CHAPITRE XXVII
rWkra, près Wysigrod. Le centre et Taile droite devaient être couverts par toute la cavalerie légère, formant un premier rideau derrière lequel venaient se placer les divisions de dragons et de grosse cavalerie. Enfin, en arrière, s'étendaient, comme nous venons de le voir, entre les affluents du Bug et de la Vistule, les cantonnements de Tinfanterie en avant de Varsovie. Les points ie rassemblement, remplacement des parcs et des magasins étaient minutieusement fixés.
Quant à Taile gauche, toujours placée sous le conmianiement de Bernadette, elle devait s'étendre jusque vers Elbing, bloquer Graudenz et Dantzig et menacer Kœnisberg. On lui avait adjoint les troupes auxiliaires de Bade, Hesse-Darmstadt, Wurtzbourg, 15,000 hommes environ et un nombre à peu près égal de troupes polonaises, ;e qui, avec les corps français, formait près de 50,000 liommes. Le corps de cavalerie que commandait le ma- 'échal Bessières fut dissous, et les différents régiments 'ejoignirent leurs corps d'armée.
Le corps du maréchal Ney devait occuper Soldau, tflawa et Chorzel, ses avant-postes sur Willenberg. Il levait se lier par sa droite au corps du maréchal Soult, 5tpar sa gauche au prince de Ponte-Corvo. Les instrucions données à tous les maréchaux leur prescrivaient le maintenir leurs troupes en repos et de se tenir prêts i tout, sans provoquer l'ennemi.
L'Europe, attentive et muette, assistait alors à un pectacle extraordinaire : celui d'une armée de 200,000 lommes, isolée à 500 lieues de ses frontières, tenant en espect derrière elle, par la victoire ou par la crainte, iiarante millions d'Allemands, menaçant devant elle
un immense empire qui s'appuyait sur la moitié de l'Asie ; et, chose non moins curieuse, le conquérant coor ronné, le souverain qui faisait ainsi trembler les nations, qui leur faisait subir le joug, était un soldat issu d'usé révolution, faite au nom de la liberté et de Témancipation des peuples, qu'elle appelait frères 1 Telle estla var ni té des calculs humains.
Napoléon fit de Varsovie, non point un camp, mais une capitale animée par une cour brillante. Il avait appelé près de lui M. de Talleyrand, son ministre des aJBPaires étrangères, et fait inviter tous les ambassadeurs accrédités à Paris, à se rendre auprès de lui. Ce n'élail pas seulement pour s'entourer de l'éclat qui accompagne la royauté, c'était pour les avoir sous ses yeux. ' D'ailleurs, étant sur les lieux mômes, tout près des ^ événements, ils ne pouvaient être dupes de ces bruits ■ que font naître l'éloignement, l'incertitude, la malveilr lance, et qu'enfantent toujours le bavardage des grandes villes comme Paris.
Deux fois par semaine il y avait réception ou concert chez l'Empereur ; des chanteurs italiens, le compositeur Paër, étaient venus de Paris. L'aristocratie, les belles grandes dames polonaises, séduisantes par tout le cha^ me que l'élégance des manières et la culture de l'esprit ajoutent à la beauté, s'empressaient autour de celui que tous admiraient et qui semblait alors être l'espérance de leur patrie.
a Ce fut pour nous un séjour enchanteur, dit Sava^ ry, bien des cœurs furent pris. » Napoléon lui-mèmc ne resta pas insensible, sans être entraîné, il ne le fut jamais que par la guerre : avant tout, il était aux soins