A. COLBERT
deux autres escadrons, plaçant des postes de quatre hommes et un brigadier en avant des postes de voltigeurs, sur les routes de la Gorogne, de Valladolid, et de Médina de Rio Seco. Vous enverrez chez moi un planton qui connaîtra votre logement.
Médina dei Rio Seco, le 36 décembre 1808, 9 heures du soir.
Monseigneur,
J'ai rhonneur de rendre compte à Votre Altesse qu'une reconnaissance de cent chevaux, du 1 5^ régiment de chasseurs, commandée par le chef d'escadron Lepic, s'est dirigée ce matin sur Mayorga. Cet officier y est arrivé à midi précis ; il a aperçu des vedettes de cavalerie anglaise, et, ordonnant aussitôt la charge, il est entré pêle-mêle dans la ville avec l'ennemi.
Pendant qu'on faisait le coup de fusil, plusieurs escadrons de dragons anglais sont venus pour lui couper la retraite ; il Ta effectuée par échelons, après avoir essuyé plusieurs charges. Nous avons perdu un officier et plusieurs chasseurs tués ou pris. La reconnaissance a été poursuivie mollement jusqu'à Ceinos de Campos.
Il serait essentiel, je crois, de faire prévenir de cette rencontre le général Lefebvre, qui marche sur Benavente, afin qu'il ne se compromette pas. Il serait également très utile d'envoyer ici quelques régiments de cavalerie légère pour battre la plaine, puisque l'ennemi n'est pas éloigné de nous.
Il est certain maintenamt que l'Empereur tient les Anglais; et si les forces dont S. M. peut disposer étaient réunies, il y aurait une bataille dans trois jours.
J'envoie à Palencia pour faire rapprocher d'ici la cavalepie qui est aux environs de cette ville ; mais comme la proximité de l'ennemi rend cette mission dangereuse, je
TOUS pria, Monseigneuf ; i^eaforj^ ég^eoimi des ordres par Valladolid.
Les deux diTtsions Mareband eUfauriee MaHilea saonl réunies ici demain rers ini<H; la tèle de eolmaidei^à Y«i« verde.
J*ai rhonneur de tous adresser le rappari- du g^iéral Golbert.
Je renouvelle à Votre AUesse rasstuttace de ma re^dctueuse considération.
Le Iforéchal duc d'ErGhii^;e&,
P. S. •— Un soldat anglms, que la reconnaissance a ramassé, assure que^ Tarmée aiiglaise, forte de 30,000 luMnooies dUnfanterie et de 6,000 hommes de cai^erièi esten ]^«ine marche, venant de Saiamanque et de Zamora , pour se rendre à Léon.
NbY ▲ L^ËICPBBBUa.
Médina del Rio Seco, le 36 décembre 1808.
Sire,
Je reçois à Tinstant la lettre que Votre Majesté m^a fait rhonneur de m*écrire ce soir à cinq heures. Les ordres sont donnés pour que les divisions Marchand et Maurice Mathieu soient réunies ici demain vers midi. Si le bruit du canon m'annonce que le maréchal Soult est aux prises, je marcherai sur-le-champ pour .faire une diversion en sa faveur, en attendant que toutes les troupes soient réunies. L'état affreux des chemins me fait croire que Tennemi ne peut pas être en mesure d'attaquer demain ce maréchal, dont il est encore éloigné d'une journée de marche. La reconnaissance qui a poussé jusqu'à Mayorga, s^est trouvée presque au milieu des colonnes dMnfanterie et de cavalerie
anglaises qui marchaient sur Sahagun. Il est bien à craindre que les prisonniers que Ton nous a faits ne fassent connaître notre marche sur Rio Seco, et que Tennemi ne renonce à son projet offensif; mais, en attendant qu'il ait pris cette résolution, Votre Majesté aura réuni toutes ses forces et pourra l'écraser.
Je tâcherai de communiquer demain vers Carion avec le maréchal Soult; Tofficier que je lui enverrai passera par Frechilla et Paredes.
Daignez agréer Thommage du profond respect avec lequel je suis,
Sire, de Votre Majesté,
Le très humble et très obéissant serviteur et très fidèle sujet.
Le Maréchal duc d'Elchingen,
Ne Y.
A Monsieur le oéNéRAL Golbbrt.
Médina del Rio Seco, 27 décembre, à 2 heures de l'après-midi.
Mouvement pour le 27 décembre 1808.
L^avant-garde et la cavalerie légère se porteront à Villavicencio et Villagra, s^éclairant sur Mayorga et Valderas.
Lal^'' division à Geinos del Gampos.
La 2^ à Barcial de Loma.
Le quartier général à Aquilas del Gampos.
Signé : Maréchal duc d'Elchingen.
Pour expédition conforme^
Le Ghef de TÉtat-Major général,
Bbktbtbr au MAKiCH^l.,MpT>
, AMPÇga. 1 Juwr laOO.
Je vous préviens, Monsieur le duc, que l'inlentioa M l'Empereur est que votre cavalerie légère, aux ordres du général Colberl, reste à Villafranca, oùelle cesse d'êtreani ordres du duc d'Istrie, (jui revient au quartier impérial. Le corps du duc de Dalmalie entre en Galice avec les diïisiona de dragons La Houssaye et Lorge. L'Empereur ordonne qu'avec vos deux division s vous cantonniez à Astoi^ et environs, où vous resterez jusqu'à nouvel ordre. Vous êtes autorisé par S. M. à soutenir le marâchal Soult, s'il j avtùt lieu.
Bbktbkr.
A UONSIKUB LB IfUQQIS DB COLBBKT.
Monsieur le Marquis,
Le long bavardage auquel je me suis abandonné bier. dans la visite que tous avez bien voulu me foire, a pu vous prouver tout l'intérêt que je portais à ce qui concemait votre illustre père, le chevaleresque et brave général Auguste Colberl, tué si héroïquement à Villafranca en Espagne, au mois de janvier 1809. Le plaisir que m'a causé cet entretien a eu malheureusement pour résultat une extinction de voix presque complète. J'espère toutefois parvenir à me débarrasser de cette nouvelle infirmité, car, étant déjà aux trois quarts sourd et aveugle, il serait cruel d'être encore muet. Du reste, monsieur le marquis, j'espère aussi que vous conserverez un bon souvenir des récits que je vous ai faits des exploits de monsieur votre père doni j'ai été témoin àL'U\m,^\èiïa., a. \aû4^^^,%.^r., et surtout
des détails inconnus sur les événements qui ont eu lieu au gué de Villafer sur TEsla (je crois 3 janvier), anecdote piquante, qui a eu une influence incontestable sur la fatale circonstance qui a placé la brigade Colbert sous les ordres du maréchal Soult, tandis que depuis quatre ans elle faisait partie du corps du maréchal Ney, ce qui fut la cause de sa mort ; car, sans cela, il n'eût pas été à ce combat. Vous n'oublierez pas non plus, monsieur le marquis, le récit que je vous ai fait du conflit qui avait eu lieu à ce gué de Villafer, entre monsieur votre père et moi, au sujet d'un conseil stratégique que je lui donnais en ma qualité de chef d'état-major, en l'absence de M. le maréchal Ney. Malgré les rapports très sympathiques qui existaient jusqu'alors entre nous, monsieur votre père s'emporta un peu trop vivement, à cause de la responsabilité qu'il présumait devoir résulter de ce conseil, soit qu'il le suivît, soit qu'il s'y refusât. Au fond, il avait peut-être raison ; mais ma démarche était inspirée par l'intérêt des opérations militaires : il aurait dû l'apprécier et se borner à me faire comprendre qu'il ne pouvait point prendre sur lui la responsabilité d'une telle décision. Malheureusement le général se livra à des reproches violents et blessants, au point que nous devions nous battre, lorsque arriva l'ordre pressant de partir immédiatement pour Benavente, où le maréchal Ney se trouvait avec l'Empereur. La cavalerie Colbert, faisant naturellement l'avant-garde comme cavalerie légère, arriva naturellement bien avant les divisions d'infanterie ; or, comme Soult était aussi arrivé à Benavente avant nous, et qu'il manquait de cavalerie légère pour entamer la poursuite de l'armée anglaise de Moore, Napoléon lui donna la brigade Colbert en échange de la brigade de dragons du général Fournier, harassée et moins forte. Ce fut un arrêt fatal de la destinée qui n'aurait pas eu lieu, si le conseil que je donnais avait été suivi. Pardonnez-moi, monsieur le marquis, ce nouveau verbiage et l'insuffisance de ces lignes, pour bien expliquer toute cette catastrophe de Villafranca. Ma cervelle de 90 ans a bien conservé \a mfetsvûVt^ ^^"^^s^xss»^
mais n^a plus la faculté de les raconter. La rhétorique et la synthèse surtout me font défaut.
Veuillez agréer l'assurance de ma haute considération (1).