‹ Le gendre de m. PoirierChapitre 20 sur 38 · LES MÊMES, LE DUC · texte numérisé non relu

LES MÊMES, LE DUC

Gaston. Arrive. donc, Hector! arrive donc! — Saistu pourquoi Jean Gaston de Presles a reçu trois coups lo d'arquebuse à la bataille dlvr}'? Sais-tu pourquoi François Gaston de Presles est monté le premier à Tassant de La Rochelle? Pourquoi Louis Gaston de Presles s*est fait sauter à La Hogue? Pourquoi Philippe Gaston de Presles a pris deux drapeaux à Fontenoy? Pourquoi î5 mon grand-père est mort à Quiberon? C'était pour que monsieur Poirier fût un jour pair de . France et baron !

Le Duc. Que veux-tu dire?

Gaston. Voilà le secret du petit assaut qu'on m'a 20 livré ce matin.

Le Duc (à part). Je comprends!

Poirier. Savez- vous, monsieur le duc, pourquoi j'ai

travaillé quatorze heures par jour pendant trente ans?

pourquoi j'ai amassé, sou par sou, quatre millions, en me

25 privant de tout? C'est afin que monsieur le marquis

Gaston de Presles, qui n'est mort ni à Quiberon, ni à

8 In the clash between noblesse and bourgeoisie such as represented in this drama, Gaston's speech and Poirier's retort form the climax.

Fontenoy, ni à La Hogue, ni ailleurs, puisse mourir de vieillesse sur un lit de plume, apr^s avoir passç sa vie à ne rien faire. "^

Le Duc. Bien répliqué, monsieur!

5 Gaston. Voilà qui promet pour la tribune.

Le Domestique. ' Il y a là xies messieurs qui demandent à voir l'appartement.

Gaston. Quel appartement?

Le Domestique. Celui de monsieur le marquis.

lo Gaston. Le prend-on pour un muséum d'histoire naturelle? ^

Poirier (au domestiqué). Priez ces messieurs de re- . passer. (Le domestique sort,) Excusez-moi, mon gendre ; entraîné par la gaieté de votre entretien,, je n'ai 15 pas pu vous dire que je loue le premier étage de mon hôtel.

/ Gaston. Hein?

C'est une des petites réformes dont je vous

Gaston.

parlai§.

20 Gaston.

Et où comptez- vous me loger? Au deuxième: l'appartement est assez vaste pour nous contenir tûus.»' Gaston. L'arche de Noé!

Poirier. Il va sans dire que je loue les écuries et les 25 remises.

Gaston. Et mes chevaux?

deuxième aussi?

Poirier. Vous les vendrez.

J'irai donc à pied?

Ça te fera du bien.

vous les logerez au

Gaston.

30 Le Duc.

assez.

Tu ne marches pas Je

D'ailleurs, «je garde mon coupé bleu vous le prêterai.

. 3a To understand the sly hit, cf. page 31, Une 19.

Le Duc. Quand il fera beau.

Gaston. Ah çà ! monsieur Poirier ! . . .

Le Domestique {rentrant). Monsieur Vatel demande à parler à monsieur le marquis.

5 Gaston. Qu'il entre. {Entre Vatel en habit noir.) Quelle est cette tenue, monsieur Vatel? êtes-vous d'enterrement, ou la imarée manquè-t-elle ? ^ /

Vatel. Je viens donner ma démission à monsieur le marquis, lo Gaston. Votre démission? la veille d'une bataille!

Vatel. Telle est l'étrange position qui m'est faite; jç dois déserter pour ne pas me déshonorer; que monsieur le marquis daigne jeter les yeux sur le menu que m'impose monsieur Poirier.

15 Gaston. Que vous impose monsieur Poirier? Voyons cela. {Lisant.) Le lapin sauté?

Poirier. C'est le plat de mon vieil ami Ducaillou.

Gaston. La dinde aux marrons?

Poirier. C'est le. régal de mon camarade Groschenet. 20 Gaston. Vous traitez la rue des Bourdonnais?

Poirier. En même temps que le faubourg Saint-Germain.

Gaston. J'accepte votre démission, Monsieur Vatel. {Vatel sort.) Ainsi demain mes amis auront l'honneur 2$ d'être présentés aux vôtres?

Poirier. Vous l'avez dit, ils auront cet honneur. Monsieur le duc sera-t-îl humilié de manger ma soupe entre monsieur et madame Pincebourde?

I This remark of the duke, who is highly amused by the. whole scène, is sarcastic. Since a coup/ is alwâys closed, it is more or less unpleasant in fine weather. — 6 êtes^ous d'* enterrement : see être. — 7 la marée: see Vatel. — 17 For the names of Poirier*s friends,. see Vocabulary. — 18 This dish is not contained in Poirier's menuy act II, . . scène 9. French epicures regard turkey as a delicacy fit for plebeians. Cf. de Villiers*s comedy Les Marquis friands (1665), scène 11.

Le Duc. Nullement. Cette petite débauche ne me déplaira pas. Madame Pincebourde doit chanter au dessert?

Gaston. Après dîner nous ferons un cent de piquet. 5 Le -Duc. Ou un loto.

Poirier. Ou un nain-jaune.

Gaston. Et de temps en temps, j'espère, nous renouvellerons cette bamboche?

Poirier. ^Mon salon sera ouvert tous les soirs et vos 10 amis seront toujours les bienvenus.

Gaston. Décidément, monsieur Poirier, votre maison va devenir un lieu de délices, une petite Capoue. Je craindrais de m'y amollir, j'en sortirai pas plus tard que demain.

15 Poirier. J'en serai au regret. . .mais mon hôtel n'est pas une prison. Quelle carrière embrasserez- vous ? la médecine ou le barreau?

Gaston. Qui parle de cela?

Poirier. Les ponts et chaussées peut-être ? ou le prozo f essorât? car vous ne pensez pas tenir votre rang avec neuf mille francs de rente?

Le Duc. Neuf mille francs de rente?

Poirier (d Gaston), Dame! le bilan est facile à établir : vous avez reçu cinq cent mille francs de la dot de 25 ma fille. La corbeille de noces et les frais d'installation en ont absorbé cent mille. Vous venez d'en donner deux cent dix-huit mille à vos créanciers, il vous en reste donc cent quatre-vingt-deux mille, qui, placés au taux légal, représentent neuf mille livres de rente. . . Est-ce 30 clair? Est-ce avec ce revenu que vous nourrirez vos

a doit: see devoir, — 4ff. AU of the games mentioned hère are bourgeois, — 25 The bridegroom's wedding présents to the bride on the moming before the signing of the contract amount, as a nile, to one<tenth of the dowry.

amis de carpes à la Lithuanienne et de volailles à la Concordat ? Croyez-moi, mon cher Gaston, restez chez moi ; vous y serez encore mieux que chez vous. Pensez à vos enfants. . .qui ne seront pas fâchés de trouver un jour 5 dans la poche du marquis de Presles les économies du bonhomme Poirier. Au, revoir, mon gendre, je vais régler le compte de monsieur Vatel. (// sort.)

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