LE DUC^ LE MARQUIS
(Ils se regardent un instant. Le Duc éclate de rire.)
Gaston. Tu trouves cela drôle, toi?
Le Duc. Ma foi, oui ! Voilà donc ce beau-père mo- 10 deste et nourrissant comme les arbres à fruit? ce George Dandin? Tu as trouvé ton maître, mon fils. Mais, au nom du ciel, ne fais pas cette piteuse mine! Regardetoi, tu as l'air d'un paladin qui partait pour la croisade et que la pluie a fait rentrer ! Ris donc un peu ; Taven- 15 ture n'est pas tragique.
Gaston. Tu as raison ! . . . Parbleu ! monsieur Poirier, mon beau-père, vous me rendez là un service dont vous ne vous doutez pas.
Le Duc. Un service? 20 Gaston. Oui, mon cher, oui, j'allais tout simplement me. couvrir de ridicule; j'étais en chemin de 'devenir amoureux de ma femme . . . Heureusement monsieur Poirier m'arrête à la première station.
Le Duc. Ta femme n'est pas responsable des sottises as de Poirier. Elle est charmante.
Gaston. Laisse-moi donc tranquille! Elle ressemble à son père.
9 ff . Cf. page 25, Une 27, and page 26, Une i.
8o LE GENDRE DE M. POIRIER
Le Duc. Pas le moins du monde.
Gaston. Je te dis qu'elle a un air de famille. , .je ne
pourrais plus l'embrasser sans penser à ce vieux crpco-
dile. Et puis, je voulais bien rester au coin du feu. . .
5 mais du moment qu'on y met la marmite. . . (// tire sa
montre, ) Bonsoir !
Le Duc. Où vas-tu?
Gaston. Chez madame de Montjay: voilà deux heures qu'elle m'attend.
lo Le Duc. Non, Gaston, n'y va pas.
Gaston. Ah! on veut me rendre la vie dure ici; on veut me mettre en pénitence ...
Le Duc. Écoute-moi donc!
Gaston. Tu n'as rien à me dire.
15 Le Duc. Et ton duel?
Gaston. Tiens! c'est vrai... je n'y pensais plus.
Le Duc. Tu te bats demain à deux heures, au bois de Vincennes.
Gaston. Très bien! De l'humeur dont je suis, Pont- 20 grimaud passera demain un joli quart d'heure.