GÉNÉRAL JOMINI
Passy, 12 juin 1868.
Lb Mabbghal Bbrthibr au Maréchal Bessibrbs.
Uintention de TEmpereur, monsieur le Maréchal Bessières, est que vous placiez la brigade du général Colbert à Villafrauca, où elle restera jusqu'à nouvel ordre sous le commandement du maréchal Ney, qui prend position avec ses deux divisions à As torga. S. M. ordonne, monsieur le Duc, que vous mettiez à la disposition de M. le duc deDalmatie les divisions de dragons La Houssaye et Lorge, qui dès ce moment font partie du 2® corps.
Quant à vous, monsieur le Maréchal, Tintention de S. M. est que vous vous rendiez au quartier impérial.
Berthier.
Berthier a Soult.
Benavente, le 4 janvier 1809, 4 heures après-midi.
Je reçois, monsieur le Duc, votre lettre du 3 au soir. La compagnie de sapeurs et les 3,000 outils qui doivent rejoindre votre corps d'armée sont en mouvement. Le 17® régiment d'infanterie légère est en marche, mais il est encore loin : il vous rejoindra le plus tôt possible.
La perte du général Colbert a été vivement sentie par
(1) Cette lettre est eiv tv\8. ^oss,Çi?»9.\çkw.
FEmpereur. Nous attendons avec impatience d'apprendre que vous êtes arrivé à Villafranca. Le maréchal Ney avait déjà Tordre de garder les défilés, depuis Astorga jusqu'à Villafranca.
Bbrthiek.
Lb MAHéCHAL BbrThibr AU Maréghal Nby.
Benavente^ le 4 janvier, 2 heures après-midi.
LHntention de TËmpereur, monsieur le duc d'Ëlcbingen, est que vous restiez à Astorga, que vous organisiez le pays et les magasins, où vous ordonnerez qu'il soit toujours tenu en réserve 100,000 rations de farine et 20,000 rations de pain.
S. M. ordonne que vous fassiez faire du biscuit pour charger les caissons. Elle donne des ordres pour qu'il soit formé à Astorga un dépôt de cavalerie pour y réunir les chevaux éclopés des corps qui sont en Galice. Désignez, monsieur le duc, un emplacement pour établir ce dépôt.
LUntention de TEmpereur, monsieur le Maréchal, est que vous vous chargiez de garder les défilés qui joignent la Galice au royaume de Léon, et que vous établissiez des postes pour que la correspondance soit rapide.
S. M. désire que vous ayez toujours des officiers de votre état-major auprès* du maréchal Soult, pour être instruit, et être à même de vous porter où il serait nécessaire, si les Anglais, au lieu de se réembarquer, débarquaient de nouvelles troupes.
L'Empereur a senti vivement la perte du général Golbert. Je connais assez l'amitié et l'estime que vous portiez à ce général, pour juger de ce que vous éprouvez. En regrettant un brave officier, je perds un ancien ami.
BfiRTHlRîl.
Gazette nationale ou Moniteur universel, 24* nuLLETiN DE l'arméb d'Espagne.
Astorga, le 2 janvier 1809.
L'Empereur est arrivé à Astorga le 1«^ janvier.
La route de Benavente à Astorga est couverte de chevaux anglais morts, de voitures d'épuipages, de caissons d'artillerie et de munitions de guerre. On a trouvé à Astorga des magasins de draps, de couvertures et d'outils de pionniers.
Dans la route d'Astorga à Villafranca, le général Colbert, commandant Tavant-garde de cavalerie du duc d'Istrie, a fait 2,000 prisonniers, pris des convois de fusils et délivré une quarantaine d'hommes isolés, qui étaient tombés entre les mains des Anglais.
Quant à l'armée de la Romana, elle est réduite presqu'à rien. Ce petit nombre de soldats, sans habits, sans souliers, sans solde, sans nourriture, ne peut plus être compté pour quelque chose.
L'Empereur a chargé le duc de Dalmatie de la mission glorieuse de poursuivre les Anglais jusqu'au lieu de leur embarquement, et de les jeter dans la mer Tépée dans les reins.
Les Anglais sauront ce qu'il en coûte pour faire un mouvement inconsidéré devant l'armée française. La manière dont ils sont chassés du ro^^aume de Léon et de la Galice, et la destruction .d'une partie de leur armée, leur apprendra sans doute à être plus circonspects dans leurs opérations sur le continent.
La neige a tombé à gros flocons pendant toute la journée du l®"^ janvier. Ce temps, très mauvais pour l'armée française, est encore plus mauvais pour une armée qui bat en retraite.
ET PIECES JCISTIFICATIVES 479
Gazette nationale ou Moniteur universel,
25® BULLETIN DB l'aRMÉB d'EsPAGNB.
Benavente, le 5 janvier 1809.
La tête de la division Merle, faisant partie du corps du duc de Dalmatie, a gagné Tavant-garde dans la journée du 3 de ce mois.
A quatre heures après-midi, elle s'est trouvée en présence de rarrière-garde anglaise qui était en position sur les hauteurs de Prieros, à une lieue devant Villafranca, et qui était composée de 500 hommes d'infanterie et 600 chevaux. Cette position était fort belle et difficile à aborder. Le général Merle fit ses dispositions. L'infanterie s'approcha; on battit la charge et les Anglais furent mis dans une entière déroute. La difficulté du terrain ne permit pas à la cavalerie de charger, et l' on ne put faire que 200 prisonniers. Nous avons eu une cinquantaine d'hommes tués ou blessés.
Le général de brigade Colbert, commandant la cavalerie de Tavant-garde, s'était avancé avec les tirailleurs de l'infanterie pour voir si le terrain s'élargissait et s'il pouvait former sa cavalerie. Son heure était arrivée; une balle le frappa au front, le renversa, et il ne vécut qu'un quart d'heure. Revenu un moment à lui, il s'était fait placer sur son séant, et, voyant alors la déroute complète des Anglais, il dit : « Je suis bien jeune encore pour mourir, mais du moins ma mort est digne d'un soldat de la Grande-Armée, puisqu'on mourant je vois fuir les derniers et les éternels ennemis de ma patrie. » Le général Colbert était un offi cier d'un grand mérite.
NOTES ET PIJiCeS JUSTIFICATIVES
Relatio» a»glaU« de la mort i% générai A. Colbert.
The 3d of january, a littie after noon, the French gênerai Colberl «pproached thii hitl wiUi six <x eight squadrous, bnt obserriDg tbe ground behind Calcabellos slronglj occnpied, he dentandMl reînforcement^ — Harshal Sonlt, beliering that the En^sh djd not mean to ipake a stand, sent ordem to Calbert to chai^ -without delay, and the latter, slung by the message, obeyed wilh precipilale furv. From one of ihose errore so fréquent in war, the Brilish cavalry, Ihinkin^a grealBr force was riding against them, relired at speed to Calcabellos, and the rifiemen, who, following iheir orders, had withdrawn when the French first came in sight, were just passing the bridge, when a crowd of staff offlcers, ihe cavalry, and the enemy, came in upoQ Ihem in one mass : in the confusion Lhirlj or forly men were taken, and Colbert cros?ing the river, oharged on the spur up the road. The remaînder of !he rifiemen threw themselves into the vineyards, and permilting the enemy to approach ■williin a few yards, suddenly opened such a deadly fire, that the grcatest number of the French horsemen were kiiled on the spot and among ihc rest Colbert himself. His fine martial figure, his voice, his geatures, and, above ail, his great valour, hadexcited the admiration of the British, and a gênerai feeling of sorrow was prédominant when tlie gallant soldier fell (1).
(1) HUlory of the nar in IhePenimula. t. I (2* édition), p. ^70,