‹ Le gendre de m. Poirier; comédie en quatre actesChapitre 32 sur 37 · SCÈNE III LES MÊMES. LE DUC · texte numérisé non relu

SCÈNE III LES MÊMES. LE DUC

Le Duc. Je viens te chercher.

Gaston. Allons! (Tendant la main à Verdelet.) Adieu, monsieur Verdelet. {Ils s'embrassent.) Adieu madame, adieu pour toujours.

5 Le Duc. Il vous aime, madame.

Gaston. Tais-toi !

Le Duc. Il vous aime éperdument ... En sortant de l'abîme dont vous l'avez tiré, ses yeux se sont ouverts, il vous a vue telle que vous êtes, lo Antoinette. Mademoiselle Poirier l'emporte sur madame de Montjay? . . . quel triomphe! . .

Verdelet. Ah ! tu es cruelle !

Gaston. C'est justice, monsieur. Elle était digne de l'amour le plus pur, et je l'ai épousée pour son argent. 15 J'ai fait un marché! un marché que je n'ai pas même eu la probité de tenir. {A Antoinette.) Oui. le lendemain de notre mariage, je vous sacrifiais, par forfanterie de vice, à une femme qui ne vous vaut pas. C'était trop peu de votre jeunesse, de votre grâce, de votre pureté : 20 pour éclairer ce cœur aveugle, il vous a fallu en un jour me sauver deux fois l'honneur. Quelle âme assez basse pour résister à tant de dévouement? et que prouve mon amour, qui puisse me relever à vos yeux? En vous

18 C'était . . . de : see trof<. — 21 He refers to her generosity in redeeming his pledge to his creditors, and to the destruction of the fatal ietter. — 22 f. et que prouve . . . yeux ? The construction is plain, i.e., Qu^ est-ce que mon amour prour'e qui (■= Quelle preuve mou amour peutil vous donner qui) puisse, etc. The meaning (in some éditions distorted beyond récognition) clearly is : "and what does mv love prove that might . . . ? = my love proves nothing — i.e., is not a test — that

LE GENDRE DE M. POIRIER lOl

aimant, je fais ce que tout homme ferait à ma place; en vous méconnaissant, je fais ce que n'eiît fait personne. Vous avez raison, madame, méprisez un cœur indigne de vous; j'ai tout perdu, jusqu'au droit de me plaindre, et 5 je ne me plains pas. . . Viens, Hector.

Le Duc. Attends. . . Savez-vous, où il va, madame? Sur le terrain.

Verdelet et Antoinette. Sur le terrain?

Gaston. Que fais-tu?

lo Le Duc. Puisque ta femme ne t'aime plus, on peut bien lui dire. . . Oui, madame, il va se battre.

Antoinette. Ah! Tony, sa vie est en danger...

Le Duc. Que vous importe, madame? Tout n'est-il pas rompu entre vous?

15 Antoinette. Oui, oui, je le sais, tout est rompu... Monsieur de Presles peut disposer de sa vie. . . Il ne me doit plus rien . . .

Le Duc (à Gaston). Allons, viens. . . (Ils vont jusqu'à la porte.) 20 Antoinette. Gaston !

Le Duc. Tu vois bien qu'elle t'aime encore !

Gaston (se jetant à ses pieds). Ah! madame, s'il est vrai, si je ne suis pas sorti tout à fait de votre cœur, dites un mot. . .donnez-moi le désir de vivre. (Entre 25 Poirier.)

Page 1