CHAPITRE XXXV
cette nouvelle arrive à sa femme autrement que par les journaux. Témoignez- lui la part que je prends à ses peines et le cas que je faisais de ce bon officier (1).
« Napoléon. »
Le même jour il écrivait à son frère Joseph, et s'exprimait à peu près dans les mômes termes.
Berthier, répondant à la lettre de Soult, lui dit : « La perte du général Colbert a été vivement sentie par l'Empereur. » Puis au maréchal Ney, après avoir exprimé la vive peine éprouvée par l'Empereur, il ajoute: « Je connais assez Tamitié et Testime que vous portez à ce général, pour juger de ce que vous éprouvez; en regrettant un bon officier, je perds un ancien ami. » Mais laissons parler le maréchal Ney. Le 0 janvier, il écrivait d'Astorga au général Caudaux, mon grand-père. Voici cette lettre, expression d'une belle âme, témoignage touchant de la plus chaleureuse amitié :
« Mon cher général,
« Je ne saurais vous exprimer toute la part que je prends à la perte affreuse que vous venez de faire; la ^ort d'un fils ne saurait m'aflfecter davantage. Que d'espérance éteintes! Que de belles qualités perdues
(1) Correspondance de Napoléon, t. XVIIl, n» 14,647. (Benavénte, ^ Janvier 1809.)
pour rÉtat et pour ceux qui , comme moi , avaient pu les apprécier! Je conserverai toute ma vie un douloureux souvenir de ce pauvre et brave Colbert. Je conçois, mon cher général, tout votre chagrin, et ces coups-là, quoique ptévus par les militaires, n'en sont pas moins terribles à supporter. Mais je plains surtout madame votre fille : comment y résistera-t-elle? Puisse du moins votre tendresse pour elle être assez ingénieuse pour lui cacher son malheur, jusqu'au moment où sa santé sera assez raffermie ! L'idée de sa douleur est déchirante.
« Quoique ce funeste événement ait eu lieu au corps du maréchal Soult , j'ai envoyé un de mes aides de camp pour recueillir ce que Colbert a laissé. Sa femme et ses enfants attacheront un jour du prix à avoir sous les yeux ce qui lui a appartenu.
« C'est d'ailleurs la seule et dernière preuve d'amitié que je puisse donner à ce brave jeune homme.
« Croyez, mon cher général, que vos peines ajoutent, s'il est possible, à mon attachement pour vous.
« Le maréchal duc d'Elchingen,
« Ney. »
L'Empereur, dans sa lettre au ministre de la Guerre, le renvoie au 19® bulletin; en voici les termes:
« Le général de brigade Colbert, commandant l'avant-garde, s'était avancé avec les tirailleurs de liu' fanterie pour voir si le terrain s'élargissait et s'il pouvait former sa cavalerie ; son heure était arrivée ; une balle le frappa au front, le renversa, et il ne vécut qu'un quart d'heure. Revenu ui^ momçint à ^ui, il s'é-