ! monsieur, faire des excuses !
Verdelet. Il s'agit de donner à Antoinette une preuve
de votre sincérité ; c'est la seule que vous puissiez lui
25 offrir. Le sacrifice qu'on vous demande est très grand,
je le sais; mais, s'il l'était moins, pourrait-il racheter vos
torts?
Poirier (à part). VoWà cet imbécile qui va les raccommoder, maintenant !
30 Gaston. Je ferais avec joie le sacrifice de ma vie pour réparer mes fautes, mais celui de mon honneur, la marquise de Presles ne l'accepterait pas.
2 Qui a terre a guerre, proverb, in the original form Qui terre a ^erre a ; see terre. — 5 A certain form of mediaeval ordeal.
Antoinette. Et si vous vous trompiez, monsieur? si je vous le demandais?
Gaston. Quoi ! madame, vous exigeriez ? . . .
Antoinette. Que vous fassiez pour moi presque 5 autant que pour madame de Montjay? Oui, monsieur. Vous consentiez pour elle à renier le passé de votre famille, et vous ne renonceriez pas pour moi à un duel . . . à un duel qui m'offense? Comment croirai-je à votre amour, s'il est moins fort que votre vanité? -.0 Poirier. D'ailleurs, vous serez bien avancé quand vous aurez attrapé un mauvais coup! Croyez-moi, prudence est mère de sfireté.
Verdelet (à part). Vieux serpent!
Gaston. Voilà ce qu'on dirait, madame. 15 Antoinette. Qui oserait douter de votre courage h N'avez-vous pas fait vos preuves?
Poirier. Et que vous importe l'opinion d'un tas de godelureaux? Vous aurez l'estime de mes amis, cela doit vous suffire.
20 Gaston. Vous le voyez, madame, on rirait de moi, vous n'aimeriez pas longtemps un homme ridicule.
Le Duc. Personne ne rira de toi. C'est moi qui porterait tes excuses sur le terrain, et je te promets qu'elles n'auront rien de plaisant.
25 Gaston. Comment! tu es aussi d'avis...?
Le Duc. Oui, mon ami : ton duel n'est pas de ceux qu'il ne faut pas arranger, et le sacrifice dont se contente ta femme ne touche qu'à ton amour-propre.
Gaston. Des excuses, sur le terrain ! . . .
12 f. Observe the omission of the article in proverbs. Cf. also page 102, Une 2. — 13 The serpent is the symbol of hypocrisy. Verdelet sees clearly that Poirier, by uttering such cowardly sentiments, means to send Gaston to the duel, to prevent his reconciliation with Antoinette.
Poirier. J'en ferais, moi...
Verdelet. Décidément, Poirier, tu veux forcer ton gendre à se battre?
Poirier. Moi? Je fais tout ce que je peux pour l'en 5 empêcher.
Le Duc. Allons, Gaston, tu n'as pas le droit de refuser cette marque d'amour à ta femme.
Gaston. Eh bien ! . . . non ! c'est impossible.
Antoinette. ]\Ion pardon est à ce prix. lo Gaston. Reprenez-le donc, madame, je ne porterai pas loin mon désespoir.
Poirier. Ta ra ta ta. Xe l'écoute pas, fifille ; quand il aura l'épée à la main, il se défendra malgré lui.
Antoinette. Si madame de Montjay vous défendait 15 de vous battre, vous lui obéiriez. Adieu.
Gaston. Antoinette. . .au nom du ciel! . . .
Le Duc. Elle a mille fois raison.
Gaston. Des excuses ! moi !
Antoinette. Ah ! vous n'avez que de l'orgueil ! eo Le Duc. Voyons, Gaston, fais - toi violence. Je te jure que moi, à ta place, je n'hésiterais pas.
Gaston. Eh bien... A un Pontgrimaud ! ... Va sans moi. (// tombe dans un fauteuil.)
Le Duc (à Antoinette). Eh bien! madame, êtes-vous 25 contente de lui?
Antoinette. Oui, Gaston, tout est réparé. Je n'ai plus rien à vous pardonner, je vous crois, je suis heureuse, je vous aime. (Elle lui prend la tête dans ses mains
22 A un Pontgrimaud! Gaston regards the sacrifice as ail the greater since he, the marquis de Presles, must tender an apology to such a fellow as Pontgrimaud, whose low social position increases, not lessens, the dlfficulty. Less overcome with émotion, Gaston might exclaim : " .See how much I must love you to humiliate myself before such a wretched créature ! "
et l'embrasse an front.) Et, maintenant, va te battre, va ! ...
Gaston {bondissant). Oh! chère femme, tu as le cœur de ma mère !
5 Antoinette. Cehii de la mienne, monsieur...
Poirier (à part). Que les femmes sont bêtes, mon Dieu!
Gaston (au duc). Allons vite! nous arriverons les derniers.
10 Antoinette. Vous tirez bien l'épée, n'est-ce pas?
Le Duc. Comme Saint - Georges, madame, et un poignet d'acier ! Monsieur Poirier, priez pour Pontgrimaud.
Antoinette (à Gaston). N'allez pas tuer ce pauvre 15 jeune homme, au moins.
Gaston. Il en sera quitte pour une égratignure, puisque tu m'aimes. Partons, Hector. (Entre un domestique avec une lettre sur un plat d'argent.)
Antoinette. Encore une lettre?
20 Gaston. Ouvrez-la vous-même.
Antoinette. C'est la première, monsieur.
Gaston. Oh! j'en suis siir.
Antoinette (ouvre la lettre). C'est M. de Pontgrimaud.
25 Gaston. Bah !
Antoinette (lisant). « Mon cher marquis, Nous avons fait tous les deux nos preuves. Je n'hésite donc pas à vous dire que je regrette un moment de vivacité ...»
30 Gaston. Oui, de ma part.
Antoinette. « Vous êtes le seul homme du monde à
I f. Antoinette hère, for the first and only time, uses the second person singular in addressing lier hushand. On this passage cf. Introduction, page 14, note {h).
lOÔ LE GENDRE DE M. PUlRIER
qui je consentisse à faire des excuses. Et je ne doute pas que vous ne les acceptiez aussi galamment qu'elles vous sont faites.»
Gaston. Xi plus ni moins.
5 Antoinette. « Tout à vous de cœur, Mcomte de Pontgrimaud.»
Le Duc. Il n'est pas vicomte, il n'a pas de cœur, il n'a pas de Pont ; mais il est Grimaud, sa lettre finit bien.
Verdelet (à Gaston). Tout s'arrange pour le mieux, lo mon cher enfant: j'espère que vous voilà corrigé?
Gaston. A tout jamais, cher monsieur Verdelet. A partir d'aujourd'hui, j'entre dans la vie sérieuse et calme; et pour rompre irrévocablement avec les folies de mon passé, je vous demande une place dans vos bureaux. 15 Verdelet. Dans mes bureaux! vous? un gentilhomme ?
Gaston. Ne dois- je pas nourrir ma femme?
Verdelet. C'est bien, monsieur le marquis.
Poirier (à part). Exécutons-nous. (Haut.) C'est 20 très bien, mon gendre ; voilà des sentiments véritablement libéraux. \'ous étiez digne d'être un bourgeois ; nous pouvons nous entendre. Faisons la paix et restez chez moi.
Gaston. Faisons la paix, je le veux bien, monsieur.
25 Quant à rester ici, c'est autre chose. Vous m'avez fait
comprendre le bonheur du charbonnier qui est maître chez
lui. Je ne vous en veux pas, mais je m'en souviendrai.
Poirier. Et vous emmenez ma fille? vous me laissez seul dans mon coin?
I consentisse : cf. page 23, line 5. — 5 The French are very particular about the proper use of the différent formulae of closing a letter. Tout à vous de cœur (see cœur) would be used only between friends. — 7 II . . . Pont: &&& pont. — 26 f. Charbonnier est maît-re chez soi: proverb.
Antoinette. J'irai vous voir souvent, mon père.
Gaston. Et vous serez toujours le bienvenu chez moi.
Poirier. Ma fille va être la femme d'un commismarchand !
5 Verdelet. Non, Poirier ; ta fille sera châtelaine de Presles. Le château est vendu depuis ce matin, et, avec la permission de ton mari, Toinon, ce sera mon cadeau de noces.
Antoinette. Bon Tony!... Vous me permettez 10 d'accepter, Gaston?
Gaston. Monsieur Verdelet est de ceux envers qui la reconnaissance est douce.
Verdelet. Je quitte le commerce, — je me retire chez vous, monsieur le marquis, si vous le trouvez bon, et 15 nous cultiverons vos terres ensemble: c'est un métier de gentilhomme.
Poirier. Eh bien, et moi ? on ne m'invite pas ? . . . Tous les enfants sont des ingrats, mon pauvre père avait raison.
20 Verdelet. Achète une propriété, et viens vivre auprès d'eux.
Poirier. Tiens, c'est une idée.
Verdelet. Pardieu ! tu n'as que cela â faire : car tu es guéri de ton ambition, je pense.
35 Poirier. Oui, oui. (A part.) Nous sommes en quarante - six ; je serai député de l'arrondissement de Presles en quarante-sept, et pair de France en quarantehuit.
7f. By French law a woman needs her husband's consent to her accepting a gift. Verdelet considers the marriage consummated only now after Gaston has learned what a treasure he possesses in his wife. — 18 A delightful bit of unconscious self-conviction. — 27 quarantehuit: the révolution of 1848 abolished the Chamber of Peers. Poirier's deft calculation must hâve struck a French audience in the fifties as highly amusing.